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MYCOBACTERIUM SPP.

FICHE TECHNIQUE SANTÉ-SÉCURITÉ: AGENTS PATHOGÈNES

SECTION I – AGENT INFECTIEUX

NOM: Mycobacterium spp. – à l’exception de M. tuberculosis et des membres du complexe Mycobacterium tuberculosis (M. bovis, M. africanum, M. pinnipedii, M. microti, M. caprae, “Mycobacterium canettii”)

SYNONYME OU RENVOI: Mycobactéries atypiques, mycobactéries non tuberculeuses (MNT), mycobactéries autres que tuberculeuses (MOTT pour mycobacteria other than tubercle bacilli)(1-3). Il y a plus d’une centaine d’espèces de mycobactéries, mais les plus courantes comprennent le complexe M. avium (MAC), M. kansasii, M. haemophilum, M. xenopi, M. malmoense, M. asiaticum, M. simiae, M. szulgai, M. marinum, M. ulcerans, M. genavense (à croissance lente), M. fortuitum, M. chelonae, M. abscessus (à croissance rapide)(4).

CARACTÉRISTIQUES: Le genre Mycobacterium appartient à la famille des Mycobacteriaceae et il regroupe de nombreuses espèces, dont certaines sont pathogènes pour les humains(3). Ce sont des bacilles aérobies, asporulés, non mobiles, légèrement incurvés ou droits (0,2 à 0,6 μm par 1,0 à 10 μm), qui peuvent se ramifier. On peut les cultiver sur des substrats simples comme les acides aminés et le glycérol(3). Les diverses espèces ont différentes températures de croissance qui vont de < 30 à 45 °C(3). Leur croissance peut être lente (en 7 jours) ou rapide (en moins de 7 jours) lorsqu’elles sont repiquées sur un milieu de Löwenstein-Jensen(3). Elles sont divisées en deux groupes: les espèces à croissance lente (subdivisées en photochromogènes, scotochromogènes et non photochromogènes) et celles à croissance rapide(4, 5).

SECTION II – DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ: Les infections à mycobactéries non tuberculeuses (MNT) touchent surtout les sujets immunodéprimés, même si des patients immunocompétents peuvent également être atteints(4, 6). Les mycobactéries non tuberculeuses causent de nombreuses maladies chez les humains.

Pneumopathies: Les pneumopathies sont principalement dues à M. kansasii et au MAC et rarement à M. malmoense, M. xenopi, M. asiaticum, M. simiae et M. szulgai(1). Elles peuvent se manifester par les divers profils cliniques suivants: infiltrats tuberculeux, bronchectasie nodulaire, nodules solitaires et infiltrats diffus(3, 6).

Lymphadénite: Principalement causée par le MAC, M. scrofulaceum, M. haemophilum, M. fortuitum et M. kansasii(1).

Infections de la peau et des tissus mous (ulcères cutanés): Les infections de la peau peuvent être associées à M. marinum, M. ulcerans, M. fortuitum et M. chelonei(1). M. marinum peut entraîner une infection de la peau si une lésion cutanée est exposée à de l’eau contaminée d’un aquarium d’eau douce(7). La maladie est caractérisée par la formation d’une lésion papulonodulaire unique confinée à un membre, qui peut éventuellement devenir ulcéreuse(7). M. ulcerans cause des ulcères cutanés qui peuvent prendre la forme tant d’un nodule localisé que de maladies ulcéreuses, ou non, étendues, notamment l’ostéomyélite(3).

Les autres infections associées aux MNT comprennent les suivantes: entérite, maladie musculo-squelettique, bursite, maladie du SNC, infection de la cornée et otite moyenne(3, 4). Une infection disséminée et une bactériémie peuvent également survenir(6). L’infection disséminée touche principalement les sujets immunodéprimés; elle peut atteindre le foie, la rate et la moelle osseuse(6). Les patients atteints d’une infection disséminée présentent des symptômes non spécifiques, notamment de la fièvre, une sensation de malaise, une perte de poids, une anorexie, des douleurs abdominales et des sueurs nocturnes(6).

ÉPIDÉMIOLOGIE: Présence à l’échelle mondiale. L’altération de l’immunité locale ou systémique (p. ex. infection à VIH) est le principal facteur de risque d’infections à MNT(2). En Colombie-Britannique, entre 1996 et 2006, l’incidence de toutes les MNT isolées s’étendait de 3,4 à 9,1/100 000; le complexe M. avium (MAC) représentait 2,6 à 6,7 cas pour 100 000 et les mycobactéries non-MAC, < 0,7 cas pour 100 000 de l’ensemble de l’échantillon (y compris les MNT et les isolats de M. tuberculosis)(8). D’après une étude semblable menée entre 2000 et 2003 dans la ville de New York aux États-Unis, les incidences estimées de cultures positives de MNT (sans infection à VIH) et de maladies (dues à l’infection par une MNT) étaient de 17,7, 2,7 et 2,0 pour 100 000 personnes, respectivement(9). Une étude menée en 2008 a révélé que la prévalence de l’isolement de l’ensemble des espèces de MNT en Ontario au Canada a augmenté de 9,1/100 000 en 1997 à 14,1/100 000 en 2003(10).

GAMME D’HÔTES: Humains, animaux domestiques et sauvages(3).

DOSE INFECTIEUSE: Inconnue.

MODE DE TRANSMISSION: Transmission nosocomiale ou par contact direct avec un milieu contaminé(3).

PÉRIODE D’INCUBATION: La période d’incubation de l’infection à M. marinum est d’environ 2 à 3 semaines(11).

TRANSMISSIBILITÉ: Aucune donnée n’étaie la transmission interhumaine de l’infection.

SECTION III – DISSÉMINATION

RÉSERVOIR: Très répandu dans la nature – sol, eau, humains, animaux domestiques et sauvages(3).

ZOONOSE: Oui pour certaines espèces: M. marinum provenant des poissons domestiques, complexe M. avium provenant des porcs et d’autres animaux domestiques et sauvages(3, 7).

VECTEURS: Aucun.

SECTION IV - VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS: Une polythérapie est utilisée, car les espèces ne sont par toutes sensibles aux mêmes médicaments(6). Les épreuves de sensibilité aux médicaments sont effectuées sur des microorganismes isolés en vue de déterminer le traitement adéquat(6). M. kansasii est sensible aux agents antituberculeux de première intention (rifampicine, isoniazide, pyrazinamide et éthambutol).

RÉSISTANCE AUX MÉDICAMENTS: M. marinum est résistant au pyrazinamide(11), et les microorganismes MAC, contrairement à M. kansasii, sont résistants aux agents antituberculeux de première intention(6).

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS: Les mycobactéries sont plus résistantes aux désinfectants que les bactéries végétatives(12, 13). Les mycobactéries atypiques sont généralement sensibles à l’hydroxyde de sodium, au dioxyde de chlore, à l’oxyde d’éthylène, à l’acide peracétique à 0,35 % et à l’orthophtalaldéhyde(2, 13-15). On peut utiliser l’éthanol à 70 % pour la désinfection des surfaces(13). Certaines mycobactéries atypiques, comme M. marinum, M. smegmatis et M. fortuitum, sont très sensibles au glutaraldéhyde alcalin à 2 %, alors que d’autres, comme M. gordonae, le complexe M. avium, M. xenopi et M. chelonae, y sont résistantes(13, 16, 17).

INACTIVATION PHYSIQUE: Les mycobactéries sont facilement inactivées par la chaleur (> 65 °C pendant au moins 30 min) et par les rayons UV, mais pas par la congélation, ni par la dessiccation(3).

SURVIE À L’EXTÉRIEUR DE L’HÔTE: Les mycobactéries peuvent survivre pendant des semaines ou des mois sur des objets inanimés si elles sont protégées du soleil(3). Les espèces de MNT sont très répandues dans la nature; elles sont présentes dans les eaux naturelles, l’eau du robinet, le sol et l’eau servant aux douches et aux solutions utilisées en chirurgie(2).

SECTION V - PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE: Surveiller les symptômes. Pour poser un diagnostic d’infection à MNT, on peut avoir recours à la culture d’échantillons cliniques et à l’identification selon les caractéristiques phénotypiques (vitesse de croissance, coloration de la colonie et épreuves biochimiques); à l’examen histopathologique pour repérer la présence de granulomes dans les aspirats ou les biopsies; à des méthodes de typage sérologique; à des méthodes fondées sur l’électrophorégramme des isoenzymes et des protéines; et à la PCR, à l’empreinte génétique et à l’identification faisant appel à des sondes génétiques(2).

Remarque: Les méthodes diagnostiques ne sont pas nécessairement toutes disponibles dans tous les pays.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT: L’association de plusieurs antibiotiques pendant une longue période est recommandée pour traiter les infections à MNT(6). Les principaux antibiotiques utilisés pour le traitement antimycobactérien comprennent les suivants: rifampicine, isoniazide, éthambutol, macrolides (clarithromycine, azithromycine), quinolones (ciprofloxacine, moxifloxacine, gatifloxacine), aminosides (streptomycine, amikacine) et linézolide(6). Une intervention chirurgicale peut être utile pour le débridement des lésions en cas de maladie des tissus mous causée par les MNT et pour la prise en charge d’une lymphadénite cervicale(2, 6). Une intervention chirurgicale peut aussi être associée à l’antibiothérapie pour réduire la charge bactérienne et enrayer les symptômes potentiellement mortels, comme l’hémoptysie(6).

IMMUNISATION: Aucune.

PROPHYLAXIE: Le service de santé publique des États-Unis a recommandé l’utilisation de la rifabutine pour prévenir et retarder l’apparition de la bactériémie causée par l’infection au complexe M. avium chez les patients séropositifs pour le VIH(2, 18).

SECTION VI - DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES AU LABORATOIRE:On a déclaré 40 cas de tuberculose non pulmonaire due à des accidents en laboratoire ou en salle d’autopsie. Ces cas peuvent être causés par des espèces du genre Mycobacterium autres que M. tuberculosis/bovis(1). On a décrit un cas d’infection chez un travailleur de laboratoire qui s’est accidentellement inoculé une suspension viable de M. marinum dans le pouce(19).

SOURCES ET ÉCHANTILLONS: Les MNT peuvent être isolées dans les expectorations, les exsudats de lésions, les tissus, les échantillons environnementaux (sol, eau) et les plaies(1). On a aussi isolé le MAC dans les échantillons de sang et de selles prélevés chez des sujets infectés(3).

DANGERS PRIMAIRES: Le contact direct de la peau ou des muqueuses avec la matière infectieuse, l’inoculation parentérale accidentelle de la bactérie et l’ingestion de la bactérie(1).

DANGERS PARTICULIERS: L’exposition à des aérosols infectieux produits par la manipulation de cultures en bouillon ou d’homogénats de tissu peut être à l’origine de la maladie pulmonaire chez les employés de laboratoire(1).

SECTION VII - CONTRÔLE DE L’EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION DU GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 2 (20). Veuillez noter que ce groupe de risque s’applique à Mycobacterium spp., à l’exception de M. tuberculosis et des membres du complexe Mycobacterium tuberculosis (M. bovis, M. africanum, M. pinnipedii, M. microti, M. caprae, Mycobacterium canettii), de façon globale, mais il pourrait ne pas s’appliquer à toutes les espèces du genre.

EXIGENCES DE CONFINEMENT: Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux. Veuillez noter que ces exigences de confinement s’appliquent à Mycobacterium spp. (à l’exception de M. tuberculosis et des membres du complexe Mycobacterium tuberculosis [M. bovis, M. africanum, M. pinnipedii, M. microti, M. caprae, M. canettii]) dans son ensemble et peuvent ne pas s’appliquer à chaque espèce du genre.

VÊTEMENTS DE PROTECTION : Sarrau. Gants, lorsqu’un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu’il y a un risque connu ou potentiel d’éclaboussure(21).

AUTRES PRÉCAUTIONS : Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s’effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB). L’utilisation d’aiguilles, de seringues et d’autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle (21).

SECTION VIII - MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS: Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie-tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer (21).

ÉLIMINATION: Avant la mise au rebut, décontaminer tous les déchets contenant l’organisme infectieux ou ayant été en contact avec cet organisme par autoclavage, désinfection chimique, exposition aux rayons gamma ou incinération.

ENTREPOSAGE: L’agent infectieux doit être entreposé dans des contenants étanches étiquetés de façon appropriée.

SECTION IX - RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION: L’importation, le transport et l’utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l’Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR: Septembre 2011

PRÉPARÉE PAR: Direction de la règlementation des agents pathogènes, agence de la santé publique du Canada.

Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l’utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

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© Agence de la santé publique du Canada, 2011

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RÉFÉRENCES:

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