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Cryptosporidium parvum - Fiche technique santé-sécurité : agents pathogènes

SECTION I – AGENT INFECTIEUX

NOM : Cryptosporidium parvum

SYNONYME OU RENVOI : Cryptosporidiose1Footnote 2, crypto.

CARACTÉRISTIQUES : Cryptosporidium parvum est un parasite protozoaire intracellulaire de la famille des Cryptosporidiidae et de l’embranchement des Apicomplexa1Footnote 3. Il présente un cycle évolutif complexe, constitué de cycles sexués et asexués qui se produisent dans un seul hôteFootnote 4. Les oocystes possèdent une paroi épaisse et constituent le stade extracellulaire et environnemental1Footnote 3. De forme presque sphérique, ils mesurent de 4 à 6 μm. Une fois qu’ils sont ingérés par l’hôte, les oocystes se dékystent dans la lumière de l’intestin grêle pour libérer quatre sporozoïtes infectieux et envahir les cellules environnantes1Footnote 3. Les sporozoïtes se transforment en trophozoïtes et, ultérieurement, en mérontes de type I qui se reproduisent de façon asexuée et libèrent des mérozoïtes de type IFootnote 4. Les mérontes de type I évoluent en mérontes de type II et libèrent des mérozoïtes de type II qui amorcent le cycle sexuelFootnote 4.

SECTION II – IDENTIFICATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ : L’infection provoque une gastroentérite aiguë. Au nombre des symptômes figurent la diarrhée sans globules rouges, les douleurs abdominales, les crampes, la fièvre, les vomissements, la myalgie, les flatulences, les nausées, l’anorexie, un malaise général et la fatigue5-7. Chez les personnes immunocompétentes, la maladie est spontanément résolutive et les symptômes peuvent durer jusqu’à trois semainesFootnote 5. Chez les personnes immunodéficientes, la cryptosporidiose peut se prolonger et devenir chroniqueFootnote 5, ce qui peut mener à des manifestations cliniques plus graves comme une perte de poids importante, une cholangite, une pancréatite, une cholangite sclérosante et une cirrhose; elle est également associée à une hausse du taux de morbidité et de mortalitéFootnote 5. Le Department of Homeland Security des États‑UnisFootnote 8 a classé C. parvum comme agent de bioterrorisme de classe B.

ÉPIDÉMIOLOGIE : C. parvum s’observe partout dans le monde et il est omniprésent dans l’environnement Footnote 1Footnote 9. La cryptosporidiose figure parmi les cinq principales causes de diarrhée infectieuse sur la planèteFootnote 9. La prévalence de l’infection varie selon le climat et le niveau de développement; elle représente 0,1 à 2 % des infections diarrhéiques dans les régions développées et froides et 0,5 à 10 % dans les pays chauds en développementFootnote 9. Les milieux où les contacts étroits avec des personnes infectées sont fréquents, notamment les garderies, favorisent la transmission du protozoaireFootnote 10. Des éclosions ont été associées à une contamination des aliments, de l’eau et des eaux récréatives. Une éclosion liée à de l’eau potable contaminée a touché plus de 400 000 personnes à Milwaukee, au WisconsinFootnote 3.

GAMME D’HÔTES : Humains, 152 espèces de mammifères, poissons, amphibiens, reptiles et oiseaux3Footnote 9.

DOSE INFECTIEUSE : La dose infectieuse médiane chez des volontaires adultes en santé est de 132 oocystesFootnote 6. Toutefois, la dose infectieuse pour l’humain est aussi basse que 1 à 5 oocystes11Footnote 12. La dose infectieuse dépend de l’état immunitaire de l’hôte, les personnes immunodéficientes étant beaucoup plus susceptiblesFootnote 13.

MODE DE TRANSMISSION : La transmission se fait par la voie fécale-orale, par contact direct avec des humains ou des animaux infectés, par de l’eau ou des aliments contaminés ou par des aérosols1Footnote 2Footnote 4.

PÉRIODE D’INCUBATION : 7 à 10 joursFootnote 9.

TRANSMISSIBILITÉ : Très contagieux. La transmission interhumaine est fréquenteFootnote 5. Les oocystes peuvent être excrétés jusqu’à 50 jours après la fin de la diarrhéeFootnote 10.

SECTION III - DISSÉMINATION

RÉSERVOIR : Environnement et de nombreuses espèces de mammifèresFootnote 9.

ZOONOSE : Oui, provenant principalement de ruminants domestiques et sauvagesFootnote 1.

VECTEURS : Les insectes volants peuvent être des vecteurs passifsFootnote 14.

SECTION IV – VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS : Sensible au nitazoxanideFootnote 1 (non offert au Canada).

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS : C. parvum est sensible au peroxyde d’hydrogène et à l’oxyde d’éthylène à forte concentration (> 6 %), ainsi qu’à l’ozoneFootnote 15.

RÉSISTANCE AUX DÉSINFECTANTS : Il est résistant à de faibles concentrations de peroxyde d’hydrogène, d’acide peracétique, d’hypochlorite de sodium, de composés phénoliques, de composés d’ammonium quaternaire, de glutaraldéhyde à 2 %, d’ortho-phtalaldéhyde et d’éthanol à 70 %Footnote 16.

INACTIVATION PHYSIQUE : Inactivé par la chaleur humideFootnote 17 (p. ex. 121 °C pendant 18 minutes), la congélation (-70 °C pendant quelques secondes ou -20 °C pendant 24 heures), la dessiccation3Footnote 16 et les rayons ultravioletsFootnote 18. Utilisation de filtres « absolus » de 1 μm.

SURVIE À L’EXTÉRIEUR DE L’HÔTE : Le protozoaire peut survivre pendant 6 mois à 20 °C dans l’environnementFootnote 3.

SECTION V – PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE : La détection se fait habituellement par observation microscopique directe des oocystes dans les échantillons de selles. Des techniques de détection d’acides nucléiques et d’antigènes ont également été mises au point1Footnote 2Footnote 5.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT : En général, l’infection est spontanément résolutive chez les patients immunocompétents. Un traitement de réhydratation hydroélectrolytique peut être administré dans les cas de diarrhée intense. Aux États-Unis, le nitazoxanide est approuvé pour le traitement de la cryptosporidiose chez les enfants de 1 an à 10 ansFootnote 19. Il s’est également avéré prometteur chez les patients immunodéprimés1Footnote 2, qui sont souvent traités par la paromomycine, le letrazuril et l’azithromycineFootnote 2. À l’heure actuelle, le traitement antirétroviral hautement actif (HAART) est considéré comme le meilleur choix de traitement pour la cryptosporidiose potentiellement mortelle chez les patientes atteints du sida1Footnote 2.

IMMUNISATION : Aucune.

PROPHYLAXIE : Aucune.

SECTION VI – DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES EN LABORATOIRE : Oui, au moins 16 cas de cryptosporidiose ont été signalésFootnote 20.

SOURCES ET ÉCHANTILLONS : Selles, échantillons prélevés par biopsie intestinale chez les humains ou les animaux, et échantillons d’eau prélevés dans l’environnementFootnote 1.

DANGERS PRIMAIRES : Ingestion d’oocystes, inoculation parentérale, contact avec des gouttelettes aérosolisées4Footnote 21.

DANGERS PARTICULIERS : Contact avec des animaux infectés de façon naturelle ou à des fins expérimentalesFootnote 4.

SECTION VII – CONTRÔLE DE L’EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION PAR GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 2.

EXIGENCES DE CONFINEMENT : Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux Footnote 22.

VÊTEMENTS DE PROTECTION : Sarrau. Gants, lorsqu’un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu’il y a un risque connu ou potentiel d’éclaboussure Footnote 22.

AUTRES PRÉCAUTIONS : Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s’effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB). L’utilisation d’aiguilles, de seringues et d’autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle Footnote 22.

SECTION VIII – MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS : Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie‑tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer Footnote 22.

ÉLIMINATION : Décontaminer toutes les matières à éliminer contenant l’agent infectieux ou ayant été en contact avec celui‑ci par stérilisation à la vapeur, désinfection chimique, rayonnement gamma ou incinération Footnote 22.

ENTREPOSAGE : L’agent infectieux doit être entreposé dans des contenants étanches étiquetés de façon appropriée Footnote 22.

SECTION IX – RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION : L’importation, le transport et l’utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l’Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR : Décembre 2011

PRÉPARÉE PAR : Direction de la règlementation des agents pathogènes, Agence de la santé publique du Canada. Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l’utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

Tous droits réservés© Agence de la santé publique du Canada, 2011 Canada

RÉFÉRENCES

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