Mise à jour : 19 février 2007
La rougeole est, à l'échelle mondiale, la principale cause de décès chez les enfants que l'on peut prévenir par la vaccination. On a observé une baisse marquée de son incidence dans les pays où la vaccination a été largement utilisée, mais elle est encore une maladie grave et courante dans de nombreuses régions du globe. Dix pour cent des cas signalés de rougeole se compliquent d'une otite moyenne ou d'une broncho-pneumonie; ces complications sont encore plus fréquentes chez les personnes sous-alimentées ou atteintes d'une maladie chronique et chez les nourrissons de < 1 an. Environ un cas signalé de rougeole pour 1 000 se complique d'une encéphalite pouvant laisser des séquelles cérébrales permanentes. L'infection rougeoleuse peut causer la panencéphalite sclérosante subaiguë (PESS), maladie rare mais mortelle. Dans des pays développés, comme le Canada, le taux de mortalité est estimé à un cas pour 3 000. La rougeole pendant la grossesse comporte un risque accru d'accouchement prématuré, d'avortement spontané et d'insuffisance pondérale à la naissance. Le Canada a beaucoup progressé dans ses efforts en vue d'éliminer la rougeole et a réussi à interrompre la transmission endémique de l'infection.
Avant l'introduction du vaccin, l'infection se manifestait par cycles, l'incidence augmentant tous les 2 ou 3 ans. Selon les estimations, il y avait à l'époque entre 300 000 et 400 000 cas par année. Depuis l'utilisation du vaccin, il s'est produit une diminution marquée de l'incidence de la maladie au Canada (voir la figure 17). Entre 1989 et 1995, on a enregistré, en dépit d'une couverture très élevée, de nombreuses éclosions importantes touchant surtout des enfants qui avaient reçu une dose du vaccin contre la rougeole. On a estimé qu'environ 10 à 15 % des enfants immunisés demeuraient sans protection lorsqu'ils avaient reçu une seule dose à l'âge de 12 mois, proportion suffisante pour permettre au virus de circuler. Ces échecs de la primovaccination étaient surtout attribuables à l'interférence des anticorps maternels qui persistent chez le nourrisson. La seconde dose actuellement recommandée vise à conférer une immunité aux enfants n'ayant pas réagi à leur première dose.
En 1996-1997, chaque province et territoire a ajouté une deuxième dose à son calendrier de vaccination systématique, et la plupart ont mis en œuvre des programmes de vaccination de rattrapage contre la rougeole ou contre la rougeole et la rubéole auprès des enfants d'âge scolaire. Ces interventions ont permis d'obtenir une couverture vaccinale de plus de 85 % pour la seconde dose, réduisant la proportion des enfants vulnérables à un niveau insuffisant pour assurer la transmission du virus.
L'élimination de la rougeole dans une population donnée devrait être possible puisqu'il existe un vaccin efficace et qu'il n'y a pas de source ni de réservoir non humain de l'infection. Les représentants du Canada et d'autres pays à la XXIVe Conférence panaméricaine sur la santé, tenue en septembre 1994, ont résolu d'éliminer la rougeole dans les Amériques d'ici l'an 2000. Au Canada, on a réussi à éliminer la transmission soutenue de la maladie grâce au calendrier en vigueur et à la couverture vaccinale élevée. Toutefois, comme prévu, il continue d'y avoir des cas importés. La propagation secondaire à partir de ces cas importés cesse spontanément et ne touche que les quelques Canadiens qui sont encore réceptifs. Les principales éclosions sont survenues au sein de groupes isolés philosophiquement réfractaires à l'immunisation. Malgré tout, on dénombre très peu de cas de transmission secondaire de la rougeole dans la population générale. Entre 2002 et 2006, le nombre de cas de rougeole signalés annuellement a varié de 6 (2005) à 16 (2003), la moyenne annuelle étant de 10. Tous les cas étaient importés ou liés à l'importation.
La plupart des autres pays de l'Amérique du Nord, de l'Amérique centrale
et de l'Amérique du Sud ont également réussi à éliminer la transmission
soutenue de la maladie. En 2005, on recensait moins de 100 cas de rougeole
dans tout l'hémisphère occidental. Dans d'autres régions, la situation
évolue plus lentement, bien que les décès attribuables à la rougeole aient
diminué de 60 % en Afrique, surtout grâce aux efforts déployés dans le cadre de l'Initiative contre la rougeole, un groupe
dirigé par la Croix-Rouge, de concert avec l'UNICEF, les
Centers for Disease Control and Prevention, l'Organisation
mondiale de la santé et la Fondation des Nations
Unies.
Le principal défi des années à venir sera de maintenir une couverture vaccinale de 95 % ou plus alors que la rougeole fera de moins en moins partie de l'expérience des parents canadiens. L'immunisation contre la rougeole continuera d'être nécessaire au Canada tant que la maladie n'aura pas été éradiquée partout dans le monde.
Source: Guide canadien d'immunisation, septième édition, 2006
Il y a eu une augmentation de cas de rougeole dans sept des 18 régions sanitaires du Québec. En date de la semaine commençant 18 novembre 2007, il y avait un total de 95 cas confirmés de rougeole au Québec. Un cas confirmé doit répondre à l'un des deux critères suivants: (i) confirmation en laboratoire d'une infection rougeoleuse OU (ii) compatibilité clinique avec l'infection rougeoleuse et lien épidémiologique avec un cas confirmé en laboratoire. Seuls les cas confirmés qui correspondent à cette définition de cas nationale sont comptabilisés et déclarés. Les cas probables et les cas suspects doivent tout de même être identifiés afin de faire l'objet d'une prise en charge rapide et pertinente en matière de soins médicaux et de santé publique (p. ex. diagnostic, prélèvement d'échantillons, analyses de laboratoire, soins cliniques de même que déclaration aux autorités de la santé publique, suivi et intervention).
Le premier cas déclaré a vu l'éruption cutanée apparaître pendant la semaine du 15 avril 2007 et le dernier cas a vu l'éruption cutanée apparaître pendant la semaine du 30 septembre 2007 (figure 1). Lorsque le statut vaccinal était connu, la quasi‑totalité des cas déclarés au Québec (79/86) sont des personnes réceptives qui étaient sous‑immunisées (une dose de vaccin contre la rougeole) ou qui n'avaient jamais été immunisées. Pour les cas non-immunisés, ces personnes avaient refusé le vaccin pour des raisons d'ordre philosophique. Dix cas ont été hospitalisés, et aucune complication grave n'a été signalée jusqu'à maintenant.
Figure 1 : Cas confirmés* de rougeole déclarés au Québec, les semaines commençant 15 avril 2007 - 30 septembre 2007 (N = 95)

* Un cas confirmé doit avoir été confirmé en laboratoire OU présenter des signes cliniques compatibles avec un cas confirmé en laboratoire et être lié à ce cas.
Les cas confirmés se trouvaient chez des personnes âgées entre 1 et 46 ans (médiane 10,0, moyenne 13,5). Plus de la moitié des cas (54,7%) se trouvaient entre 1 et 10 ans. La moitié des cas (50,5 %) étaient de sexe male.
On a remarqué plusieurs milieux d'exposition dans la collectivité soit un événement de mode, une conférence nationale réunissant des participants du monde entier, une représentation d'un événement artistique, deux écoles élémentaires où la vaccination est sous-optimale, une piscine publique, des transports en commun, deux lieux de travail, plusieurs cliniques et salles d'attente. Aucun cas connu de rougeole lié à l'éclosion du Québec n'a été déclaré dans d'autres provinces ou territoires jusqu'ici.
Le génotypage du virus de la rougeole permet de déceler les souches en circulation et d'en faire le suivi à l'échelle mondiale. Il peut aussi servir à établir des liens entre les cas et à fournir des preuves que la transmission indigène a été éliminée. Le Laboratoire national de microbiologie a identifié deux souches D4 associées avec l'éclosion au Québec, ce qui présume deux importations séparées.
Les responsables de la santé publique et les dispensateurs de soins primaires doivent accorder un soin attentif à la détection, à l'analyse et au suivi en santé publique de toute maladie fébrile accompagnée d'une éruption cutanée. Tous les cas suspects de rougeole, en particulier ceux qui se sont rendus dans des régions où la rougeole est endémique ou épidémique, doivent être déclarés le plus tôt possible par les voies régulières.
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