NOM : Virus Nipah.
SYNONYME OU RENVOI : NiV, NV, infection par le virus Nipah, encéphalite due au virus Nipah(1-7). Autrefois appelé « virus apparenté au virus Hendra »(8-10).
CARACTÉRISTIQUES : Le virus Nipah, qui tire son nom de la région de la Malaisie où il a été détecté pour la première fois (Kampung Baru Sungai Nipah), appartient au genre Henipavirus, de la famille des Paramyxoviridae (3, 7). C'est un virus pléomorphe – dont la taille varie de 120 à 500 nm –, non segmenté et à ARN simple brin négatif(2, 4 , 11, 12). Observé au microscope électronique, le virus Nipah présente un aspect en chevrons (11).
PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ : Le virus Nipah peut causer une maladie neurologique ou respiratoire, dont les symptômes comprennent de la fièvre, des maux de tête, de la somnolence, des nausées, de la confusion, des vomissements, de la toux, des vertiges et des douleurs musculaires (4, 8, 12, 13). L'infection peut rester bénigne ou infraclinique dans 8 à 15 % des cas ou évoluer vers une encéphalopathie et un coma(3, 4, 8, 12, 13). Les signes neurologiques comprennent une diminution du niveau de conscience, un réflexe oculo-céphalique (yeux de poupée), un myosis extrême (micropupilles) et des convulsions(13). Cinquante pour cent des cas cliniques sont fatals, le décès étant probablement attribuable à une atteinte sévère du tronc cérébral(1, 3). Environ 8 % des survivants subiront une rechute au cours des mois ou des années suivant l'infection (14) . Certaines personnes peuvent aussi développer une pneumonie atypique ou des problèmes respiratoires graves, comme un syndrome de détresse respiratoire aiguë.
ÉPIDÉMIOLOGIE : La première éclosion de cas d'infection, pendant laquelle 265 personnes ont été infectées et 105 sont décédées, est survenue entre 1998 et 1999 en Malaisie, chez des éleveurs de porcs et des habitants des villages avoisinants(4, 9, 11, 12). Une deuxième éclosion s'est déclarée en 1999 à Singapour, chez des travailleurs d'abattoir qui avaient manipulé des porcs importés de la région malaise initialement touchée. Au cours de cette éclosion, on a dénombré 11 cas, dont 1 décès(4, 9, 10, 12). D'autres éclosions d'encéphalite due au virus Nipah ont été observées au Bangladesh et en Inde en 2001, 2003, 2004 et 2007 (15-19). Lors de l'éclosion survenue au Bangladesh en 2004, le taux de létalité a atteint environ 70 %, ce qui est beaucoup plus élevé que dans toutes les autres épidémies recensées jusqu'à maintenant(16).
GAMME D'HÔTES : Humains, roussettes (chauves-souris frugivores), porcs, chats, chiens, chevaux et chèvres (1-4 , 6, 10, 11, 15-18, 20, 21).
DOSE INFECTIEUSE : Inconnue.
MODE DE TRANSMISSION : Le mode de transmission du virus de la roussette aux autres animaux n'est pas connu, mais l'ingestion de fruits contaminés par l'urine ou la salive de chauves-souris infectées pourrait être en cause (6). Un contact direct avec les tissus ou les liquides organiques contaminés d'animaux infectés (particulièrement les porcs) pourrait être à l'origine de la transmission du virus des animaux aux humains(3, 4, 8, 10, 11, 13, 20, 22). D'autres animaux infectés, comme les chats et les chiens, pourraient aussi être impliqués dans la propagation du virus(11). La transmission interhumaine résulte probablement de l'exposition directe à un inoculum infectieux présent dans les sécrétions respiratoires d'une personne infectée ou du contact étroit et fréquent avec la salive d'une personne infectée(18, 23).
PÉRIODE D'INCUBATION : 4 à 18 jours; peut durer jusqu'à 2 mois(3, 4).
TRANSMISSIBILITÉ : On croyait que la transmission interhumaine était un phénomène isolé, mais des cas ont été documentés dans plusieurs des éclosions récentes survenues au Bangladesh(1, 17-19, 24) Ces cas ont été observés en l'absence de source zoonotique évidente, et le virus a probablement été transmis par les grosses gouttelettes expulsées par la toux ou les éternuements (17, 18). Toutefois, lors de l'éclosion de 2007 au Bangladesh, 50 % des chauves-souris du genre Pteropus prélevées dans la région un mois après l'éclosion présentaient des anticorps contre le virus Nipah, ce qui laisse croire que les chauves-souris ont transmis le virus (19). Des infections nosocomiales sont possibles (par le biais des gouttelettes respiratoires et de l'urine), mais elles seraient rares(1, 24).
RÉSERVOIR : Roussettes du genre Pteropus (aussi appelées renards volants), particulièrement la roussette des îles (Pteropus hypomelanus) (4, 6, 15, 22) .
ZOONOSE : Oui. Habituellement, le virus est d'abord transmis de la roussette aux autres espèces animales, puis de ces espèces (en particulier le porc) à l'humain(3, 4, 6, 20, 24). La consommation de jus de dattes non cuit, souillé par de la salive ou de l'urine de chauve-souris contenant le virus, peut aussi entraîner une infection(16).
VECTEURS: Aucun vecteur connu.
SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS : Sensible à la ribavirine(1, 10, 14, 25).
SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS : Inactivé par la formaline à 0,1 % et par l'eau de Javel domestique à 0,5 %(26 , 27).
INACTIVATION PHYSIQUE : Dans des échantillons renfermant le virus Nipah dilué dans une solution salée-tampon phosphate contenant du Tween 20 et du Triton X100, le virus a été inactivé par une exposition à la chaleur (56 °C) pendant 30 minutes(5).
SURVIE À L'EXTÉRIEUR DE L'HÔTE : Inconnue.
SURVEILLANCE : Surveiller l'apparition des symptômes. Le diagnostic peut être posé par les moyens suivants : test sérologique, ELISA, test de séroneutralisation, isolement du virus, microscopie électronique, analyse immunohistochimie ou PCR diagnostique (1-3, 5, 8, 10, 12).
Remarque : Toutes les méthodes diagnostiques ne sont pas nécessairement disponibles dans tous les pays.
PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT : Le traitement repose essentiellement sur des soins intensifs de soutien(2, 13). Dans un essai ouvert, la ribavirine a entraîné une diminution de la mortalité de 36 %(1, 14, 25).
IMMUNISATION : Aucune(14, 15, 28).
PROPHYLAXIE : Aucune(28).
INFECTIONS CONTRACTÉES AU LABORATOIRE : Des cas d'exposition accidentelle au virus Nipah ont été signalés chez des professionnels de la santé et des pathologistes, mais des tests rigoureux ont révélé qu'aucun d'entre eux n'avait été infecté(17, 21).
SOURCES ET ÉCHANTILLONS : Les liquides organiques comme les gouttelettes respiratoires, les sécrétions de la gorge et du nez, la salive, le sang, les urines, le liquide céphalorachidien et les tissus des individus infectés ainsi que les animaux (3, 8, 10, 21, 24).
DANGERS PRIMAIRES : Contact direct avec les tissus ou les liquides organiques de personnes infectées et avec les animaux (2, 20, 21).
DANGERS PARTICULIERS: Inconnus.
CLASSIFICATION PAR GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 4 (29).
EXIGENCES DE CONFINEMENT : Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 4 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux(30).
VÊTEMENTS DE PROTECTION : Avant d'entrer dans le laboratoire, le personnel doit enlever sa tenue de ville, de même que ses sous-vêtements et bijoux, pour ensuite mettre des vêtements et des chaussures réservés aux travaux en laboratoire, ou mettre un vêtement protecteur complet (c'est-à-dire qui couvre entièrement la tenue de ville). Une protection supplémentaire doit être portée par-dessus les vêtements de laboratoire lors de la manipulation directe de substances infectieuses, comme un sarrau uni à l'avant avec poignets serrés, des gants et une protection respiratoire. Une protection des yeux doit être utilisée lorsqu'il y a un risque connu ou potentiel d'éclaboussure(30).
AUTRES PRÉCAUTIONS :Toutes les activités avec des matières infectieuses doivent s'effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB), avec une combinaison à pression positive, ou dans une ESB de classe III. La centrifugation des matières infectées doit s'effectuer dans des enceintes scellées placées dans des réservoirs hermétiques ou des rotors qui sont remplis et vidés dans une ESB. L'intégrité des combinaisons à pression positive doit être régulièrement examinée pour en déceler les fuites. L'utilisation d'aiguilles, de seringues et d'autres objets tranchants devrait être strictement restreinte. Les plaies ouvertes, les coupures et les éraflures doivent être couvertes avec des pansements imperméables. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle(30).
DÉVERSEMENTS : Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie-tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer.
ÉLIMINATION : Décontaminer toutes les matières à jeter provenant d'un laboratoire de confinement par stérilisation à la vapeur, désinfection chimique, incinération ou par des méthodes gazeuses. Les matières contaminées comprennent aussi bien les déchets liquides que solides.
ENTREPOSAGE : Dans des contenants étanches et scellés, qui sont étiquetés de façon appropriée et placés sous clé dans un laboratoire de confinement de niveau 4.
INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION : L'importation, le transport et l'utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l'Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l'Agence canadienne d'inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.
DERNIÈRE MISE À JOUR : Janvier 2012
PRÉPARÉE PAR : Direction de la règlementation des agents pathogènes, agence de la santé publique du Canada.
Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l'utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.
Tous droits réservés
© Agence de la santé publique du Canada, 2012
Canada
Pour partager cette page, veuillez cliquez sur le réseau sociale de votre choix.