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Virus du sérogroupe Californie - Fiche technique santé-sécurité : agents pathogènes

SECTION I - AGENT INFECTIEUX

NOM : Virus du sérogroupe Californie

SYNONYME OU RENVOI : Virus de l’encéphalite de Californie, virus Guaroa, Inkoo, Jamestown Canyon, La Crosse, Snowshoe Hare et Tahyna (Lumbo).

CARACTÉRISTIQUES : Le sérogroupe Californie a été découvert en 1943 en Californie (États-Unis), mais de nombreux virus appartenant à ce sérogroupe ne sont pas nécessairement présents en Californie1. Les virus de ce sérogroupe font partie de la famille des Bunyaviridae, dont les virions mesurent habituellement 75 à 115 nm de diamètre et possèdent une nucléocapside d’environ 60 à 70 nm de diamètre recouverte d’une enveloppe d’une épaisseur de 4 nm1Footnote 2. Il s’agit d’un groupe de virus étroitement apparentés qui produisent des réactions sérologiques croisées reproductibles. Ces virus sont également classés parmi les arbovirus, un groupe taxonomique varié de virus qui sont transmis aux vertébrés uniquement par des arthropodes (vecteurs)3.

SECTION II – DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ : Les virus du sérogroupe Californie causent tous une encéphalite similaire chez l’humain. La gravité des cas est variable, allant d’une absence de symptômes ou d’une légère fièvre à une encéphalite mortelle2. La plupart des cas sont légèrement atteints ou asymptomatiques et ne sont pas signalés4-6. En 1993 aux États-Unis, il a été établi que les virus du sérogroupe Californie étaient en cause dans 71 % de toutes les arboviroses et que le virus La Crosse était l’agent prépondérant4. Bien que le virus du Nil occidental soit actuellement l’arbovirus le plus important en Amérique du Nord du point de vue médical, les virus du sérogroupe Californie sont encore aujourd’hui la deuxième cause de morbidité parmi les agents transmis par les moustiques et sont responsables de plus de 70 cas d’encéphalite avérés par année. Les patients symptomatiques font généralement état d’une fièvre d’apparition brutale suivie de raideurs dans la nuque, d’une léthargie, de signes en foyer, de nausées et de vomissements2Footnote 3. Parmi les autres symptômes, on note l’irritabilité (qui peut durer 1 à 3 jours), les céphalées, le méningisme, la surréflectivité, la monoparésie brachiale, l’anorexie et les douleurs abdominales7. Des symptômes plus graves (comme des convulsions) peuvent apparaître, s’accompagner de troubles de la conscience et évoluer vers le coma2Footnote 4. Les enfants ayant souffert d’une encéphalite causée par le virus La Crosse ont souvent un QI très inférieur à la moyenne et, chez eux, le risque d’hyperactivité avec déficit de l’attention est élevé8. Le taux de létalité des infections par le virus La Crosse est de 0,5 % à 1 %5Footnote 9.

ÉPIDÉMIOLOGIE : Les virus du sérogroupe Californie sont présents dans le monde entier, sous des climats et dans des habitats très variés, comme les climats tropicaux, les marécages côtiers en zones tempérées, les vallées fluviales des basses terres, les vallées alpines, les hautes terres, les déserts ou les régions arctiques4. Cependant, chaque virus possède sa propre niche écologique définie par sa gamme de vecteurs, de climats et d’hôtes vertébrés4. Le virus de l’encéphalite de Californie ainsi que les virus La Crosse, Snowshoe Hare, Jamestown Canyon et Trivittatus sont présents en Amérique du Nord, tandis que les virus Inkoo et Tahyna sont répandus en Europe1. Sous les climats tempérés, la maladie se manifeste le plus souvent pendant les mois d’été5Footnote 6. Le virus La Crosse est le virus du sérogroupe Californie le plus courant; il est en cause dans 8 % à 30 % de tous les cas d’encéphalite aux États-Unis. Il touche principalement les enfants de moins de 15 ans et est couramment observé dans le Mid West américain et dans l’Est de l’Amérique du Nord1Footnote 4Footnote 5.

GAMME D’HÔTES : L’humain est un hôte paraténique ou accidentel, les moustiques sont les vecteurs et les petits mammifères, par exemple le tamia rayé (Tamias striatus griseus), le lapin à queue blanche (Lepus sylvaticus) et l’écureuil gris (Sciurus carolinensis), sont les hôtes amplificateurs2Footnote 4Footnote 5Footnote 8Footnote 10.

DOSE INFECTIEUSE : Inconnue. La dose minimale requise pour l’infection des macaques rhésus par le virus La Crosse est de 101 à 103 UFP8.

MODE DE TRANSMISSION : Transmission vectorielle. Les moustiques sont le véhicule de transmission. Ils peuvent être infectés en se nourrissant du sang d’un hôte infecté et propager le virus par le même mécanisme2Footnote 3Footnote 5Footnote 11. La persistance du virus dans la nature dépend de la transmission verticale entre les moustiques vecteurs. Une transmission horizontale entre les tamias et les écureuils a en outre été observée1.

PÉRIODE D’INCUBATION : Environ 3 à 7 jours2.

TRANSMISSIBILITÉ : Puisque l’humain est un hôte paraténique, ces virus ne se transmettent pas d’un humain à un autre4Footnote 5.

SECTION III - DISSÉMINATION

RÉSERVOIR : Les moustiques (Ochlerotatus triseriatus) et plusieurs espèces de petits et grands mammifères des forêts1-3 Footnote 5 Footnote 6.

ZOONOSE : Oui, ces virus se transmettent à l’humain par les insectes vecteurs se nourrissant de sang9.

VECTEURS : Les moustiques des genres Anopheles, Ochlerotatus (anciennement Aedes) et Culex1Footnote 12. Ces moustiques sont répandus dans les forêts caducifoliées de l’Est et se reproduisent dans les cavités des arbres ou dans d’autres réservoirs d’eau de pluie.

SECTION IV – VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS : Virus sensibles in vitro à la ribavirine et au ribamydil4. Cependant, il n’existe aucun traitement antiviral homologué par la Food and Drug Administration (FDA) contre l’infection par le virus La Crosse8.

RÉSISTANCE AUX MÉDICAMENTS : Aucune résistance particulière n’a été signalée chez les virus du sérogroupe Californie. Toutefois, la résistance est un sujet de plus en plus préoccupant lorsque des doses d’antiviral sont administrées à répétition, surtout dans les régions où le virus est endémique.

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS : Sensibles à l’hypochlorite de sodium à 1 %, au glutaraldéhyde à 2 %, à l’éthanol à 70 % et au formaldéhyde13.

INACTIVATION PHYSIQUE : Les virus sont inactivés par une chaleur humide (121 °C pendant 15 à 30 minutes) et par une chaleur sèche (160 à 170 °C pendant 1 à 2 heures)14. Moins de 10 % seulement des virus sont inactivés après une exposition de 90 minutes à une température de 37 °C15.

SURVIE À L’EXTÉRIEUR DE L’HÔTE : Il n’existe aucune donnée sur la survie de ces virus à l’extérieur de l’hôte. Cependant, ils peuvent survivre à l’hiver dans les œufs de moustiques5.

SECTION V – PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE : Surveiller l’apparition de symptômes. Le diagnostic repose sur les variations sérologiques observées par les tests d’immunofluorescence indirecte, de fixation du complément, d’inhibition de l’hémagglutination et de neutralisation. Une fluctuation du titre sérique peut aussi indiquer une infection4. L’imagerie par résonance magnétique (IRM) peut servir à détecter dans les lobes temporaux des modifications en foyer qui apparaissent chez certains cas. Les tests d’amplification des acides nucléiques permettent de détecter les virus chez les vecteurs et les cas humains de maladie active.

Remarque : Les méthodes de diagnostic ne sont pas nécessairement toutes disponibles dans tous les pays.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT : Le traitement vise principalement le soutien et devrait être axé sur le maintien des fonctions vitales. Il est très important de surveiller l’apparition de convulsions et l’augmentation de la pression intracrânienne. Le médicament antiviral ribavirine peut être utilisé dans les cas jugés sérieux4Footnote 9.

IMMUNISATION : Il n’existe à l’heure actuelle aucun vaccin contre ces virus8 Footnote 16.

PROPHYLAXIE : Aucune. La prévention consiste à éviter les moustiques vecteurs et leurs lieux de reproduction.

SECTION VI – DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES EN LABORATOIRE : Aucun cas n’a été signalé.

SOURCES ET ÉCHANTILLONS : Tissus cérébraux, sang, liquide céphalorachidien2 Footnote 5.

DANGERS PRIMAIRES : Inoculation parentérale accidentelle, ingestion, manipulation de tissus ou de liquides corporels infectés et inhalation de particules en suspension dans l’air17.

DANGERS PARTICULIERS : Aucun.

SECTION VII – CONTRÔLE DE L’EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION PAR GROUPE DE RISQUE : Groupe de risque 2.

EXIGENCES DE CONFINEMENT : Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux.

VÊTEMENTS DE PROTECTION : Sarrau. Gants, lorsqu’un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu’il y a un risque connu ou potentiel d’éclaboussure 19.

AUTRES PRÉCAUTIONS : Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s’effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB). L’utilisation d’aiguilles, de seringues et d’autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle 19.

SECTION VIII – MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS : Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie‑tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer 19.

ÉLIMINATION : Décontaminer toutes les matières à éliminer contenant l’agent infectieux ou ayant été en contact avec celui‑ci par stérilisation à la vapeur, désinfection chimique, rayonnement gamma ou incinération 19.

ENTREPOSAGE : L’agent infectieux doit être entreposé dans des contenants étanches étiquetés de façon appropriée 19.

SECTION IX – RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION : L’importation, le transport et l’utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l’Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR : Décembre 2011.

Préparée par : Direction de la règlementation des agents pathogènes, Agence de la santé publique du Canada.

Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l’utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

Tous droits réservés© Agence de la santé publique du Canada, 2011 Canada

RÉFÉRENCES

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