NOM: Coronavirus du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS).
SYNONYME OU RENVOI: SRAS-CoV, SARS-CoV(1, 2); le terme « pneumopathie atypique » (atypical pneumonia syndrome) était employé en Chine avant l’identification du SRAS(2).
CARACTÉRISTIQUES: Membre de la famille des Coronaviridae(2, 6, 7) et du genre Coronavirus(6) isolé pour la première fois en 2003(8, 9). Le SRAS-CoV est un nouveau coronavirus phylogénétiquement distinct des coronavirus déjà connus chez l’homme et il ne leur est que lointainement apparenté(6, 10). Il s’agit d’un virion sphérique enveloppé de 80 à 140 nm de diamètre(1, 8) qui possède un génome à ARN simple brin positif, linéaire et non segmenté(6, 10).
PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ: L’infection se manifeste habituellement par une fièvre supérieure à 38 °C (100,4 °F)(1, 2), qui est souvent accompagnée de myalgies, d’une sensation de malaise, de frissons, d’une toux non productive et de rigidité musculaire(8, 9, 11). De 2 à 7 jours plus tard apparaissent des symptômes respiratoires comme une toux sèche, une dyspnée, une difficulté à respirer et une hypoxie(1, 2). Chez certains patients, ces symptômes s’aggravent au point de rendre nécessaires l’administration d’oxygène ou la ventilation assistée(11). Comme dans d’autres pneumonies atypiques, les signes cliniques à l’examen thoracique sont minimes comparativement aux observations radiologiques, qui consistent typiquement en des opacités en verre dépoli et des foyers de consolidation(1). La diarrhée est la manifestation extrapulmonaire la plus courante(12) du SRAS; viennent ensuite les troubles de la fonction hépatique, les étourdissements, un bilan urinaire anormal, les pétéchies, la myosite, les anomalies neuromusculaires et les crises épileptiques(1). Le taux de létalité s’élève à 9,6 %(2, 13); cependant, chez les patients de plus de 65 ans, il est supérieur à 50 %(11). Bien que la gravité de l’infection semble moindre chez les enfants que chez les adultes(14), les cas de SRAS chez les femmes enceintes sont associés à un risque important de mortalité(15).
ÉPIDÉMIOLOGIE: Le SRAS-CoV est le nouveau virus à l’origine de la première pandémie majeure des années 2000(7-9). Les premiers cas connus ont été identifiés à la mi-novembre 2002 dans la province du Guangdong, en Chine du Sud-Est(5, 16). Le cas index a été observé à Foshan, une ville située à 24 km de Guangzhou(1, 5). Une analyse rétrospective a mis en évidence la survenue de cas graves d’infection dans 5 villes des environs de Guangzhou en deux mois de même qu’un lien épidémiologique entre nombre de ces cas et les échanges commerciaux d’animaux vivants(5). À la suite de son introduction à Hong Kong à la mi-février 2003, le virus s’est propagé au Vietnam, à Singapour, au Canada, aux Philippines, au Royaume-Uni et aux États-Unis, pour ensuite effectuer un retour en Chine(1). À la fin de juillet 2003, 8 098 cas de SRAS avaient été signalés dans 30 pays répartis sur 5 continents, et le virus avait fait 774 victimes(2, 13, 17). Il a été possible d’établir un lien entre plus de la moitié des infections et un seul cas index, à savoir un patient arrivé à Hong Kong le 21 février 2003, et 21 % des cas ont été observés chez des travailleurs de la santé. Bien que l’Organisation mondiale de la Santé ait déclaré la fin de l’épidémie au début de juillet 2003, des éclosions sporadiques se sont produites à la fin de 2003 et au début de 2004 à la suite d’infections contractées au laboratoire(18-20) et d’infections acquises dans la collectivité à Guangzhou, en Chine(21).
GAMME D’HÔTES: Les hôtes naturels du virus comprennent l’humain, la civette palmiste à masque (Paguma larvata), le chien viverrin (Nyctereutes procyonoides), le blaireau-furet de Chine (Melogale moschata), le chat et le cochon(3, 4, 22). Ses hôtes expérimentaux comprennent quant à eux le primate non humain, le furet, le hamster doré, le cobaye commun, la souris et le rat(22).
DOSE INFECTIEUSE: Inconnue.
MODE DE TRANSMISSION: Transmission de personne à personne (contact direct de la muqueuse (oculaire, nasale ou buccale) avec des gouttelettes respiratoires infectieuses et/ou contact direct avec des liquides organiques contaminés) ou transmission par un véhicule(23-25). Les autres modes de transmission possibles comprennent la transfusion sanguine et les blessures causées par une aiguille ou un objet pointu ou tranchant(24).
PÉRIODE D’INCUBATION: La période d’incubation du SRAS est de 2 à 14 jours(1, 6, 24).
TRANSMISSIBILITÉ: La transmissibilité est supérieure chez les patients gravement atteints ou dont l’état clinique se détériore rapidement. La transmission se produit généralement 5 jours ou plus après le début de la maladie, et le pic de la charge virale dans les sécrétions nasopharyngées est habituellement observé autour du 10e jour(11, 12).
RÉSERVOIR: Les chauves-souris constitueraient le réservoir biologique du SRAS-CoV(26), et des recherches sont actuellement en cours afin de déterminer les espèces concernées. Des coronavirus présentant un fort degré d’homologie de séquence avec le SRAS-CoV ont été identifiés chez la chauve-souris fer à cheval (Rhinolophus spp.)(27-29); cependant, une étude a mis en évidence l’incapacité de l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2 (ECA2) de cette espèce à agir à titre de récepteur du SRAS-CoV humain, contrairement à son équivalent humain(30). La même étude a toutefois révélé que Rhinolophus sinicus (rhinolophe roux de Chine) et Myotis daubentoni (vespertilion de Daubenton) sont susceptibles à l’infection par le SRAS-CoV.
ZOONOSE: Zoonose possible. Le SRAS pourrait vraisemblablement être transmis par la civette palmiste à masque(4).
VECTEURS: Aucun.
SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS: Inconnue.
SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS: Le SRAS-CoV est inactivé par les procédures de désinfection habituelles comme le contact de 5 minutes avec l’eau de Javel domestique(25), l’acétone glacée, le mélange acétone glacée/méthanol (40:60), l’éthanol à 70 % (10 minutes), l’éthanol à 100 % (5 minutes), le paraformaldéhyde et le glutaraldéhyde(31).
INACTIVATION PHYSIQUE: Sensible à la chaleur (60 °C pendant 30 minutes)(31) et au rayonnement UV(32).
SURVIE À L’EXTÉRIEUR DE L’HÔTE: Le SRAS-CoV peut survivre pendant 4 jours dans les échantillons de selles diarrhéiques à pH alcalin(25), pendant plus de 7 jours dans les sécrétions respiratoires conservées à température ambiante, pendant au moins 4 jours dans l’urine et le sérum humain non dilués conservés à température ambiante(32), pendant au plus 9 jours en suspension, pendant 60 heures dans le sol ou l’eau, pendant plus d’un jour sur les surfaces non poreuses comme le verre et le métal(24) et pendant 6 jours à l’état sec(31). La survie à l’état sec du virus est faible sur le papier, mais le virus survit plus longtemps sur les blouses jetables que sur les blouses en coton(25).
SURVEILLANCE: Aucun symptôme du SRAS ne permet de différencier le syndrome des autres pneumonies; le diagnostic repose donc entièrement sur la confirmation de l’infection en laboratoire(1, 33). L’obtention d’une culture virale positive à partir d’un prélèvement respiratoire, fécal, urinaire ou tissulaire ou l’observation d’une augmentation par un facteur de quatre du titre de l’anticorps neutralisant entre la mesure effectuée à l’admission et celle effectuée 28 jours plus tard sont les résultats les plus concluants à l’appui d’une infection par le SRAS-CoV. Cependant, la détection rapide des acides nucléiques par RT-PCR(18, 34) ou des antigènes par ELISA constituent des méthodes acceptables. L’immunofluorescence(21), la microneutralisation, la microscopie électronique(7) et la radiographie thoracique(14, 21) permettent aussi de poser le diagnostic d’infection par le SRAS-CoV.
Nota: Le recours à certaines méthodes diagnostiques pourrait ne pas être possible dans tous les pays.
PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT: La prise en charge clinique du SRAS repose grandement sur les soins de soutien(1). La ribavirine, les corticostéroïdes, le lopinavir, le ritonavir, l’interféron de type 1, les immunoglobulines intraveineuses et le plasma de convalescent ont tous été employés par les médecins pour le traitement du SRAS, mais il est impossible de déterminer s’ils ont réellement été profitables aux patients pendant l’épidémie(35).
IMMUNISATION: Aucune(2).
PROPHYLAXIE: Aucune.
INFECTIONS CONTRACTÉES AU LABORATOIRE: Quatre cas ont jusqu’à présent été signalés. Le premier cas est survenu à Singapour en septembre 2003 lorsqu’un étudiant diplômé de 27 ans a contracté le SRAS en effectuant des travaux sur le virus du Nil occidental dans un laboratoire de culture cellulaire où le SRAS-CoV était conservé(18). Le deuxième cas a été recensé à Taiwan en décembre 2003 chez un chercheur de 44 ans qui étudiait l’effet des produits phytothérapeutiques sur le virus(19). Les troisième et quatrième cas sont quant à eux survenus en Chine entre la fin mars et la mi-avril 2004 chez 2 travailleurs des CDC qui n’avaient pas correctement inactivé un lot du virus au laboratoire(20). Tous les cas d’infection étaient attribuables à une mauvaise compréhension ou mise en œuvre des procédures de biosécurité relatives à la manipulation du SRAS-CoV.
SOURCES ET ÉCHANTILLONS: Sécrétions respiratoires, selles, sang, urine, tissus pulmonaires prélevés par biopsie et larmes provenant de personnes infectées(1, 7, 9, 24, 34).
DANGERS PRIMAIRES: Exposition de la muqueuse oculaire, nasale ou buccale aux gouttelettes, inhalation d’aérosols infectieux et ingestion(1, 23).
DANGERS PARTICULIERS: Aucun.
CLASSIFICATION DU GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 3 (36).
EXIGENCES DE CONFINEMENT : Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 3 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux.
VÊTEMENTS DE PROTECTION : Avant d’entrer dans le laboratoire, le personnel doit enlever sa tenue de ville et ses bijoux pour ensuite mettre des vêtements et des chaussures réservés aux travaux en laboratoire, ou mettre un vêtement protecteur complet (c’est-à-dire qui couvre entièrement la tenue de ville). Une protection supplémentaire peut être portée par-dessus les vêtements de laboratoire lors de la manipulation directe de matériel infectieux, comme une blouse ne s'ouvrant pas à l'avant avec poignets serrés, des gants et une protection respiratoire. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu’il y a un risque connu ou potentiel d’éclaboussure(37).
AUTRES PRÉCAUTIONS : Toutes les activités avec du matériel infectieux doivent s’effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB) ou dans un autre dispositif de confinement primaire adéquat, avec un équipement de protection individuelle. La centrifugation des matières infectées doit s’effectuer dans des enceintes scellées placées dans des réservoirs hermétiques ou des rotors qui sont remplis et vidés dans une ESB. L’utilisation d’aiguilles, de seringues et d’autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Les plaies ouvertes, les coupures et les éraflures doivent être couvertes avec des pansements imperméables. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle (37).
DÉVERSEMENTS: Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie-tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer.
ÉLIMINATION: Décontaminer toutes les matières à éliminer par stérilisation à la vapeur, désinfection chimique ou incinération.
ENTREPOSAGE: Dans des contenants scellés, bien étiquetés et verrouillés, dans un laboratoire de niveau de confinement 3.
INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION: L’importation, le transport et l’utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l’Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.
DERNIÈRE MISE À JOUR: Septembre 2011
PRÉPARÉE PAR: Direction de la règlementation des agents pathogènes, agence de la santé publique du Canada.
Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l’utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.
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