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COCCIDIOIDES SPP.

FICHE TECHNIQUE SANTÉ-SÉCURITÉ: AGENTS PATHOGÈNES

SECTION I - AGENT INFECTIEUX

NOM: Coccidioides spp.

SYNONYME OU RENVOI: Coccidioides immitis, C. posadasii, coccidioïdomycose, fièvre de la vallée (de San Joaquin), fièvre du désert(1, 2).

CARACTÉRISTIQUES: Les espèces du genre Coccidioides sont des mycètes dimorphes. Dans l’environnement, ces organismes existent sous forme hyphale et libèrent des arthroconidies infectieuses (2 à 5 μm). À l’intérieur de leurs hôtes, les arthroconidies se transforment en une structure unique appelée sphérule. La sphérule est une structure de grande taille (120 μm) à paroi épaisse qui contient de 200 à 300 endospores pouvant chacune se différencier en une nouvelle sphérule et propager l’infection(1-3).

SECTION II - DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ: La majorité (autour de 60 %) des individus infectés sont asymptomatiques ou présentent des symptômes très bénins, notamment de la toux, de la fièvre, une arthralgie, une myalgie et de la fatigue pouvant durer de 2 à 6 semaines(2-5). Chez les individus symptomatiques apparaît une pneumonie aiguë ou la fièvre de la vallée(2). Dans un faible pourcentage de cas, la pneumonie aiguë peut évoluer en pneumonie progressive chronique, ou des nodules ou des cavités peuvent apparaître dans les poumons, entraînant une pneumonie, des épanchements pleuraux et une adénopathie hilaire(4, 5). L’infection est disséminée dans 1 % des cas et peut atteindre la peau, les ganglions lymphatiques, les os et les articulations, causant des symptômes systémiques tels que de la fièvre, de la toux et des sueurs nocturnes. La méningite est la complication la plus grave de la coccidioïdomycose, avec des symptômes tels que des céphalées, des nausées, des vomissements et une altération de l’état mental(4). Elle peut survenir dans 30 % à 50 % des infections disséminées et est mortelle si elle n’est pas traitée(1, 5). La coccidioïdomycose peut également provoquer un érythème noueux, un exanthème aigu (« érythème toxique »), un érythème multiforme, un syndrome de Sweet et une dermatite granulomateuse interstitielle(4).

ÉPIDÉMIOLOGIE: Sur le plan géographique, les espèces du genre Coccidioides ne sont présentes que dans les sols alcalins sous un climat semi-aride, et dans les régions ayant des étés chauds et secs et de faibles précipitations annuelles(2, 4). C. immitis ne se trouve pratiquement qu’en Californie, tandis que C. posadasii est présent dans le Sud-Ouest des États-Unis, le Nord du Mexique ainsi que certaines régions d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud(3). Le principal facteur de risque d’infection est l’exposition environnementale aux poussières et au sol(1). L’infection disséminée est plus répandue chez les individus de race noire ou de type asiatique ou philippin, chez les femmes enceintes dans leur troisième trimestre et chez les personnes immunodéprimées(1).

GAMME D’HÔTES: Humains, presque tous les mammifères et certains reptiles(6).

DOSE INFECTIEUSE: Estimée à 1 à 10 arthroconidies(7).

MODE DE TRANSMISSION: Inhalation d’arthroconidies, mais possibilité également de transmission secondaire par des fomites et lors de greffes d’organe(1).

PÉRIODE D’INCUBATION: 1 à 3 semaines, même si certaines infections sont asymptomatiques(1).

TRANSMISSIBILITÉ: Non contagieuse, mais a parfois été transmise d’une personne à une autre par des fomites et lors de greffes d’organe(1).

SECTION III - DISSÉMINATION

RÉSERVOIR: Sol dans le Sud-Ouest des États-Unis et certaines régions d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud(1).

ZOONOSE: Aucune(8). Malgré un potentiel zoonotique, aucun cas de transmission de l’animal à l’humain n’a été signalé(9).

VECTEUR: Aucun.

SECTION IV - VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS: Sensible à l’amphotéricine B et aux antifongiques de type azole, en particulier les congénères de deuxième génération (itraconazole et voriconazole)(2, 3).

RÉSISTANCE AUX MÉDICAMENTS: Des cas de résistance aux composés de type azole ont été observés(10). Cette question est de plus en plus préoccupante lorsque des doses répétées sont administrées, en particulier dans les régions où l’infection est endémique.

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS: Sensible à une dilution 1:10 d’hypochlorite de sodium, au peroxyde d’hydrogène à au moins 6 %, au formaldéhyde à 8 % ou aux composés phénoliques à 3 % avec une période de contact d’au moins 20 minutes(7).

INACTIVATION PHYSIQUE: Les champignons présents dans le sol peuvent être inactivés par la chaleur (120 °C pendant 30 minutes)(11).

SURVIE À L’EXTÉRIEUR DE L’HÔTE: Les arthroconidies sont très résistantes et peuvent survivre sur des surfaces inertes pendant de longues périodes(7). Elles peuvent se développer dans le sol sous un climat semi-aride(2).

SECTION V - PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE: Rechercher les symptômes. Le diagnostic de la coccidioïdomycose peut être posé par mise en culture et par des méthodes sérologiques et histopathologiques(2, 3). On peut avoir recours à des tests cutanés pour identifier la maladie(2).

Remarque : Les méthodes diagnostiques ne sont pas nécessairement toutes disponibles dans tous les pays.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT:La coccidioïdomycose est en général spontanément résolutive. Dans le cas d’une infection disséminée ou d’un patient dont l’atteinte est excessive, on doit administrer un médicament antifongique. Le type de médicament et la durée du traitement dépendent du point d’infection et de la réaction clinique(2, 3, 5).

IMMUNISATION: Aucune.

PROPHYLAXIE: Les membres du personnel exposés doivent prendre de l’itraconazole ou du fluconazole (400 mg par jour pendant 6 semaines)(7).

SECTION VI - DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES AU LABORATOIRE: On a déclaré 93 cas de coccidioïdomycose contractés en laboratoire et deux décès avant 1978(12). Durant cette période, des tests cutanés ont permis de déceler 15 autres cas, qui étaient asymptomatiques(13). Un cas symptomatique a été signalé entre 1979 et 2004(14).

SOURCES ET ÉCHANTILLONS: Échantillons des voies respiratoires inférieures, liquide céphalorachidien, crachats, lésions cutanées et viscérales et échantillons de sol des régions infectées (Sud-Ouest des États-Unis, régions d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud)(1, 2).

DANGERS PRIMAIRES: Inhalation de spores, inoculation parentérale ou contact avec des muqueuses(15, 16).

DANGERS PARTICULIERS: Aucun.

SECTION VII - CONTRÔLE DE L'EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION DU GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 3(17). Le groupe de risque correspond au genre dans son ensemble et peut ne pas s’appliquer à toutes les espèces du genre

EXIGENCES DE CONFINEMENT : Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 3 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux. Ces exigences de confinement s’appliquent au genre dans son ensemble et peuvent ne pas s’appliquer à chaque espèce du genre.

VÊTEMENTS DE PROTECTION : Avant d’entrer dans le laboratoire, le personnel doit enlever sa tenue de ville et ses bijoux pour ensuite mettre des vêtements et des chaussures réservés aux travaux en laboratoire, ou mettre un vêtement protecteur complet (c’est-à-dire qui couvre entièrement la tenue de ville). Une protection supplémentaire peut être portée par-dessus les vêtements de laboratoire lors de la manipulation directe de matériel infectieux, comme une blouse ne s'ouvrant pas à l'avant avec poignets serrés, des gants et une protection respiratoire. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu’il y a un risque connu ou potentiel d’éclaboussure (18).

AUTRES PRÉCAUTIONS : Toutes les activités avec du matériel infectieux doivent s’effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB) ou dans un autre dispositif de confinement primaire adéquat, avec un équipement de protection individuelle. La centrifugation des matières infectées doit s’effectuer dans des enceintes scellées placées dans des réservoirs hermétiques ou des rotors qui sont remplis et vidés dans une ESB. L’utilisation d’aiguilles, de seringues et d’autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Les plaies ouvertes, les coupures et les éraflures doivent être couvertes avec des pansements imperméables. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle (18).

SECTION VIII - MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS : Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie-tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer (18).

ÉLIMINATION: Avant la mise au rebut, décontaminer tous les déchets par stérilisation à la vapeur, incinération ou désinfection chimique(18).

ENTREPOSAGE: L’agent infectieux doit être entreposé dans des contenants étanches étiquetés de façon appropriée(18).

SECTION IX - RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION : L’importation, le transport et l’utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l’Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR: Novembre 2010.

PRÉPARÉE PAR: Direction de la règlementation des agents pathogènes, agence de la santé publique du Canada.

Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l’utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

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RÉFÉRENCES:

  1. Brandt, M. E., & Warnock, D. W. (2007). Histoplasma, Blastomyces, Coccidioides, and Other Dimorphic Fungi Causing Systemic Mycoses. In P. R. Murray, E. J. Baron, J. H. Jorgensen, M. L. Landry & M. A. Pfaller (Eds.), Manual of Clinical Microbiology (9th ed., pp. 1857-1873). Washington, D.C.: ASM Press.
  2. Ryan, K. J. (2004). Cryptococcus, Histoplasma, Coccidioides, and other Systemic Fungal Pathogens. In K. J. Ryan, & C. G. Ray (Eds.), Sherris Medical Microbiology: An Introduction to Infectious Diseases (4th ed., pp. 678-683). New York: McGraw-Hill.
  3. American Academy of Pediatrics.Committee on Infectious Diseases. (2009). Red book (28th ed.). Elk Grove Village, IL: American Academy of Pediatrics. Retrieved from STAT!Ref Site externe (en anglais seulement)
  4. DiCaudo, D. J. (2006). Coccidioidomycosis: a review and update. Journal of the American Academy of Dermatology, 55(6), 929-42; quiz 943-5. doi:10.1016/j.jaad.2006.04.039
  5. Parish, J. M., & Blair, J. E. (2008). Coccidioidomycosis. Mayo Clinic Proceedings, 83(3), 343-349.
  6. Shubitz, L. F. (2007). Comparative aspects of coccidioidomycosis in animals and humans. Annals of the New York Academy of Sciences, 1111, 395-403.
  7. Stevens, D. A., Demons, K. V., Levine, H. B., Pappagianis, D., Baron, E. J., Hamilton, J. R., Deresinski, S. C., & Johnson, N. (2009). Expert opinion: What to do when there is coccidioides exposure in a laboratory. Clinical Infectious Diseases, 49(6), 919-923.
  8. Krauss, H., Weber, A., Appel, M., Enders, B., Isenberg, H. D., Sheifer, H. S., Slenczka, W., von Graevenitz, A., & Zahner, H. (2003). Fungal Zoonoses. Zoonoses: Infectious Diseases Transmissible from Animals to Humans (3rd ed., pp. 253-259). Washington D.C.: ASM Press.
  9. Haskell, S. R. R. (2008). Blackwell's Five-Minute Veterinary Consult: Ruminant Wiley-Blackwell.
  10. Kriesel, J. D., Sutton, D. A., Schulman, S., Fothergill, A. W., & Rinaldi, M. G. (2008). Persistent pulmonary infection with an azole-resistant Coccidioides species. Medical Mycology : Official Publication of the International Society for Human and Animal Mycology, 46(6), 607-610. doi:10.1080/13693780802140923
  11. Dunn, P. H., Barro, S. C., & Poth, M. (1985). SOIL MOISTURE AFFECTS SURVIVAL OF MICROORGANISMS IN HEATED CHAPARRAL SOIL. Soil Biol. Biochem, 17, 143-148.
  12. Pike, R. M. (1976). Laboratory associated infections: summary and analysis of 3921 cases. Health Laboratory Science, 13(2), 105-114.
  13. Collins, C. H., & Kennedy, D. A. (1999). Laboratory acquired infections. Laboratory acquired infections: History, incidence, causes and prevention (4th ed., pp. 1-37). Woburn, MA: BH.
  14. Harding, A. L., & Byers, K. B. (2006). Epidemiology of Laboratory-Associated Infections. In D. O. Fleming, & D. L. Hunt (Eds.), Biological Safety: Principles and Practices (4th ed., pp. 64). Washington, D. C.: ASM Press.
  15. Balows, A. (1998). Safety in Microbiology Laboratory. In L. Collier, A. Balows, M. Sussman & B. I. Duerden (Eds.), Micriobiology and Microbiological infections, Volume 2, Systametic Bacteriology. (9th ed., pp. 438-441). NY, USA: Aronold press.
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  18. Public Health Agency of Canada. (2004). In Best M., Graham M. L., Leitner R., Ouellette M. and Ugwu K. (Eds.), Laboratory Biosafety Guidelines (3rd ed.). Canada: Public Health Agency of Canada.