NOM: Cytomégalovirus
SYNONYME OU RENVOI: Virus herpétique humain de type 5 (VHH-5)(1), CMV(2,3), CMVH.
CARACTÉRISTIQUES: Membre de la famille des Herpesviridae et de la sous-famille des Betaherpesvirinae(1). Le nom « cytomégalovirus » fait référence à l'hypertrophie cellulaire associée à l'infection. Les particules complètes du CMV mesurent 120 à 220 nm de diamètre. Elles sont constituées d'un génome formé d'ADN linéaire de 235 kb à double brin enfermé dans une capside icosaédrique entourée d'une enveloppe riche en phospholipides. La réplication virale est lente et repose sur l'expression de gènes précoces immédiats, précoces et tardifs. La réplication se fait dans le noyau de la cellule hôte.
PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ: L'infection à CMV est fréquente et habituellement asymptomatique chez les enfants et les adultes en bonne santé, mais peut entraîner une maladie grave chez les nouveau-nés et les enfants ou adultes immunodéprimés(1). Le CMV est la cause la plus fréquente d'infection congénitale, touchant 0,2 à 2,4 % de tous les nourrissons, et aussi de retard mental et de déficit auditif d'origine virale chez les enfants des pays en voie de développement(4). Les infections sont souvent récurrentes en raison de la réactivation d'un virus latent (surtout chez les personnes immunodéprimées comme les receveurs de greffe de moelle osseuse ou d'autres types de transplantations); une réinfection peut aussi survenir en raison de la diversité antigénique du virus(5,6). L'infection peut entraîner un syndrome ressemblant à la mononucléose avec fièvre de longue durée (2 à 3 semaines), malaise, lymphocytose atypique, lymphadénite cervicale, hépatite légère et encéphalite(1,7-9).
Infection congénitale: L'infection congénitale survient lorsque la mère contracte une infection à CMV pendant la grossesse. Certains des bébés infectés par voie congénitale (10 à 15 %) présentent des symptômes immédiatement après la naissance. Les nouveau-nés atteints d'une maladie symptomatique présenteront diverses anomalies congénitales telles que faible poids à la naissance, jaunisse, hépatosplénomégalie, pétéchies, purpura thrombocytopénique, myocardite, pneumonite, anémie, anomalies touchant le SNC, rétinite et choriorétinite(1,8,9). Ces bébés peuvent décéder des suites de ces complications durant leur premier mois de vie ou peuvent survivre avec des complications neurologiques. Environ 6 à 25 % des nourrissons asymptomatiques à la naissance présenteront des complications comme une perte auditive liée au nerf sensoriel, un retard mental et psychomoteur ou les deux plus tard dans leur vie.
Infection néonatale: Les enfants infectés par transmission périnatale ne présentent d'ordinaire aucune maladie manifeste sauf dans les cas de naissance prématurée ou d'immunodéficience(1,8). La survenue d'une infection à CMV chez les bébés prématurés peut entraîner une hépatomégalie, une thrombopénie, une lymphocytose atypique ou une anémie hémolytique, et peut être associée à des taux élevés de mortalité et de morbidité.
Infection à CMV chez les personnes immunodéprimées: Les infections primaires à CMV et les cas de réactivation de l'infection peuvent causer une maladie grave chez les personnes immunodéprimées (p. ex. les personnes atteintes du sida, les cas de leucémie ou de lymphome traités par chimiothérapie et les receveurs de greffe d'organe recevant un traitement immunosuppresseur)(1,8). Les principaux symptômes de la maladie chez les receveurs de greffe d'organe comprennent les suivants: fièvre, myalgie, malaise, arthralgie, leucopénie, thrombopénie et hépatite. La pneumonite, causée par une infection à CMV chez les receveurs de greffe de moelle osseuse, est associée à un taux significatif de morbidité et de mortalité (50 à 90 %). L'infection à CMV chez les patients porteurs du VIH peut se propager aux viscères, entraînant une choriorétinite, des infections gastro-intestinales (œsophagite, gastrite et colite ulcéreuse) une polyradiculomyélopathie et des troubles neurologiques.
ÉPIDÉMIOLOGIE: Au niveau mondial — Le cytomégalovirus (CMV) est un pathogène largement distribué dans le monde; en effet, 40 à 100 % de la population mondiale présente des anticorps anti-CMV dans la circulation sanguine, preuve d'une infection(3,10-12); la prévalence la plus élevée est notée dans les pays en voie de développement. Aux États-Unis, > 90 % des adultes en bonne santé auront été infectés par le CMV avant l'âge de 80 ans. Les patients immunodéprimés (patients atteints du sida ou receveurs d'une greffe d'organe), les bébés prématurés et les nouveau-nés atteints d'une infection congénitale à CMV courent un risque élevé de présenter une maladie grave menaçant le pronostic vital en lien avec l'infection au CMV(3,9,11,13). Aux États-Unis, environ 30 000 enfants naissent chaque année avec une infection congénitale à CMV, dont 20 % présenteront des invalidités permanentes. Des cas de transmission de l'infection ont été signalés dans des garderies(1,8). De plus, la majorité de ces infections congénitales étaient causées par des infections récurrentes chez des femmes enceintes(13).
GAMME D'HÔTES: Différentes souches peuvent infecter les humains (cytomégalovirus humain) et les animaux comme les rongeurs et les macaques rhésus(3).
DOSE INFECTIEUSE: Inconnue.
MODE DE TRANSMISSION: La transmission peut se faire par contact direct avec des tissus infectieux, des sécrétions ou des substances excrétées (urine, salive, lait maternel, sécrétions cervicales, sperme, etc.), pendant des transfusions de sang et lors de la transplantation d'organes. Les mères infectées peuvent transmettre le virus à leur fœtus in utero (voie transplacentaire), aux nouveau-nés pendant l'accouchement (intrapartum: par contact avec le virus dans le canal génital) ou aux nourrissons par le lait maternel(1,3,8,9). Des cas de transmission par voie sexuelle ont aussi été signalés(1). Aucun cas de transmission du virus par inhalation d'aérosols n'a été signalé(3).
PÉRIODE D'INCUBATION: 1 à 4 mois après la transplantation dans les cas de greffe d'organe ou de transfusion sanguine(1), et 4 à 12 semaines dans les cas d'infection à CMV périnatale(4).
TRANSMISSIBILITÉ: Le CMV peut survivre de nombreuses années dans les liquides organiques comme l'urine, la salive et le sperme, ou peut demeurer latent jusqu'à réactivation de l'infection(5,6,14). La transmission se fait par contact direct avec des liquides organiques de personnes symptomatiques ou asymptomatiques excrétant le virus(3); le virus peut donc être transmis d'une personne à une autre et d'un adulte à un enfant lors de l'accouchement et de l'allaitement(15).
RÉSERVOIR: Humains; des souches de CMV présentes chez de nombreuses espèces animales ne sont pas infectieuses pour l'humain(9,12).
ZOONOSE: Non; chaque souche de CMV entraîne une maladie chez l'espèce qui représente son hôte naturel(3).
VECTEURS: Aucun.
SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS: Le ganciclovir inhibe la réplication virale in vivo(8). Le ganciclovir, le valganciclovir, le foscarnet et le cidofovir ont tous été approuvés pour le traitement de l'infection à CMV chez les patients immunodéprimés(3).
RÉSISTANCE AUX MÉDICAMENTS: Des souches résistant aux antiviraux in vivo et in vitro ont été signalées(3), par exemple des souches résistant au ganciclovir, au cidofovir et au foscarnet, ainsi que des souches résistant à plusieurs antiviraux ont été observées(16).
SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS: Le cytomégalovirus s'est révélé sensible à l'association povidone-iode à 7,5 %(17). Même s'il existe peu de renseignements sur les désinfectants particulièrement efficaces contre le CMV, la plupart des virus herpétiques sont sensibles à l'éthanol à 30 % et à l'isopropanol, à l'hypochlorite de sodium à 1 %, au formaldéhyde, au biphényl-2-ol à 0,12 %, et au glutaraldéhyde à 0,04 %(18,19).
INACTIVATION PHYSIQUE: Inactivé par la chaleur (56 °C pendant 30 min), un faible pH, la lumière UV et des cycles de congélation/décongélation(1).
SURVIE À L'EXTÉRIEUR DE L'HÔTE: Le cytomégalovirus peut survivre sur les surfaces inertes sèches (la persistance varie de quelques heures à 7 jours)(2); dans des couvertures pendant 2 heures et sur le plexiverre pendant 4 à 8 heures(20).
SURVEILLANCE: Surveiller les symptômes. Le diagnostic d'une infection à CMV repose principalement sur ce qui suit: 1) détection virale par démonstration d'effets cytopathiques à CMV après inoculation de fibroblastes dans des échantillons cliniques, détection d'un antigène viral comme la protéine pp65 dans les leucocytes du sang périphérique ou de l'ADN dans le plasma ou les leucocytes (par PCR)(3,8); 2) isolement du virus à partir de tissus, de sécrétions ou de sang(8); 3) tests sérologiques pour déceler toute séroconversion et la présence d'anticorps IgM anti-CMV(3,8). La démonstration des effets cytopathiques est exigeante en main-d'œuvre, moins sensible, et peut prendre de 3 à 14 jours. La détection d'antigènes du CMV dans les leucocytes est plus sensible que la culture de sang visant à déceler une virémie.
Remarque: Les méthodes de diagnostic ne sont pas nécessairement toutes disponibles dans tous les pays.
PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT: Comme l'infection à CMV disparaît spontanément chez les patients en santé, il n'est pas recommandé d'utiliser un traitement antiviral(3).
Infection congénitale: En raison des effets secondaires potentiels des antiviraux, ils ne sont pas approuvés chez les nouveau-nés et les nourrissons(1,12); cependant, l'usage du ganciclovir par voie intraveineuse a été recommandé pour le traitement d'une infection congénitale grave à CMV(3). Parmi les autres antiviraux pouvant être administrés pour le traitement d'une infection congénitale grave chez les nouveau-nés et les nourrissons, notons le ganciclovir par voie orale, le foscarnet par voie intraveineuse et le cidofovir par voie intraveineuse(12). On a aussi laissé entendre que l'immunisation passive d'une femme enceinte infectée par le CMV avec une globuline hyperimmune propre à CMV serait efficace pour le traitement et la prévention des infections congénitales chez le fœtus(21).
Infection chez les hôtes immunodéprimés (patients atteints du sida ou receveurs de greffes d'organes): Le ganciclovir par voie intraveineuse ou le valganciclovir par voie orale sont les agents de première intention pour le traitement d'une infection à CMV chez les patients immunodéprimés(3). Le cidofovir et le foscarnet par voie intraveineuse sont des solutions de rechange. Une fois obtenue l'atténuation des symptômes, ces agents peuvent être utilisés comme traitement d'entretien de longue durée chez les patients atteints d'une rétinite à CMV ou d'une infection neurologique.
IMMUNISATION: Il n'existe aucun vaccin approuvé pour la prévention de l'infection à cytomégalovirus(1,3).
PROPHYLAXIE: La prophylaxie à l'aide de ganciclovir par voie intraveineuse est recommandée chez les adultes porteurs du VIH, les enfants et les adolescents séropositifs pour le CMV et dont la numération de lymphocytes T CD4+ est inférieure à 50 cellules/μL, et chez les receveurs d'une greffe d'organe(3). Les préparations de globulines hyperimmunes avec des concentrations élevées d'anticorps anti-CMV et des agents antiviraux comme le ganciclovir peuvent aussi être utilisés en prophylaxie chez les receveurs de greffe d'organe(3,8).
INFECTIONS CONTRACTÉES AU LABORATOIRE: Aucune infection n'a été signalée.
SOURCES ET ÉCHANTILLONS: Urine, sang, lait maternel, larmes, selles, sperme, sécrétions respiratoires (sécrétions nasopharyngées, salive, lavages de la gorge et liquide provenant du lavage bronchoalvéolaire), sécrétions cervicales(1,8).
DANGERS PRIMAIRES: L'inhalation de matières aérosolisées concentrées, l'exposition aux gouttelettes des muqueuses oculaires, nasales ou buccales, l'ingestion et l'inoculation parentérale accidentelle sont les principaux risques associés aux virus herpétiques, dont le cytomégalovirus(22).
DANGERS PARTICULIERS: Aucun.
CLASSIFICATION DU GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 2(23).
EXIGENCES DE CONFINEMENT: Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux(24).
VÊTEMENTS DE PROTECTION: Sarrau. Gants, lorsqu'un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu'il y a un risque connu ou potentiel d'éclaboussure(24).
AUTRES PRÉCAUTIONS: Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s'effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB). L'utilisation d'aiguilles, de seringues et d'autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle.
DÉVERSEMENTS: Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie-tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer.
ÉLIMINATION: Avant la mise au rebut, décontaminer tous les déchets contenant l'organisme infectieux ou ayant été en contact avec cet organisme par autoclavage, désinfection chimique, exposition aux rayons gamma ou incinération(24).
ENTREPOSAGE: Contenants étiquetés et scellés de façon appropriée.
INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION: L'importation, le transport et l'utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l'Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l'Agence canadienne d'inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.
DERNIÈRE MISE À JOUR: Octobre 2010.
PRÉPARÉE PAR: Direction de la règlementation des agents pathogènes, agence de la santé publique du Canada.
Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l'utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.
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