NOM: Sporothrix schenckii (Sporotrichum schenckii, Sporotrichum beurmanii)(1, 2).
SYNONYME OU RENVOI: Sporotrichose, « maladie des éleveurs de roses »(3).
CARACTÉRISTIQUES: Champignon dimorphe observé sous forme d’hyphes portant des conidies (2 à 3 μm de diamètre) à 25 °C et sous son aspect levuriforme de corps en cigare (4 à 6 μm de diamètre) dans les tissus animaux, à 37 °C(3, 4). Le microorganisme croît facilement sur les milieux de Sabouraud; on obtient des colonies lobulées de couleur crème humides, lisses ou à surface ondulée avec formation occasionnelle d’un mycélium aérien. Après quelques jours, il est possible d’observer une maturation des colonies, qui noircissent et se recouvrent de replis leur donnant l’aspect du cuir (5).
PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ: Les sporotrichoses sont divisées en quatre catégories: sporotrichoses lympho-cutanées, sporotrichoses cutanées localisées, sporotrichoses à foyers multiples, ou disséminées, et sporotrichoses extracutanées(5). Dans toutes les formes, il y a habituellement présence de lésions cutanées sur les membres. Chez l’enfant, les lésions faciales sont rencontrées chez jusqu’à 92 % des patients. Les atteintes disséminée et généralisée sont des formes rares qui sont presque exclusivement associées à la présence d’une immunosuppression chez l’hôte(5).
Sporotrichose lympho-cutanée : Forme la plus fréquente de la maladie, la sporotrichose lympho-cutanée est observée dans plus de 75 % des cas(5, 6). Elle est caractérisée par l’apparition d’une papule indurée d’environ 2 à 4 cm de diamètre entre 7 et 30 jours après l’inoculation du champignon dans la peau. Une induration progressive mène à la formation d’un nodule, qui est suivie d’une ulcération. Il y a ensuite apparition d’autres nodules le long du trajet lymphatique drainant la lésion initiale. Les lésions s’amollissent généralement et peuvent produire des fistules cutanées. Lorsqu’ils sont présents, les symptômes systémiques sont habituellement légers. Une lymphadénopathie régionale est fréquente. Les sièges les plus courants sont les membres inférieurs et supérieurs; la forme bilatérale de l’infection est rare, et elle évoque des inoculations multiples qui pourront s’avérer d’origine professionnelle. Un érythème noueux est possible(5, 7, 8).
Sporotrichose cutanée localisée: Chez certains patients, aucune dissémination lymphatique ne se produit au cours de l’évolution de l’atteinte, les lésions observées demeurant localisées au site de l’inoculation initiale. Cette atteinte est nommée sporotrichose cutanée localisée. Des lésions papulaires, des plaques et des lésions nodulaires, verruqueuses ou ulcérées peuvent apparaître sur la face, le cou, le tronc ou les jambes. La chronicité est fréquente en raison de l’absence de résolution spontanée. Un érythème noueux est possible(5-7).
Sporotrichose à foyers multiples, ou disséminée : Cette forme de sporotrichose est presque toujours associée à l’immunodépression ou aux terrains débilités, qu’ils soient attribuables à l’alcoolisme, au diabète, à la sarcoïdose, à la tuberculose, à la greffe d’organes, au cancer, à la prise d’agents immunosuppresseurs ou au sida. Le tableau clinique varie grandement et peut comprendre ulcérations, lésions acnéiformes, plaques indurées ou croûtes. Les atteintes pulmonaire et méningée sont habituellement fatales(5, 9).
Atteinte extracutanée : Forme rare qui s’avère de diagnostic difficile en raison de l’absence de lésions cutanées. La sporotrichose extracutanée est imputable à l’inhalation de spores ou à la dissémination hématogène à partir d’un site d’inoculation profond. L’infection ostéoarticulaire est observée chez jusqu’à 80 % des cas(1), qui peuvent présenter une monoarthrite associée à de l’œdème, une effusion synoviale et une atteinte fonctionnelle. La main, le poignet, le coude, la cheville et le genou sont les sièges les plus fréquents. Une ténosynovite associée ou non à un syndrome du canal carpien peut être observée en cas d’inoculation profonde. En l’absence de traitement, l’infection évolue vers l’ostéomyélite(5, 10, 11). Cette forme touche presque exclusivement les patients présentant des déficits importants de l’immunité cellulaire.
La sporotrichose pulmonaire touche principalement les hommes de 30 à 60 ans atteints d’états comorbides préexistants. Le tableau clinique est semblable à celui de la tuberculose pulmonaire et est caractérisé par la présence d’une fébricule, d’une perte de poids, d’une toux chronique et d’une fibrose pulmonaire unilatérale ou bilatérale avec excavation. La lymphadénopathie hilaire et les épanchements pleuraux sont aussi fréquents(5).
Les formes cérébroméningées sont extrêmement rares et presque exclusivement associées à l’immunosuppression. D’autres types de sporotrichoses extracutanées ont aussi été observés à quelques rares occasions; il s’agit des localisations oculaire, conjonctivale, génitale et pénienne(5, 12, 13).
La localisation muqueuse est aussi extrêmement rare. Comme cette atteinte est caractérisée par la formation de nodules dans le nez, la bouche, le pharynx, le larynx et la trachée, elle peut être confondue avec la tonsillite, la stomatite, la glossite, la laryngite ou les rhinites d’autres étiologies(14).
ÉPIDÉMIOLOGIE: La sporotrichose est observée partout dans le monde. Les activités professionnelles associées à l’infection comprennent le jardinage, la charpenterie, l’agriculture, l’horticulture, la fleuristerie, l’apiculture, la chasse, la pêche, l’élevage d’animaux et la pratique vétérinaire(2, 5, 10, 15). Au cours d’une épidémie qui a touché Rio de Janeiro (Brésil) entre 1998 et 2001, un total de 178 cas ont été observés chez l’humain, dont 68 % chez les femmes, 18 % chez les étudiants adultes et 5 % chez les vétérinaires(16, 17). La sporotrichose est principalement observée dans les régions tropicales et subtropicales humides (Brésil, Colombie, Venezuela, Costa Rica, Guatemala, Mexique, delta du fleuve Mississippi, Asie du Sud-Est [particulièrement en Indonésie], Afrique du Sud et Australie). En Europe, on a observé une augmentation des cas en Italie, tandis que seuls des cas sporadiques ont été signalés dans les autres pays(14). La prévalence de l’infection est supérieure en Asie, au Brésil, en Amérique centrale, au Mexique, en Afrique du Sud et au Zimbabwe. La sporotrichose est une atteinte relativement rare; cependant, au début des années 1940, une épidémie a touché 3 000 mineurs d’or en Afrique du Sud(1, 6).
GAMME D’HÔTES: Humain, chat, cheval, chien, rongeurs, bovin, porc, chameau, oiseaux (perroquet), armadillo et animaux sauvages(1, 6).
DOSE INFECTIEUSE: Inconnue.
MODE DE TRANSMISSION: S. schenckii est un champignon ubiquitaire de l’environnement retrouvé dans le bois pourri, les plantes en décomposition, les eaux de surface, et, à l’occasion, les piscines(14). Chez l’humain et l’animal, l’infection est presque toujours consécutive à une effraction cutanée(1). La transmission survient par contact direct avec les lésions ulcéreuses ou par les griffures ou les morsures de chat ou d’armadillo(5) ainsi que, parfois, de chien ou d’écureuil(14). L’inoculation du champignon dans la peau peut résulter d’une piqûre par une écharde, une épine ou une ronce, un insecte ou un outil de jardinage ainsi que de la manipulation de tourbe de sphaigne, de copeaux de bois ou de balles de foin. Les personnes devant manipuler des chats malades sont aussi à risque de contracter l’infection. La possibilité d’une transmission par voie aérienne du champignon doit être envisagée(2, 14).
PÉRIODE D’INCUBATION: De 3 à 21 jours; elle peut parfois atteindre 3 mois(2, 14).
TRANSMISSIBILITÉ: La transmission entre humains est rare(2, 14).
RÉSERVOIR: Sol, eaux de surface, végétation en décomposition, bois, mousse, foin, grain et animaux marins(1, 2, 5).
ZOONOSE: La sporotrichose est couramment observée chez l’humain et l’animal; la sporotrichose féline est d’ailleurs la zoonose la plus fréquente dans le monde(2, 5, 16).
VECTEURS: Aucun.
SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS: Sensible aux solutions saturées d’iodure de potassium, à l’itraconazole, à l’amphotéricine B, au kétoconazole, au fluconazole(1, 3, 5, 6, 18), à d’autres triazoles (saperconazole, voriconazole, ravuconazole et posaconazole)(1, 19) et à la terbinafine(6, 20). Certains isolats sont résistants à l’amphotéricine B(18).
SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS: Sensible à l’éthanol à 70 %, à l’hypochlorite de sodium (500 à 1 000 ppm), au peroxyde d’hydrogène accéléré (6 000 ppm)(21-23), à un mélange sulfate de zinc anhydre-Triolith(2) et au formaldéhyde(5).
INACTIVATION PHYSIQUE: Inactivé par la chaleur humide (121 °C pendant 15 minutes)(23).
SURVIE À L’EXTÉRIEUR DE L’HÔTE: Saprophyte ubiquitaire de l’environnement capable de survivre dans le sol, les eaux de surface et la végétation en décomposition(5, 14).
SURVEILLANCE: Le diagnostic est fondé sur les signes cliniques, l’examen histologique et/ou la mise en évidence du pathogène par la mise en culture du matériel de biopsie. Les caractéristiques histologiques comprennent l’hyperplasie épidermique, l’hyperkératose, les abcès dermiques et les granulomes mixtes associés à des corps astéroïdes. Les colorations PAS (acide périodique – Schiff) et de Gomori-Grocott révèlent une réponse pyogranulomateuse et font ressortir l’aspect levuriforme du champignon(6, 14). Le test d’agglutination au latex est quant à lui utilisé pour détecter les anticorps. D’autres épreuves sérologiques comme le test de précipitation et le test de fixation du complément constituent des options diagnostiques, tout comme l’intradermoréaction à la sporotrichine; cependant, ils peuvent s’avérer positifs chez certains habitants des régions endémiques ne présentant pas de signes manifestes. De plus, comme l’intradermoréaction à la sporotrichine est positive chez moins de 90 % des cas confirmés de même que chez les patients présentant des antécédents de sporotrichose(6, 14), elle est considérée peu utile dans le diagnostic clinique de l’infection. Les erreurs de diagnostic des lésions associées à la sporotrichose sont fréquentes, et une biopsie et/ou une mise en culture sont souvent nécessaires à un diagnostic et une prise en charge appropriés. Une méthode de profilage d’ADN est actuellement employée afin d’identifier les différentes populations de souches(24).
Nota: Le recours à certaines méthodes diagnostiques pourrait ne pas être possible dans tous les pays.
PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT: Sporotrichose lympho-cutanée et sporotrichose cutanée: Le traitement classique de ces formes de sporotrichose est le recours aux solutions saturées d’iodure de potassium, qui sont employées depuis le début du 20e siècle; depuis, cependant, l’itraconazole est devenu le médicament de choix. Lorsque le traitement se poursuit sur une période de 3 à 6 mois, son taux de réussite avoisine 100 %. La sporotrichose cutanée a aussi parfois été traitée par thermothérapie locale(3). Sporotrichose pulmonaire: habituellement traitée par l’amphotéricine B ou l’itraconazole; cependant(3), l’atteinte répond habituellement peu aux agents antifongiques. Sporotrichose ostéoarticulaire: La réponse au traitement est lente. L’itraconazole est devenu le médicament de choix(3). L’arthroplastie totale du genou peut améliorer le pronostic fonctionnel(10). Sporotrichose disséminée: Le traitement initial fait habituellement appel à l’amphotéricine B, laquelle est remplacée, après amélioration de l’état clinique, par un traitement de longue durée (parfois à vie) par l’itraconazole chez les patients également infectés par le VIH (3, 25). D’autres agents antimycotiques oraux récents comme les triazoles et le saperconazole peuvent aussi être efficaces(1).
IMMUNISATION: Aucune.
PROPHYLAXIE: Aucune.
INFECTIONS CONTRACTÉES AU LABORATOIRE: Plusieurs cas de sporotrichose ont été signalés chez des employés de laboratoire ayant manipulé des animaux infectés ou des cultures(3, 26, 27). On a évoqué la possibilité que les principales causes d’infection soient le franchissement de la peau saine et intacte par le champignon et l’infection par inoculation accidentelle(26-28). La transmission est aussi possible par les morsures ou griffures de chats ou d’animaux de laboratoire. Les vétérinaires et leurs assistants sont donc particulièrement à risque de contracter l’infection(1).
SOURCES ET ÉCHANTILLONS: Les sources environnementales principales sont le sol, l’eau et la végétation contaminés; il est aussi possible de retrouver le champignon dans les ulcérations cutanées de même que chez les animaux infectés (chats)(1, 14). Les échantillons sont habituellement obtenus par biopsie cutanée ou consistent en des exsudats ou des suppurations provenant des lésions cutanées(29). La mise en culture d’échantillons d’expectorations, de liquide synovial, de liquide céphalorachidien et, rarement, de sang aurait permis d’isoler le champignon(3, 5, 11).
DANGERS PRIMAIRES: Contact direct avec la peau lésée ou les muqueuses, piqûre d’aiguille, aérosols, manipulation de tourbe de sphaigne, animaux infectés (morsures et griffures)(2, 14, 28), cultures et activités liées à la recherche en laboratoire(26, 27).
DANGERS PARTICULIERS: Aucun.
CLASSIFICATION DU GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 2 (30).
EXIGENCES DE CONFINEMENT: Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux.
VÊTEMENTS DE PROTECTION : Sarrau. Gants, lorsqu’un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu’il y a un risque connu ou potentiel d’éclaboussure (31).
AUTRES PRÉCAUTIONS : Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s’effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB). L’utilisation d’aiguilles, de seringues et d’autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle (31).
DÉVERSEMENTS: Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie-tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer.
ÉLIMINATION: Décontaminer toutes les matières à éliminer contenant l’agent infectieux ou ayant été en contact avec celui-ci par stérilisation à la vapeur, désinfection chimique, rayonnement gamma ou incinération.
ENTREPOSAGE: Dans des contenants étanches étiquetés de façon appropriée.
INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION: L’importation, le transport et l’utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l’Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.
DERNIÈRE MISE À JOUR: Septembre 2011
PRÉPARÉE PAR: Direction de la règlementation des agents pathogènes, agence de la santé publique du Canada.
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