NOM: Onchocerca volvulus.
SYNONYME OU RENVOI: Onchocercose, cécité des rivières, craw-craw (1-3, 3-12).
CARACTÉRISTIQUES: O. volvulus est un nématode (filaire) dont le cycle évolutif comporte cinq stades, à savoir quatre stades larvaires (microfilaires) et un stade adulte (macrofilaires)(9, 11). Les femelles mesurent entre 30 et 80 cm tandis que les mâles ne font que 3 à 5 cm. Les mâles semblent migrer d’un nodule à l’autre afin d’inséminer les femelles(2, 11). Ces dernières peuvent demeurer sessiles et vivre enchevêtrées durant 15 ans dans les tissus sous-cutanés (formant des nodules ou onchocercomes) en produisant plus de 700-1 500 microfilaires par jour(13). Les microfilaires mesurent entre 220 et 360 μm de long et peuvent survivre dans le corps humain pendant 2 à 3 ans(5).
PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ: L’onchocercose est une atteinte systémique chronique associée à des changements cutanés importants et inesthétiques, des douleurs musculosquelettiques, une perte de poids et une atteinte immunitaire(3). Le principal organe touché est la peau; cependant, l’infection par O. volvulus peut causer de graves atteintes visuelles et la cécité(5, 7, 11). En Afrique subsaharienne, l’onchocercose est la deuxième cause de cécité évitable en importance; elle est à l’origine de troubles visuels chez 500 000 personnes et de cécité chez 270 000 personnes(3, 4). La pathogénie de l’onchocercose serait étroitement liée à la réaction immunitaire provoquée par la mort des microfilaires dans la peau ou les yeux(2, 3). Chez les sujets fortement parasités, plus de 100 000 microfilaires peuvent mourir chaque jour(3). Une classification en 5 catégories des lésions cutanées onchocerquiennes a été proposée afin de distinguer l’onchodermatite papulaire aiguë, l’onchodermatite papulaire chronique, l’onchodermatite lichénifiée, l’atrophie cutanée et la dépigmentation(7).
Onchodermatite papulaire aiguë : Touche principalement la face. Présence possible de petites papules prurigineuses disséminées sur les membres, le tronc, les épaules et les extrémités. Les lésions peuvent évoluer vers des vésicules et des pustules(7).
Onchodermatite papulaire chronique : Touche souvent les épaules, les fesses et les extrémités. Rash maculopapulaire associé à un prurit intense, des papules plates disséminées et des macules hyperpigmentées(7).
Onchodermatite lichénifiée : Plaques hyper-kératosiques et hyper-pigmentées confluentes touchant surtout les membres inférieurs et associées à une lymphadénopathie(7).
Atrophie : Touche surtout le bas du dos et les fesses. Grandes plaques atrophiques associées à une perte d’élasticité et à un fin plissement de la peau lui donnant l’allure de papier à cigarette(7).
Dépigmentation : Souvent appelée « peau de léopard », l’atteinte est semblable au vitiligo. Présence de zones de peau hypopigmentées avec, à l’intérieur, des îlots de peau normalement pigmentée centrés sur les follicules pileux. Les lésions sont principalement localisées au niveau des crêtes tibiales, et elles ne sont que rarement associées à un prurit et à des excoriations(7).
Les autres tableaux cliniques comprennent la « peau de lézard », qui consiste en des lésions sèches ichthyosiques disposées en une mosaïque rappelant les écailles des lézards, et « l’aine pendante », caractérisée par la présence de plis de peau inélastique atrophique dans la région inguinale en association avec une lymphadénopathie(7). Les différents tableaux cliniques ne sont pas mutuellement exclusifs, et ils peuvent être observés simultanément ou évoluer des uns aux autres.
Lésions oculaires onchocerquiennes : L’infection est associée à une variété de manifestations oculaires légères comme le prurit, la rougeur, la douleur, la photophobie, la kératite diffuse et la vision trouble, de même qu’à des symptômes plus graves comme la scarification de la cornée, la cécité nocturne, l’inflammation intraoculaire, le glaucome, la diminution du champ visuel et, éventuellement, la cécité(7). Les lésions oculaires sont habituellement bilatérales; elles peuvent concerner diverses structures des segments antérieur et postérieur de l’œil et entraîner uvéites, iridocyclites, conjonctivites, choriorétinites, cataractes et glaucomes(5, 11). L’opacification de la cornée n’est pas directement imputable à O. volvulus; elle résulterait plutôt de la réponse inflammatoire dirigée contre les bactéries du genre Wolbachia qui vivent en endosymbiose avec le ver parasite et sont libérées à la mort des microfilaires(14).
ÉPIDÉMIOLOGIE: L’infection par O. volvulus toucherait selon les estimations plus de 17 millions de personnes à l’échelle mondiale. L’onchocercose est observée dans 34 pays d’Afrique de même qu’au Moyen-Orient, en Amérique du Sud et en Amérique centrale(2, 3, 5, 8, 9), et sa prévalence est supérieure dans 11 états subsahariens d’Afrique occidentale dont le Ghana, le Nigeria, le Libéria et certaines régions du Mali(1, 9). La zone d’endémicité s’étend en latitude pour traverser la totalité du continent africain et atteindre l’Asie du Sud-Ouest; des foyers d’infection sont retrouvés au Yémen, en Oman et en Arabie(5, 9). Des petits foyers existent aussi en Équateur, au Venezuela, en Colombie, dans le Sud du Mexique et au Guatemala. Trois souches importantes d’O. volvulus peuvent être observées en Afrique occidentale, à savoir une souche forestière présentant une faible pathogénicité oculaire mais associée à la formation de nombreux nodules et à une atteinte cutanée sévère, une souche de savane sèche présentant une forte pathogénicité oculaire associée à un haut taux de cécité et une souche de savane humide présentant une pathogénicité intermédiaire(2, 3).
GAMME D’HÔTES: L’humain est le seul hôte définitif du parasite; cependant, des cas d’infection chez le gorille ont aussi été répertoriés(1, 2, 9).
DOSE INFECTIEUSE: Inconnue.
MODE DE TRANSMISSION: O. volvulus est propagé par les mouches noires du genre Simulium, qui pondent leurs œufs dans les cours d’eau à courant rapide(2, 8, 9, 15). L’infection se produit durant le repas de sang de la simulie, qui permet la transmission de larves d’O. volvulus (de stade 3) à l’hôte(9). Les parasites femelles vivent incluses dans des nodules fibreux de manière permanente tandis que les mâles peuvent se déplacer librement dans les tissus cutanés et sous-cutanés.
PÉRIODE D’INCUBATION: Grandement variable; cependant, les symptômes apparaissent généralement de 1 à 2 ans après l’infection(1-5).
TRANSMISSIBILITÉ: Aucune donnée à l’appui d’une transmission directe entre humains(1); par contre, l’infection peut être transmise indirectement entre les humains par l’intermédiaire des simulies(2, 3, 5, 9). Les humains infestés peuvent transmettre le parasite aux mouches tant qu’il y a présence de microfilaires vivantes dans leur peau.
ZOONOSE: Aucune. Les espèces d’Onchocerca retrouvées chez l’animal ne causent pas d’infection chez l’humain(1).
VECTEURS: Simulies (genre: Simulium)(1-6, 6, 8, 11, 15). Le complexe d’espèces Simulium damnosum sensu lato (s.l.) constitue le vecteur principal de l’infection en Afrique et est responsable de plus de 95 % des cas d’onchocercose observés mondialement(3, 6). Le complexe S. neavei s.l. est quant à lui le vecteur de l’infection en Ouganda, en Tanzanie, en Éthiopie et au Congo, et S. albivirgulatum s.l. un vecteur seulement retrouvé dans le bassin du Congo(3). En Amérique latine, S. ochraceum s.l., S. exiguum s.l., S. metallicum s.l. et S. guianense s.l. sont les vecteurs principaux de l’onchocercose(3, 6).
SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS: Les microfilaires sont sensibles à l’ivermectine, à la diéthylcarbamazine et à l’albendazole; toutefois, la diéthylcarbamazine n’est plus employée en raison de ses effets indésirables(1-4, 6, 8, 9). Les vers adultes sont sensibles à la suramine. En raison de sa grande toxicité, cette substance a cependant été remplacée par un nouveau médicament sans danger chez l’humain, la moxidectine, qui a déjà fait l’objet d’essais de phase II(2, 9). Les bactéries du genre Wolbachia vivant en symbiose avec O. volvulus sont quant à elles sensibles au traitement par la doxycycline(15). Bien que l’efficacité du traitement de l’onchocercose par l’ivermectine soit reconnue, il est nécessaire d’en assurer la continuité et la régularité; en effet, des études ont conclu à la présence de vers vivants et potentiellement fertiles chez des patients ayant reçu le traitement pendant 6 ans(16).
SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS: Inconnue. Au cours d’une étude de l’efficacité de la rifampicine et de l’azithromycine contre O. volvulus, les instruments de biopsie ont été désinfectés à l’aide d’une association de produits. Le protocole prévoyait l’emploi successif d’eau de Javel non diluée (30 secondes), d’éthanol à 95 % (30 secondes), d’eau distillée (30 secondes) et d’éthanol à 95 % (30 secondes) suivi d’un séchage à l’air(17).
INACTIVATION PHYSIQUE: Inconnue. Cependant, en milieu clinique, l’emploi de plusieurs désinfectants courants suivi d’un séchage à l’air a permis la désinfection des instruments qui étaient entrés en contact avec O. volvulus(17).
SURVIE À L’EXTÉRIEUR DE L’HÔTE: Inconnue.
SURVEILLANCE: La possibilité d’une onchocercose doit être envisagée chez les habitants des régions endémiques ou chez les visiteurs expatriés présentant un prurit avec ou sans rash associé(3). Le diagnostic d’onchocercose est fondé sur l’observation de microfilaires vivantes dans les prélèvements cutanés(2, 3, 5, 9, 10). Une biopsie cutanée exsangue peut être réalisée sur la crête tibiale, les fesses et les crêtes iliaques; les fragments de peau sont ensuite déposés dans du sérum physiologique et examinés au microscope à la recherche de microfilaires(2, 3, 5, 9, 10). Pour pallier le manque de sensibilité potentiel de l’examen microscopique, il est aussi possible d’employer la PCR, la méthode ELISA ou le marquage immunologique afin de mettre en évidence les microfilaires(1-3, 9, 10). Ces méthodes nécessitent toutefois aussi la réalisation d’une biopsie cutanée, qui peut être douloureuse et augmenter le risque de contamination par le sang. Les tests non effractifs comme la détection antigénique sur bandelette réactive pourraient donc s’avérer préférables pour le diagnostic de l’onchocercose(2, 10). La présence de microfilaires dans la chambre antérieure de l’œil peut aussi être mise en évidence à l’aide d’une lampe à fente(3, 5). Les vers adultes peuvent quant à eux être observés dans les nodules excisés.
PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT: Le médicament de choix contre l’onchocercose est l’ivermectine (Stromectol, Mectizan)(1-3, 5, 6, 8, 9, 12, 15). Le traitement est administré une fois par année pendant toute la durée de vie estimée du parasite (souvent plus de 10 ans)(2, 3, 5, 6). Il a été établi que le traitement par une association d’ivermectine et de doxycycline (pendant 6 semaines) présente une efficacité supérieure, la doxycycline interrompant l’embryogenèse d’O. volvulus pendant quelques mois en s’attaquant à ses endobactéries symbiotiques (du genre Wolbachia)(15). Un autre traitement est proposé au Mexique et au Guatemala; il consiste à pratiquer l’ablation des nodules (nodulectomie, notamment des nodules localisés sur la tête), ce qui réduirait le nombre de microfilaires qui migrent vers l’œil et diminuerait ainsi le nombre de cas de cécité(2, 3).
IMMUNISATION: Aucune. Cependant, de nombreuses stratégies de mise au point d’un vaccin sont actuellement à l’essai(2, 12).
PROPHYLAXIE: Bien qu’il n’existe aucun traitement chimioprophylactique de l’onchocercose, certaines mesures préventives sont employées dans les régions endémiques, notamment le recours aux moustiquaires et aux vêtements protecteurs de même qu’aux insecticides et aux larvicides(1-3, 6, 8, 10). De plus, le Programme d’élimination de l’onchocercose pour les Amériques mise sur l’administration bisannuelle d’ivermectine pour prévenir la maladie et en interrompre la transmission.
INFECTIONS CONTRACTÉES AU LABORATOIRE: Aucun cas n’a jusqu’à présent été signalé.
SOURCES ET ÉCHANTILLONS: Prélèvements cutanés, sang, urine, larmes et pus(1-3, 5, 6, 9, 10).
DANGERS PRIMAIRES: Auto-inoculation accidentelle(18).
DANGERS PARTICULIERS: Exposition aux mouches noires (du genre Simulium)(1-6, 6-8, 10, 15).
CLASSIFICATION DU GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 2.
EXIGENCES DE CONFINEMENT: Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux (18).
VÊTEMENTS DE PROTECTION : Sarrau. Gants, lorsqu’un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu’il y a un risque connu ou potentiel d’éclaboussure (18).
AUTRES PRÉCAUTIONS : Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s’effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB). L’utilisation d’aiguilles, de seringues et d’autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle (18).
DÉVERSEMENTS: Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie-tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer (18).
ÉLIMINATION: Décontaminer les matières à éliminer contenant l’agent infectieux ou ayant été en contact avec celui-ci par stérilisation à la vapeur, désinfection chimique, rayonnement gamma ou incinération(18).
ENTREPOSAGE: Dans des contenants étanches étiquetés de façon appropriée(18).
INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION: L’importation, le transport et l’utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l’Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.
DERNIÈRE MISE À JOUR: Septembre 2011
PRÉPARÉE PAR: Direction de la règlementation des agents pathogènes, agence de la santé publique du Canada.
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