NOM: Blastomyces dermatitidis
SYNONYME OU RENVOI: Blastomycose(1), maladie de Gilchrist.
CARACTÉRISTIQUES: Mycète dimorphique existant sous forme mycélienne dans l’environnement ou à 25 °C et sous forme de levure dans les tissus humains ou à 37 °C(2). Les microconidies sont ovoïdes ou piriformes (en forme de poire), d’un diamètre allant de 2 à 10 µm; aucune macroconidie n’est produite. Les cellules en forme de levures se multiplient par bourgeonnement, sont de forme arrondie et de grande taille (diamètre allant de 5 à 15 µm) et présentent une paroi épaisse(3, 4). Les microconidies, produites par les hyphes de la forme mycélienne, sont infectieuses chez l’humain(1, 2, 5).
PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ: L’infection survient lorsque les conidies de B. dermatitidis présentes dans le sol passent à l’état d’aérosols, sont inhalées dans les poumons et se déposent dans les alvéoles pulmonaires(2). Dans les poumons, B. dermatitidis passe en phase levuriforme, ce qui déclenche une réaction inflammatoire de l’hôte au siège de l’infection. Les levures qui ne sont pas phagocytées et éliminées par l’hôte peuvent se propager par la circulation sanguine ou lymphatique à d’autres régions du corps. L’infection à B. dermatitidis peut engendrer une blastomycose pouvant être pulmonaire, cutanée ou disséminée. Les manifestations cliniques peuvent aller de la toux légère chronique à des symptômes apparentés à ceux du syndrome de détresse respiratoire aiguë(6). L’infection peut être asymptomatique ou subclinique si les défenses immunitaires de l’hôte freinent la maladie. Chez certains patients, l’infection évolue en pneumonie chronique(1, 2, 5). Les lésions cutanées peuvent être nodulaires, verruqueuses ou ulcéreuses et sont souvent associées à une inflammation minime, mais elles peuvent croître rapidement et former une ulcération superficielle à fond granulomateux; elles siègent généralement au niveau du visage et de la partie distale des membres(7). Les abcès sont souvent sous-cutanés, mais peuvent toucher n’importe quel organe. La blastomycose disséminée commence en général par une infection pulmonaire et peut toucher la peau, les os, le système nerveux central (SNC), les viscères abdominaux et les reins. Les infections intra-utérines ou congénitales sont rares(2, 5). Les affections pulmonaires et disséminées sévères sont plus fréquentes lorsque l’immunité à médiation cellulaire est altérée(2, 4, 8). Le taux de mortalité est de 0 à 2 % chez les patients traités et de 42 % sans traitement(9).
ÉPIDÉMIOLOGIE: Des cas de blastomycose, pouvant être épidémiques ou sporadiques, ont déjà été signalés au Royaume-Uni, aux États-Unis, au Canada, en Europe centrale, en Afrique, en Sibérie, en Arabie saoudite, en Israël et en Inde(10). La blastomycose est plus répandue en Amérique du Nord, où elle est endémique dans les régions du Midwest, du Sud-Est et du Centre-Sud des États-Unis, le long de l’Ohio et du Mississipi. B. dermatitidis est également présent dans le sol près des Grands Lacs, près des lacs du Bouclier canadien et près de la voie maritime du Saint-Laurent, par exemple dans le Nord de l’État de New York et dans les provinces canadiennes du Sud-Est, où le taux d’incidence annuel est de 0,62 cas pour 100 000 personnes(1, 2, 5, 11-13). On compte trois à six cas de blastomycose nécessitant une hospitalisation par million de personnes par année dans les régions où cette maladie est endémique(1). On a établi certains liens entre les éclosions de l’infection et certaines activités professionnelles et récréatives, souvent le long de cours d’eau, qui seraient le fait de l’exposition à des sols humides enrichis de végétation en décomposition(4). La blastomycose est observée plus souvent chez les adultes que chez les enfants et touche plus d’hommes que de femmes(4).
GAMME D’HÔTES: Les humains et les canidés sont les hôtes les plus fréquents, mais la maladie peut également survenir chez d’autres animaux comme le chat, le cheval, le tigre, le léopard des neiges, le lion et le lion de mer(14-16).
DOSE INFECTIEUSE: Inconnue.
MODE DE TRANSMISSION: Le principal mode de transmission est l’inhalation. B. dermatitidis est présent dans le sol sous forme mycélienne saprophyte, et les conidies s’introduisent dans l’appareil respiratoire principalement par inhalation(2, 17). L’inoculation accidentelle, la morsure d’un chien, la transmission conjugale et la transmission intra-utérine sont d’autres modes de transmission qui ont été signalés, mais ils sont relativement rares(18).
PÉRIODE D’INCUBATION: Environ 30 à 45 jours(4, 5).
TRANSMISSIBILITÉ: La blastomycose n’est pas contagieuse(4). Les preuves de transmission de personne à personne sont très peu nombreuses, sauf dans les cas rares de transmission périnatale ou sexuelle(2, 5).
RÉSERVOIR: Sol humide, bois et végétation en décomposition(4, 19).
ZOONOSE: Aucune.
VECTEURS: Aucun.
SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS: Sensible à l’itraconazole, au voriconazole, à l’amphotéricine B et à l’amphotéricine B désoxycholate(5, 20).
RÉSISTANCE AUX MÉDICAMENTS: On a identifié des souches résistantes à l’hygromycine B et au chlorimuron-éthyle(21).
SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS: B. dermatitidis est sensible à l’hypochlorite de sodium(22), à l’acide peracétique, aux composés phénoliques, aux composés d’ammonium quaternaire, à la vapeur de peroxyde d’hydrogène (pendant au moins 30 min)(23), au formaldéhyde(22, 24), à la formaline et aux iodophores(22, 25). De plus, la plupart des champignons sont également sensibles au peroxyde d’hydrogène et au glutaraldéhyde(24, 26).
INACTIVATION PHYSIQUE: On ne dispose pas de renseignements portant précisément sur B. dermatitidis, mais la plupart des champignons peuvent être inactivés par un traitement à la chaleur humide (121 °C pendant 15 à 30 min) ou à la chaleur sèche (160 à 170 °C pendant 1 à 2 heures)(27, 28).
SURVIE À L’EXTÉRIEUR DE L’HÔTE: L’habitat naturel de B. dermatitidis est le sol. Cet organisme semble survivre de façon optimale dans les sols humides et acides ayant une teneur élevée en azote et en substances organiques. Sa croissance est stimulée par des chutes de pluie récentes et lorsque la température du sol est élevée(4).
SURVEILLANCE: Rechercher les symptômes. Le diagnostic peut être posé par visualisation au microscope et culture de l’organisme. Des levures à paroi épaisse, en forme de huit, à bourgeonnement simple et à base large peuvent être observées dans les crachats, les aspirats trachéaux, le liquide céphalorachidien, l’urine ou le matériel provenant de lésions traité par de l’hydroxyde de potassium à 10 % ou un colorant à l’argent(2, 5, 16). Il existe une épreuve immunoenzymatique (EIA) qui permet de déceler la présence d’un antigène de B. dermatitidis dans l’urine, le sang et d’autres liquides organiques. L’EIA mesure avec une bonne sensibilité la concentration d’un antigène de la paroi cellulaire dans le sérum ou l’urine, en particulier lorsque l’infection est sévère ou disséminée; des réactions croisées peuvent toutefois se produire avec des agents provoquant d’autres infections fongiques endémiques(5, 16).
Remarque : Les méthodes diagnostiques ne sont pas nécessairement toutes disponibles dans tous les pays.
PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT: Traiter à l’aide des médicaments appropriés. On utilise le plus souvent l’itraconazole pour les infections moins graves et l’amphotéricine B ou l’amphotéricine B désoxycholate pour les infections plus graves, parfois en association avec l’itraconazole(5, 20).
IMMUNISATION: Aucune.
PROPHYLAXIE: Aucune.
INFECTIONS CONTRACTÉES AU LABORATOIRE: On a signalé au moins 11 infections contractées en laboratoire, dont deux décès(29, 30). La blastomycose a été contractée au laboratoire par inoculation transcutanée de la phase levuriforme et par inhalation de conidies. On a fait état d’infections chez l’humain contractées à partir de tissus d’animaux infectés.
SOURCES ET ÉCHANTILLONS: Crachat, aspirats trachéaux, liquide céphalorachidien, urine, sang, matériel provenant de lésions et tissus d’animaux infectés(5).
DANGERS PRIMAIRES: Peut être présent en phase levuriforme dans les tissus d’animaux infectés et dans les échantillons cliniques; l’inoculation parentérale de ces substances peut provoquer des granulomes(31). L’inhalation de conidies infectieuses de la moisissure sous forme d’aérosols présente également un danger d’infection(17).
DANGERS PARTICULIERS: Les cultures de B. dermatitidis sous forme mycélienne et le sol contenant des conidies infectieuses peuvent constituer un danger d’exposition aux aérosols(4, 31).
CLASSIFICATION DU GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 3 (32).
EXIGENCES DE CONFINEMENT: Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 3 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux(33).
VÊTEMENTS DE PROTECTION: Avant d’entrer dans le laboratoire, le personnel doit enlever sa tenue de ville et ses bijoux pour ensuite mettre des vêtements et des chaussures réservés aux travaux en laboratoire, ou mettre un vêtement protecteur complet (c’est-à-dire qui couvre entièrement la tenue de ville). Une protection supplémentaire peut être portée par-dessus les vêtements de laboratoire lors de la manipulation directe de matériel infectieux, comme une blouse ne s'ouvrant pas à l'avant avec poignets serrés, des gants et une protection respiratoire. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu’il y a un risque connu ou potentiel d’éclaboussure (33).
AUTRES PRÉCAUTIONS: Toutes les activités avec du matériel infectieux doivent s’effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB) ou dans un autre dispositif de confinement primaire adéquat, avec un équipement de protection individuelle. La centrifugation des matières infectées doit s’effectuer dans des enceintes scellées placées dans des réservoirs hermétiques ou des rotors qui sont remplis et vidés dans une ESB. L’utilisation d’aiguilles, de seringues et d’autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Les plaies ouvertes, les coupures et les éraflures doivent être couvertes avec des pansements imperméables. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle (33).
DÉVERSEMENTS: Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie-tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer.
ÉLIMINATION: Avant la mise aux rebuts, décontaminer par stérilisation à la vapeur, incinération ou désinfection chimique(33).
ENTREPOSAGE: L’agent infectieux doit être entreposé dans des contenants étanches étiquetés de façon appropriée(33).
INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION: L’importation, le transport et l’utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l’Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.
DERNIÈRE MISE À JOUR: Octobre 2010
PRÉPARÉE PAR: Direction de la règlementation des agents pathogènes, agence de la santé publique du Canada.
Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l’utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.
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