Agence de la santé publique du Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Partagez cette page

La santé des jeunes Canadiens: un accent sur la santé mentale

Les camarades

par Heather McCuaig Edge et Wendy Craig

L'importance des camarades

De l'enfance à l'adolescence, les camarades deviennent une source de plus en plus importante de soutien, d'amitié, de renseignements et de conseils. Les camarades peuvent avoir des effets bénéfiques à court et à long terme sur le plan de l'adaptation sociale, cognitive et scolaire (Hartup, 1993; Savin-Williams et Berndt, 1990; Scholte et Van Aken, 2006). Le fait d'avoir des amis et des groupes d'amis sur lesquels on peut compter favorisent l'estime de soi, le sentiment d'appartenance à la communauté, l'adoption d'une attitude positive et l'établissement de relations amoureuses enrichissantes ultérieurement (Hartup, 1993). Pour les jeunes qui peuvent compter sur des amis affectueux et s'intégrer à des groupes de camarades dévoués, les relations avec les camarades peuvent fournir un cadre favorable au développement (Brown, 1990).

D'ordinaire, les amitiés des jeunes se construisent initialement en fonction d'activités et d'intérêts communs, pour ensuite déboucher sur des relations intimes significatives fondées sur l'engagement, la loyauté, la confiance et la réciprocité (Hartup, 1993). Les adolescents passent la majeure partie de leur temps avec leurs amis et entrent quotidiennement en contact avec leur meilleur(e) ami(e). Ils consacrent de nombreuses heures par jour à ces relations. Les adolescents comptent en général un ou deux amis intimes et un certain nombre de bons amis, avec lesquels ils interagissent régulièrement (Hartup, 1993).

Les relations avec les camarades offrent aux jeunes des possibilités de développement et de socialisation que ne leur offrent pas leurs relations avec les adultes.

—Scholte et Van Aken, 2006

Les jeunes ont tendance à partager des comportements tant positifs que négatifs avec leurs amis et leurs groupes de camarades. Bien qu'il soit essentiel d'avoir des amis pour connaître un sain développement psychologique et social, il est également important de tenir compte de la qualité des relations et du type d'activités dans lesquelles les amis s'engagent lorsqu'on examine la santé et le bien-être des jeunes (Berndt, 2004). Ainsi, une amitié fondée sur un intérêt commun pour la consommation de drogue, le port d'armes ou la délinquance peut avoir des effets négatifs pour la santé, abstraction faite des avantages associés au fait d'avoir des amis, tandis qu'une amitié fondée sur un intérêt commun pour les sports et les études peut avoir des effets plus positifs.

Sur quoi le présent chapitre porte-t-il?

Les données requises sur le contexte des relations avec les camarades pour l'Enquête HBSC ont été recueillies à partir de questions posées aux élèves concernant le nombre d'amis des deux sexes qu'ils avaient, le temps qu'ils passaient avec leurs amis et la mesure dans laquelle ils avaient des amis assez intimes pour pouvoir leur parler de choses qui les préoccupent. Les élèves étaient aussi invités à estimer la fréquence à laquelle le groupe d'amis avec lesquels ils passaient la majeure partie de leurs temps libres s'adonnaient à diverses activités constructives (p.ex., sports de groupe) ou néfastes (p.ex., boire de l'alcool à l'excès).

Dans les pages qui suivent, nous indiquons le pourcentage d'élèves qui ont au moins trois amis du même sexe et nous examinons la tendance concernant la facilité de communication avec ces amis. La même information est présentée en ce qui concerne les amis du sexe opposé. Nous examinons aussi la facilité de communication avec les meilleurs amis. Il est également question du temps que les jeunes passent avec leurs amis après l'école et en soirée ainsi que de la proportion de jeunes qui communiquent avec leurs amis par téléphone, par messages textes ou par courrier électronique. Le pourcentage d'activités des amis avec lesquels les jeunes passent la majeure partie de leurs temps libres est présenté selon les activités constructives et néfastes. Enfin, nous examinons les corrélations qui existent entre la santé affective et les paramètres de mesure suivants : facilité de communication avec les amis du même sexe, avec les amis du sexe opposé et avec les meilleurs amis; temps passé avec les amis après l'école; enfin, ensemble des activités constructives et néfastes avec le groupe d'amis.

Les amis du même sexe

5.1 Élèves ayant déclaré avoir au moins trois bons amis du même sexe, selon l'année d'études et le sexe (%)

Figure 5.1 - Élèves ayant déclaré avoir au moins trois bons amis du même sexe, selon l'année d'études et le sexe (%)

[Cliquez pour agrandir le Figure 5.1]

[Texte équivalent, Figure 5.1]

Les élèves estiment que le fait d'avoir des amis et de pouvoir se confier à eux offre abri et réconfort face aux difficultés de la vie. Le pourcentage de garçons ayant indiqué qu'ils avaient trois bons amis ou plus est à peu près le même pour toutes les années d'études, diminuant légèrement en 9e et en 10e année (figure 5.1). Le pourcentage de filles ayant indiqué qu'elles avaient trois bonnes amies ou plus diminuait de façon constante, pour descendre de 90 % en 7e année à 81 % en 10e année. Ce phénomène s'explique peut-être par l'évolution des relations avec les camarades et des relations intimes en fonction de l'âge, les adolescents ayant tendance à accroître le nombre de leurs amis du sexe opposé du début à la fin de l'adolescence (Connolly et coll., 2000).

5.2 Élèves ayant déclaré qu'il leur était facile ou très facile de parler à leurs amis du même sexe des choses qui les tracassent vraiment, selon l'année d'études et le sexe (%)

Figure 5.2 - Élèves ayant déclaré qu'il leur était facile ou très facile de parler à leurs amis du même sexe des choses qui les tracassent vraiment, selon l'année d'études et le sexe (%)

[Cliquez pour agrandir le Figure 5.2]

[Texte équivalent, Figure 5.2]

Par ailleurs, une plus forte proportion de filles que de garçons trouvent facile de parler à leurs amies (même sexe) des choses qui les tracassent vraiment. Comme on le voit à la figure 5.2, le pourcentage des filles qui ont donné cette réponse augmente légèrement entre la 6e année (83 %) et la 10e année (86-87 %). En ce qui concerne les garçons, les pourcentages augmentent entre la 6e et la 7e année, se stabilisent, puis augmentent de nouveau entre la 9e année et la 10e année, plus de 70 % d'entre eux ayant répondu qu'ils peuvent parler à leurs amis masculins des choses qui les tracassent vraiment.

Les amis du sexe opposé

Le pourcentage d'élèves qui ont trois amis ou plus du sexe opposé reste relativement stable après la 7e année pour les garçons, mais diminue légèrement en 10e année. Ce pourcentage reste également relativement stable pour les filles, pour augmenter légèrement en 7e année, alors qu'il passe à 63 %. Les garçons semblent être plus nombreux que les filles à avoir trois amis ou plus du sexe opposé entre la 6e et la 10e année. Les jeunes, même ceux de la 10e année, sont plus à l'aise avec des amis du même sexe (figure 5.1) que du sexe opposé (figure 5.3). Cela pourrait s'expliquer par les attentes relatives à la socialisation liée au sexe, qui les pousse raient à considérer leurs relations avec des jeunes du sexe opposé comme des relations dans lesquelles interviennent l'attirance physique et l'engagement amoureux plutôt que des relations d'amitié (Poulin et Pedersen, 2007).

Par ailleurs, les jeunes de la 10e année sont généralement plus à l'aise de se confier à leurs amis du sexe opposé (figure 5.4), environ 73 % des filles et des garçons de cette année d'études ayant indiqué qu'ils et elles parlaient à leurs amis du sexe opposé des choses qui les tracassent vraiment. Tant chez les garçons que chez les filles, ce pourcentage augmente de façon constante de la 6e à la 10e année. Les garçons semblent plus à l'aise que les filles de se confier à leurs amis du sexe opposé. Enfin, les jeunes indiquent qu'il est plus facile de parler des choses qui les tracassent vraiment à des filles plutôt qu'à des garçons, probablement parce qu'ils considèrent que les filles sont mieux en mesure de les aider que les garçons (Schwartz et coll., 2000). Cependant, le pourcentage d'élèves de 10e année indiquant qu'ils sont à l'aise de se confier à leurs amis du sexe opposé est le même pour les garçons et les filles.

5.3 Élèves ayant déclaré avoir au moins trois bons amis du sexe opposé, selon l'année d'études et le sexe (%)

Figure 5.3 - Élèves ayant déclaré avoir au moins trois bons amis du sexe opposé, selon l'année d'études et le sexe (%)

[Cliquez pour agrandir le Figure 5.3]

[Texte équivalent, Figure 5.3]

5.4 Élèves ayant déclaré qu'il leur était facile ou très facile de parler à leurs amis du sexe opposé des choses qui les tracassent vraiment, selon l'année d'études et le sexe (%)

Figure 5.4 - Élèves ayant déclaré qu'il leur était facile ou très facile de parler à leurs amis du sexe opposé des choses qui les tracassent vraiment, selon l'année d'études et le sexe (%)

[Cliquez pour agrandir le Figure 5.4]

[Texte équivalent, Figure 5.4]

Les meilleurs amis

5.5 Élèves ayant déclaré qu'il leur était facile de se confier à leur meilleur(e) ami(e) des choses qui les tracassent vraiment, selon l'année d'études et le sexe (%)

Figure 5.5 - Élèves ayant déclaré qu'il leur était facile de se confier à leur meilleur(e) ami(e) des choses qui les tracassent vraiment, selon l'année d'études et le sexe (%)

[Cliquez pour agrandir le Figure 5.5]

[Texte équivalent, Figure 5.5]

Une très forte proportion de jeunes d'âge scolaire parlent à leur meilleur(e) ami(e) des choses qui les tracassent vraiment, surtout les filles des cinq années d'études (figure 5.5). Cela n'a rien d'étonnant étant donné qu'une relation individuelle avec un(e) meilleur(e) ami(e) est généralement plus intime et plus propice aux confidences que les relations d'amitié au sein d'un groupe de copains.

Par ailleurs, de façon générale, les amitiés féminines se caractérisent davantage par l'intimité et la loyauté comparativement aux amitiés masculines, ce qui explique peut-être pourquoi le pourcentage de filles à l'aise de se confier à leur meilleur(e) ami(e) reste relativement constant d'une année d'études à l'autre (Connolly et coll., 2000; Poulin et Pederson, 2007). En revanche, il se peut également que l'augmentation du pourcentage de garçons à l'aise de se confier à leur meilleur(e) ami(e) d'une année d'études à l'autre témoigne du passage d'un stade à l'autre du processus de socialisation (Bowker, 2004).

Relations avec les amis

5.6 Élèves ayant déclaré voir leurs amis quatre ou cinq jours par semaine tout de suite après l'école, selon l'année d'études, le sexe et l'année d'enquête (%)

Figure 5.6 - Élèves ayant déclaré voir leurs amis quatre ou cinq jours par semaine tout de suite après l'école, selon l'année d'études, le sexe et l'année d'enquête (%)

[Cliquez pour agrandir le Figure 5.6]

[Texte équivalent, Figure 5.6]

Les figures 5.6 et 5.7 présentent les données sur les relations avec les amis à l'extérieur de l'école. On y constate que le pourcentage d'élèves de 10e année qui voient leurs amis quatre ou cinq jours par semaine tout de suite après l'école est allé en diminuant au cours des cinq derniers cycles de l'Enquête HBSC (figure 5.6). En 2010, ce pourcentage était de 32 % chez les garçons et de 25 % chez les filles, alors qu'il atteignait 48 % chez les garçons et 32 % chez les filles en 1994. Ce pourcentage a par ailleurs augmenté légèrement chez les filles entre 2006 et 2010, pour passer de 20 % à 25 %. Il est possible que cette tendance à la baisse s'explique par un accroissement de la participation à des activités structurées après l'école ou par un recours accru aux médias sociaux (p. ex., Facebook) pour communiquer avec les amis.

5.7 Élèves ayant déclaré voir leurs amis cinq soirées par semaine ou plus, selon l'année d'études, le sexe et l'année d'enquête (%)

Figure 5.7 - Élèves ayant déclaré voir leurs amis cinq soirées par semaine ou plus, selon l'année d'études, le sexe et l'année d'enquête (%)

[Cliquez pour agrandir le Figure 5.7]

[Texte équivalent, Figure 5.7]

De même, on observe une diminution au fil des cycles de l'enquête du pourcentage de jeunes qui voient leurs amis dans la soirée, chez les garçons comme chez les filles (figure 5.7). En 2010, 20 % des garçons de 10e année ont indiqué qu'ils voyaient leurs amis cinq soirées ou plus par semaine, par rapport à 27 % en 1994. Bien que le pourcentage correspondant soit passé de 14 % en 2006 à 19 % en 2010 chez les filles de 10e année, il était toujours inférieur au pourcentage de 22 % enregistré en 1994.

La diminution observée au cours des 16 dernières années est notablement attribuable à l'augmentation du pourcentage de jeunes qui travaillent à temps partiel après l'école et les fins de semaine, à une participation accrue à des activités structurées après l'école, et à un recours accru aux communications électroniques qui remplacent les contacts personnels directs entre les jeunes.

5.8 Élèves ayant déclaré parler à leurs amis au téléphone, par messages textes ou par courrier électronique cinq fois par semaine ou plus, selon l'année d'études et le sexe (%)

Figure 5.8 - Élèves ayant déclaré parler à leurs amis au téléphone, par messages textes ou par courrier électronique cinq fois par semaine ou plus, selon l'année d'études et le sexe (%)

[Cliquez pour agrandir le Figure 5.8]

[Texte équivalent, Figure 5.8]

Nous avons aussi interrogé les élèves au sujet de l'utilisation qu'ils font du téléphone, des messages textes et du courrier électronique pour communiquer avec leurs amis. On peut voir à la figure 5.8 que les jeunes ont de plus en plus souvent recours à ces technologies pour communiquer avec leurs amis à mesure qu'ils avancent en âge. Ce phénomène s'explique notamment par la plus grande disponibilité des téléphones cellulaires et des téléphones intelligents et par leur popularité accrue auprès des adolescents plus âgés, qui s'en servent pour socialiser avec leurs camarades (Lenhart, Ling, Campbell et Purcell, 2010; Li, 2007).

Le pourcentage d'élèves ayant recours à la technologie pour socialiser avec leurs amis augmentait constamment avec l'âge, tant chez les garçons que chez les filles, tout en étant beaucoup plus élevé chez les filles. Ces dernières estimaient qu'il était extrêmement important de rester en contact avec leurs amis, alors que les garçons avaient tendance à utiliser les nouveaux moyens de communication pour planifier leurs activités (Sibrahmanyam et Greenfield, 2008).

Les groupes d'amis ont tendance à établir des normes et des attentes concernant les activités et les comportements des membres du groupe (Brown, 1990). Les comportements et les activités des membres d'un groupe d'amis peuvent donc influer sur les normes de comportement intériorisées par les jeunes (Hartup, 1993).

Tant les garçons que les filles de 9e et 10e année ont déclaré que leurs camarades s'adonnaient assez régulièrement à des activités constructives. La majorité des élèves ont déclaré que leurs camarades réussissaient bien à l'école, pratiquaient des sports de groupe organisés, venaient en aide à des personnes dans le besoin et s'entendaient bien avec leurs parents, tandis qu'ils ont été moins nombreux à indiquer que leurs camarades parti c ipaient à des activités culturelles autres que des activités sportives et s'adonnaient à des activités témoignant de leur respect de l'environnement. Les filles de 9e et 10e année ont toutefois été plus nombreuses que les garçons à indiquer que leurs camarades s'entendaient bien avec leurs parents, venaient en aide à des personnes dans le besoin, participaient à des activités culturelles autres que des activités sportives et étaient respectueux de l'environnement.

Tableau 5.1 : Activités constructives avec le groupe d'amis : pourcentage d'élèves de 9e et de 10e année indiquant que le groupe d'amis avec lesquels ils passent la majeure partie de leurs temps libres s'adonne parfois ou souvent aux activités suivantes (%)
Activités constructives avec le groupe d'amis 9e année 10e année
La plupart des amis de mon groupe Garçons Filles Garçons Filles
réussissent bien à l'école 90 95 91 95
pratiquent des sports de groupe organisés 85 85 86 86
participent à activités culturelles autres que des activités sportives 50 53 49 53
viennent en aide à des personnes dans le besoin 80 86 82 89
sont respectueux de l'environnement 59 71 62 72
viennent en aide à des personnes dans le besoin 69 82 71 81

Les pourcentages de garçons et de filles de 9e et de 10e année qui ont déclaré que les membres de leur groupe d'amis s'adonnaient aux diverses activités néfastes étaient similaires, sauf dans le cas du port d'armes où le pourcentage correspondant était de 14 % chez les garçons et de 7 % chez les filles. Près de la moitié des garçons et des filles de 9e et de 10e année ont déclaré que les membres de leur groupe d'amis avaient souvent des rapports sexuels ou s'enivraient, tandis que 39 % des garçons et 37 % des filles ont indiqué que leurs camarades avaient pris des drogues pour obtenir un sentiment d'euphorie (se défoncer).

Tableau 5.2 : Activités à risque avec le groupe d'amis : pourcentage d'élèves de 9e et de 10e année indiquant que le groupe d'amis avec lesquels ils passent la majeure partie de leurs temps libres s'adonne parfois ou souvent aux activités suivantes (%)
Activités à risque avec le groupe d'amis 9e année 10e année
La plupart des amis de mon groupe… Garçons Filles Garçons Filles
fument des cigarettes 27 25 32 32
se saoulent 47 50 64 63
ont pris des drogues pour obtenir un sentiment d'euphorie (se défoncer) 33 31 45 43
portent des armes 14 7 14 7
ont des rapports sexuels 48 45 59 60

Relations entre les amitiés et la santé mentale

Amitiés et santé mentale

Les camarades et les amitiés peuvent avoir des effets aussi bien positifs que négatifs sur la santé mentale des jeunes. La qualité d'un lien d'amitié et la facilité avec laquelle un jeune peut se confier à son (sa) meilleure(e) ami(e), à ses copains ou à ses copines peuvent avoir une incidence positive sur sa santé affective, dans la mesure où les amis peuvent offrir abri et réconfort face aux difficultés de la vie (Berndt, 2004) et aider à lui donner confiance et à renforcer son estime de soi, conditions qui favorisent la santé mentale et le bien-être général.

En revanche, le fait pour un jeune de ne pas avoir d'amis avec lesquels il peut parler des choses qui le tracassent vraiment peut avoir une incidence négative sur sa santé mentale et notamment l'amener à éprouver des problèmes d'adaptation affective et comportementale (Waldrip, Malcolm et Jensen-Campbell, 2008). Par ailleurs, bien que le fait d'avoir des amis puisse avoir une incidence positive sur la santé, la qualité des liens d'amitié et les types d'activités auxquelles le jeune s'adonne avec ses amis peuvent avoir une incidence négative sur le plan affectif et comportemental (Hartup, 1996).

Le monde avec qui on se tient a une influence sur nous.

—Un jeune, Atelier de discussion sur la santé

5.9 Élèves ayant déclaré un niveau élevé de problèmes affectifs, selon la mesure dans laquelle il est facile pour eux de parler avec leur meilleur(e) ami(e) et selon le sexe (%) 1

Figure 5.9 - Élèves ayant déclaré un niveau élevé de problèmes affectifs, selon la mesure dans laquelle il est facile pour eux de parler avec leur meilleur(e) ami(e) et selon le sexe (%) *

[Cliquez pour agrandir le Figure 5.9]

[Texte équivalent, Figure 5.9]

La figure 5.9 indique le pourcentage d'élèves affichant un niveau élevé de problèmes affectifs selon la mesure dans laquelle il est facile pour eux de parler avec leur meilleur(e) ami(e). Les jeunes indiquant qu'il est difficile pour eux de parler à leur meilleur(e) ami(e) des choses qui les tracassent ont tendance à afficher un niveau plus élevé de problèmes affectifs que ceux pour qui il est plus facile de le faire. Cela est particulièrement vrai chez les filles, qui ont été beaucoup plus nombreuses que les garçons à déclarer un niveau élevé de problèmes affectifs. Bien que l'on ait aussi relevé une corrélation entre ces deux variables pour les garçons, celle-ci est beaucoup moins forte que pour les filles.

5.10 Élèves ayant déclaré un niveau élevé de problèmes de comportement, selon la mesure dans laquelle il est facile pour eux de parler avec leur meilleur(e) ami(e) et selon le sexe (%)

Figure 5.10 - Élèves ayant déclaré un niveau élevé de problèmes de comportement, selon la mesure dans laquelle il est facile pour eux de  parler avec leur meilleur(e) ami(e) et selon le sexe (%)

[Cliquez pour agrandir le Figure 5.10]

[Texte équivalent, Figure 5.10]

Par ailleurs, le pourcentage de garçons ayant indiqué un niveau élevé de problèmes de comportement est plus haut parmi ceux qui estiment qu'il est facile de parler avec leur meilleur(e) ami(e), alors que l'on n'a pas relevé de corrélation similaire chez les filles (figure 5.10). Les garçons sont plus nombreux que les filles à indiquer qu'ils ont des problèmes de comportement au sein des deux groupes considérés.

Si on n'a pas de bonnes relations avec ses parents, on peut toujours se tourner vers ses amis. Ça fait vraiment du bien d'avoir de bonnes relations avec ses amis ou avec d'autres adultes lorsqu'on ne s'entend pas bien avec ses parents.

C'est important d'avoir du soutien.

—Un jeune, Atelier de discussion sur la santé

5.11 Élèves ayant déclaré un niveau élevé d'équilibre affectif, selon la mesure dans laquelle il est facile pour eux de parler avec à leur meilleur(e) ami(e) et selon le sexe (%)

Figure 5.11 - Élèves ayant déclaré un niveau élevé d'équilibre affectif, selon la mesure dans laquelle il est facile pour eux de parler avec à leur meilleur(e) ami(e) et selon le sexe (%)

[Cliquez pour agrandir le Figure 5.11]

[Texte équivalent, Figure 5.11]

5.12 Élèves ayant déclaré un niveau élevé de comportements prosociaux, selon la mesure dans laquelle il est facile pour eux de parler avec leur meilleur(e) ami(e) et selon le sexe (%)

Figure 5.12 - Élèves ayant déclaré un niveau élevé de comportements prosociaux, selon la mesure dans laquelle il est facile pour eux de parler avec leur meilleur(e) ami(e) et selon le sexe (%)

[Cliquez pour agrandir le Figure 5.12]

[Texte équivalent, Figure 5.12]

Il est aussi intéressant d'examiner s'il existe une corrélation positive entre le fait d'avoir de la facilité à parler avec son (sa) meilleur(e) ami(e) et la santé mentale. Le pourcentage de garçons et de filles affichant un niveau élevé d'équilibre affectif était beaucoup plus fort parmi ceux qui estimaient qu'il était facile de parler avec leur meilleur(e) ami(e) (figure 5.11). La même tendance générale se dégageait des données relatives aux comportements prosociaux (figure 5.12).

Nous avons également examiné s'il existait une corrélation entre les indicateurs de la santé mentale et deux autres paramètres de mesure de la qualité des relations avec les camarades : 1) mesure dans laquelle il est facile pour les jeunes de parler à leurs amis du même sexe des choses qui les tracassent vraiment; 2) mesure dans laquelle il est facile pour les jeunes de parler à leurs amis du sexe opposé des choses qui les tracassent vraiment. Toutes ces analyses nous ont permis de dégager les mêmes tendances générales. Les élèves, particulièrement les filles, indiquant qu'il était facile de parler avec leurs amis affichaient un niveau moins élevé de problèmes affectifs et un niveau plus élevé d'équilibre affectif et de comportements prosociaux. L'une des fonctions les plus importantes de l'amitié est de permettre le partage de l'intimité et des confidences. Le fait pour les élèves de ne pas avoir d'ami à qui s'ouvrir peut avoir pour conséquence de les isoler et d'accroître leur probabilité d'éprouver des problèmes affectifs. Il est clair que le fait pour les jeunes d'avoir des amis avec lesquels il est facile de parler a une incidence positive sur leur santé mentale. Nous avons aussi relevé une corrélation légèrement positive entre le fait de pouvoir facilement parler à un(e) ami(e) et le fait d'avoir des problèmes de comportement, surtout chez les garçons. Il se peut qu'il existe un lien entre la facilité de communication avec son (sa) meilleur(e) ami(e) et certains aspects des problèmes de comportement.

Activités à risque avec le groupe d'amis et santé mentale

5.13 Élèves ayant déclaré un niveau élevé de problèmes affectifs, selon la fréquence des activités à risque avec les camarades et selon le sexe (%)

Figure 5.13 - Élèves ayant déclaré un niveau élevé de problèmes affectifs, selon la fréquence des activités à risque avec les camarades et selon le sexe (%)

[Cliquez pour agrandir le Figure 5.13]

[Texte équivalent, Figure 5.13]

5.14 Élèves ayant déclaré un niveau élevé de problèmes de comportement, selon la fréquence avec laquelle les camarades s'adonnent à des activités à risque et selon le sexe (%)

Figure 5.14 - Élèves ayant déclaré un niveau élevé de problèmes de comportement, selon la fréquence avec laquelle les camarades s'adonnent à des activités à risque et selon le sexe (%)

[Cliquez pour agrandir le Figure 5.14]

[Texte équivalent, Figure 5.14]

Les figures 5.13 et 5.14 indiquent les pourcentages d'élèves aux prises avec des problèmes de santé mentale selon la fréquence avec laquelle les membres de leur groupe d'amis s'adonnent à des activités à risque. Les filles qui ont indiqué que les membres de leur groupe d'amis s'adonnaient plus fréquemment à des activités à risque (p. ex., fumer, consommer de l'alcool, consommer des drogues, porter des armes, avoir des rapports sexuels) ont aussi déclaré un niveau plus élevé de problèmes affectifs et de problèmes de comportement. Dans le cas des garçons, cette corrélation n'a été relevée que pour les problèmes de comportement. Tant les garçons que les filles dont les camarades s'adonnaient plus souvent à des activités à risque ont déclaré un niveau plus élevé de problèmes de comportement. Il semble donc exister une nette corrélation entre la fréquence à laquelle les camarades s'adonnent à des activités néfastes et les indicateurs de la santé mentale.

Tu veux aussi te tenir avec des gens qui ont aussi des défauts. Les parfaits sont insoutenables.

—Un jeune, Atelier de discussion sur la santé

5.15 Élèves ayant déclaré un niveau élevé d'équilibre affectif, selon la fréquence avec laquelle les camarades s'adonnent à des activités à risque et selon le sexe (%)

Figure 5.15 - Élèves ayant déclaré un niveau élevé d'équilibre affectif, selon la fréquence avec laquelle les camarades s'adonnent à des activités à risque et selon le sexe (%)

[Cliquez pour agrandir le Figure 5.15]

[Texte équivalent, Figure 5.15]

5.16 Élèves ayant déclaré un niveau élevé de comportements prosociaux, selon la fréquence avec laquelle les camarades s'adonnent à des activités à risque et selon le sexe (%)

Figure 5.16 - Élèves ayant déclaré un niveau élevé de comportements prosociaux, selon la fréquence avec laquelle les camarades s'adonnent à des activités à risque et selon le sexe (%)

[Cliquez pour agrandir le Figure 5.16]

[Texte équivalent, Figure 5.16]

Il est aussi possible d'examiner s'il existe une corrélation positive entre la fréquence avec laquelle le groupe d'amis s'adonne à des activités à risque et les indicateurs de la santé mentale. Tant chez les garçons que chez les filles, les jeunes qui ont indiqué que leur groupe d'amis s'adonnait souvent à des activités néfastes ont aussi indiqué afficher un niveau plus bas d'équilibre affectif (figure 5.15) et de comportements prosociaux (figure 5.16). Les jeunes qui ont indiqué que leur groupe d'amis s'adonnait à une fréquence moyenne à des activités néfastes ont aussi indiqué afficher un niveau plus élevé d'équilibre affectif et de comportements prosociaux que ceux dont le groupe d'amis s'adonnait rarement à des activités néfastes. Il est possible que cela soit simplement attribuable à la témérité propre à l'adolescence (Arnett, 1992) ou à leur désir de s'intégrer au groupe d'amis (Carroll, Houghton, Hattie et Durkin, 1999).

Il reste que les jeunes qui ont indiqué que leur groupe d'amis s'adonnait rarement à des activités néfastes affichent également un niveau plus élevé d'équilibre affectif que ceux qui ont déclaré que leur groupe d'amis s'adonnait souvent à des activités néfastes. Nous n'avons cependant pas relevé de corrélation similaire pour ce qui concerne les comportements prosociaux des garçons, ceux qui ont indiqué que leur groupe d'amis s'adonnait rarement à des activités néfastes ayant déclaré un niveau moins élevé de comportements prosociaux. Ces données laissent supposer que les corrélations entre la fréquence à laquelle le groupe d'amis s'adonne à des activités néfastes et les indicateurs de santé mentale sont complexes et varient selon le sexe, et qu'il peut y avoir dans certains cas une corrélation positive entre cette fréquence et ces indicateurs.

Le monde qui t'incite à faire des choses comme mettre des graffitis sur les murs de l'école ou consommer des drogues peut aussi être là pour toi quand tu en as besoin.

—Un jeune, Atelier de discussion sur la santé

Activités constructives avec le groupe d'amis et santé mentale

5.17 Élèves ayant déclaré un niveau élevé de problèmes affectifs, selon la fréquence avec laquelle les camarades s'adonnent à des activités constructives et selon le sexe (%)

Figure 5.17 - Élèves ayant déclaré un niveau élevé de problèmes affectifs, selon la fréquence avec laquelle les camarades s'adonnent à des activités constructives et selon le sexe (%)

[Cliquez pour agrandir le Figure 5.17]

[Texte équivalent, Figure 5.17]

5.18 Élèves ayant déclaré un niveau élevé de problèmes de comportement, selon la fréquence avec laquelle les camarades s'adonnent à des activités constructives et selon le sexe (%)

Figure 5.18 - Élèves ayant déclaré un niveau élevé de problèmes de comportement, selon la fréquence avec laquelle les camarades s'adonnent à des activités constructives et selon le sexe (%)

[Cliquez pour agrandir le Figure 5.18]

[Texte équivalent, Figure 5.18]

Les garçons et les filles qui ont indiqué que leur groupe d'amis s'adonnait rarement à des activités constructives (p. ex., bien réussir à l'école, aider les personnes dans le besoin, pratiquer des sports de groupe organisés ou participer à d'autres activités culturelles, s'entendre avec leurs parents ou être respectueux de l'environnement) affichent également un niveau plus élevé de problèmes affectifs et de problèmes de comportement (figures 5.17 et 5.18). Nous avons constaté que l'incidence des résultats négatifs était d'autant moins grande que la fréquence à laquelle le groupe d'amis s'adonnait à des activités constructives était élevée, et ce, tant pour les garçons que pour les filles. Bien que les filles soient généralement plus nombreuses à afficher un niveau élevé de problèmes affectifs, la gravité des problèmes affectifs éprouvés évoluait en sens inverse de la fréquence à laquelle le groupe d'amis s'adonnait à des activités constructives tant chez les garçons que chez les filles. En général, les garçons ont été un peu plus nombreux que les filles à déclarer un niveau élevé de problèmes de comportement et ce niveau évoluait aussi en sens inverse de la fréquence à laquelle le groupe d'amis s'adonnait à des activités constructives. Il semble donc que le fait de faire partie d'un groupe d'amis qui s'adonne à des activités constructives ait pour effet de réduire l'incidence des problèmes de santé mentale.

5.19 Élèves ayant déclaré un niveau élevé d'équilibre affectif, selon la fréquence avec laquelle les camarades s'adonnent à des activités constructives et selon le sexe (%)

Figure 5.19 - Élèves ayant déclaré un niveau élevé d'équilibre affectif, selon la fréquence avec laquelle les camarades s'adonnent à des activités constructives et selon le sexe (%)

[Cliquez pour agrandir le Figure 5.19]

[Texte équivalent, Figure 5.19]

5.20 Élèves ayant déclaré un niveau élevé de comportements prosociaux, selon la fréquence avec laquelle les camarades s'adonnent à des activités constructives et selon le sexe (%)

Figure 5.20 - Élèves ayant déclaré un niveau élevé de comportements prosociaux, selon la fréquence avec laquelle les camarades s'adonnent à des activités constructives et selon le sexe (%)

[Cliquez pour agrandir le Figure 5.20]

[Texte équivalent, Figure 5.20]

Les figures 5.19 et 5.20 indiquent les pourcentages d'élèves affichant un niveau élevé d'équilibre affectif et de comportements prosociaux selon la fréquence avec laquelle les membres de leur groupe d'amis s'adonnent à des activités constructives. Les jeunes qui ont indiqué que les membres de leur groupe d'amis s'adonnaient plus fréquemment à des activités constructives affichent un niveau plus élevé d'équilibre affectif et de comportements prosociaux que ceux ayant déclaré que les membres de leur groupe d'amis s'adonnaient moins fréquemment à de telles activités. Le niveau de comportements prosociaux était d'autant plus élevé que la fréquence à laquelle le groupe d'amis s'adonnait à des activités constructives était élevée, et ce, tant pour les garçons que pour les filles. Nous avons aussi relevé chez les filles, mais non chez les garçons, une corrélation positive entre le niveau d'équilibre affectif affiché et la fréquence à laquelle le groupe d'amis s'adonne à des activités constructives. Les garçons ayant indiqué que leur groupe d'amis s'adonnait à des activités constructives à une fréquence moyenne affichaient un niveau un peu plus élevé d'équilibre affectif que ceux ayant déclaré que leur groupe d'amis s'adonnait souvent à de telles activités; ces niveaux étaient toutefois semblables et beaucoup plus élevés que pour les garçons ayant indiqué que leur groupe d'amis s'adonnait rarement à de telles activités. De façon générale, les filles affichent un niveau plus élevé de comportements prosociaux que les garçons, tandis que les garçons affichent un niveau d'équilibre affectif beaucoup plus élevé que les filles quelle que soit la fréquence à laquelle le groupe d'amis s'adonnait à des activités constructives. Il semble donc que le fait de faire partie d'un groupe d'amis qui s'adonne à des activités constructives ait une incidence positive sur la santé mentale des jeunes.

Réactions des jeunes face aux résultats

Selon les jeunes ayant participé à l'atelier de discussion, les résultats de la recherche rendent fidèlement compte des influences tant positives que négatives que peuvent avoir les camarades sur les jeunes. D'une part, les amis offrent aux jeunes le réconfort et l'intimité qu'il leur faut pour pouvoir parler de leurs problèmes. D'autre part, bien que nombre de jeunes aient des amis qui s'adonnent à des activités constructives, un important pourcentage d'élèves ont aussi des amis qui adoptent des comportements à risque. On voit par leurs observations que les élèves sont partagés quant aux avantages ou aux inconvénients associés au fait d'avoir des amis qui s'adonnent à des activités tant constructives que néfastes. Il est essentiel d'encourager les jeunes à s'adonner à de saines activités avec leurs amis et à réduire le nombre de leurs comportements et de leurs activités à risque.

Résumé et implications

Principaux sujets de préoccupation

  1. Nombre d'élèves ont déclaré avoir des amis s'adonnant à des activités à risque telles que le tabagisme, la consommation d'alcool, la consommation de drogues et les rapports sexuels.
  2. Les jeunes qui déclarent avoir de la difficulté à parler à leurs amis sont plus nombreux à déclarer avoir des problèmes affectifs.
  3. Le fait d'avoir des amis qui s'adonnent à des activités à risque augmente le risque d'avoir des problèmes affectifs et des problèmes de comportement et est associé à un niveau moins élevé d'équilibre affectif.
  4. Les jeunes qui déclarent que leur groupe d'amis s'adonne souvent à des activités constructives déclarent un niveau plus élevé de santé mentale.

Principaux sujets de réjouissance

  1. La vaste majorité des élèves déclarent avoir un(e) ami(e) intime et être capable de lui parler des choses qui les tracassent.
  2. Les élèves qui ont des amis qui s'adonnent à des activités constructives sont plus susceptibles d'afficher un niveau élevé de comportements prosociaux et d'équilibre affectif.
  3. Plus de 85 % des élèves déclarent avoir des amis qui pratiquent des sports, viennent en aide aux autres, s'entendent avec leurs parents ou réussissent bien à l'école.

Commentaire

Ces résultats confirment que les camarades sont d'importants agents de socialisation pour les enfants et les jeunes. Ces résultats mettent en lumière deux constats distincts. Premièrement, les jeunes ont besoin d'avoir des amis : ces-derniers représentent un facteur de protection contre les problèmes affectifs et les problèmes de comportement, et le fait d'avoir des amis à qui parler favorise le maintien de l'équilibre affectif. Les jeunes qui n'ont pas d'amis ou qui ne sont pas acceptés dans un groupe d'amis peuvent être privés d'occasions d'acquérir d'importantes compétences sociales et comportementales nécessaires à leur développement. Ces élèves pourraient être désavantagés car, dépourvus d'occasions de socialiser avec leurs camarades, ils risquent d'être incapables de développer les compétences relationnelles nécessaires pour établir de saines relations. Il est donc essentiel que les adultes sous la responsabilité desquels les jeunes sont placés s'emploient activement à organiser des activités ou à fournir des occasions permettant aux jeunes d'interagir afin de favoriser le développement des compétences nécessaires aux relations interpersonnelles. Cette structuration du milieu social des jeunes relève de l'architecture sociale. Si les adultes ne sont pas au fait de la dynamique des groupes d'amis, les processus naturels de formation de ces groupes exposeront certains jeunes au risque de se retrouver isolés et sans groupe de camarades. Il importe en outre de décourager la formation de groupes d'adolescents ayant en commun une même agressivité et adoptant des comportements agressifs et d'autres comportements à risque. Lorsque des jeunes perturbés se rassemblent, ils valorisent leurs comportements néfastes et se poussent les uns les autres à devenir plus agressifs et à adopter des comportements plus dangereux.

Deuxièmement, il est également important que les adultes surveillent les groupes de jeunes. Les relations qu'ils entretiennent sont l'occasion pour les camarades de se socialiser les uns les autres en se transmettant de l'information sur les normes, les attentes et les valeurs de la culture dans le cadre de laquelle ces relations s'inscrivent, et de vivre des expériences leur permettant de mettre en pratique leurs compétences et leurs habiletés (Wentzel, 2009). De plus, les camarades ont tendance, au fil de leurs relations, à devenir de plus en plus semblables les uns aux autres à la faveur de leur socialisation mutuelle (Hartup, 1996). Au fil du temps, les parties à une relation ont tendance à influer les unes sur les autres en valorisant ou validant les intérêts, attitudes ou comportements qu'elles ont en commun, ce qui peut avoir pour effet de les amener à se ressembler davantage qu'au moment de leur rencontre. Selon toutes probabilités, ce processus de socialisation met en jeu une modélisation ou une valorisation des comportements, le partage d'activités et d'expériences diverses, une pression à l'uniformité, les antagonismes et la fourniture d'aide ou d'instructions.

Il ressort clairement de la présente étude que les jeunes se socialisent les uns les autres tant pour le mieux que pour le pire. Ceux qui ont des amis qui adoptent des comportements constructifs sont moins susceptibles d'avoir des problèmes affectifs et des problèmes de comportement. Ceux qui ont des amis qui adoptent des comportements néfastes sont plus susceptibles d'avoir des problèmes affectifs en particulier. En surveillant le milieu social des jeunes et en participant activement à sa structuration, les adultes peuvent influer sur les schémas de socialisation et réduire le risque d'apparition de problèmes affectifs et de problèmes de comportement. Tous les adultes sous la responsabilité desquels les jeunes sont placés peuvent participer à la structuration de leur milieu social : l'enseignant qui forme des groupes en vue de projets ou décide de la place qu'occupent les jeunes en classe; l'entraîneur qui détermine les partenaires de jeu ou d'entraînement au sein de l'équipe; le parent qui supervise et surveille les amis lorsqu'ils sont à la maison et dans le cours de leurs activités, etc. Il faut donc que les adultes soutiennent activement le processus de socialisation des jeunes afin de s'assurer qu'ils ont des amis et que leurs amis exercent une influence positive sur eux.

Bibliographie

  • Arnett, J. (1992). Reckless behaviour in adolescence: A developmental perspective. Developmental Review, 12:339-373.
  • Berndt, T.J. (2004). « Children's friendships: Shifts over a half-century in perspectives on their development and their effects », Merrill-Palmer Quarterly, vol. 50, p. 206-223.
  • Bowker, A. (2004). « Predicting friendship stability during early adolescence », Journal of Early Adolescence, vol. 24, p. 85-112.
  • Brown, B.B. (1990). « Peer groups and peer cultures », dans At the Threshold: The Developing Adolescent (p.171-196), sous la direction de S. S. Feldman et G. R. Elliott, Cambridge (MA), Harvard University Press.
  • Buhrmester, D. (1990). « Intimacy of friendship, interpersonal competence, and adjustment during preadolescence and adolescence », Child Development, vol. 61, p. 1101-1111.
  • Carroll, A., Houghton, S., Hattie, J., et Durkin, K. (1999). Adolescent reputation enhancement: Differentiating delinquent, nondelinquent, and at-risk youths. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 40:593-606.
  • Connolly, J., Furman, W. et Konarski, R. (2000). « The role of peers in the emergence of heterosexual romantic relationships in adolescence », Child Development, vol. 71, p. 1395-1408.
  • Hartup, W. (1993). « Adolescents and their friends », dans Close friendships in adolescence: New directions for child development (vol. 60, p.3-22), sous la direction de B. Laursen, San Francisco (CA), Jossey-Bass.
  • Hartup, W. (1996). « The company they keep: Friendships and their developmental significance », Child Development, vol. 67, p. 1-13.
  • Kandel, D. B. (1978). « Homophily, selection, and socialization in adolescent friendships », American Journal of Sociology, vol. 84, p. 427-436.
  • Lenhart, A., Ling, R., Campbell, S. et Purcell, K. (20 avril 2010). « Teens and mobile phones », Pew Internet & American Life Project. Consulté le 10 mai 2011 à l'adresse suivante : http://www.pewinternet.org/Reports/2010/Teens-and-Mobile-Phones.aspx (anglais seulement).
  • Li, Q. (2007). « New bottle but old wine: A research of cyber-bullying in schools », Computers in Human Behavior, vol. 23, p. 1777-1791.
  • Poulin, F. et Pederson, S. (2007). « Developmental changes in gender composition of friendship networks in adolescent girls and boys », Developmental Psychology, vol. 43, p. 1484-1496.
  • Savin-Williams, R.C. et Berndt, T.J. (1990). « Friendship and peer relations », dans At the threshold: The developing adolescent (p.277-307), sous la direction de S.S. Feldman et G.R. Elliott, Cambridge (MA), Harvard University Press.
  • Scholte, R.H.J. et Van Aken, M.A.G. (2006). « Peer relations in adolescence », dans Handbook of Adolescent Development (p.175-199), sous la direction de S. Jackson et L. Goossens, New York, Psychology Press.
  • Schwartz, D., Dodge, K.A., Pettit, G.S., Bates, J.E. et The Conduct Problems Prevention Research Group (2000). « Friendship as a moderating factor in the pathway between early harsh home environment and later victimization in the peer group », Developmental Psychology, vol. 36, p. 646-662.
  • Subrahmanyam, K., et Greenfield, P. (2008). « Online communication and adolescent relationships », Children and Electronic Media, vol. 18, p. 119-146.
  • Waldrip, A.M., Malcolm, K.T. et Jensen-Campbell, L.A. (2008). « With a little help from your friends: The importance of high-quality friendships on early adolescent adjustment », Social Development, vol. 17, p. 832-852.
  • Wentzel, K.R. (2009). « Peers and academic functioning at school », dans Handbook of peer interactions, relationship, and groups (p. 531-547), sous la direction de K.H. Rubin, W. Bukowski et B. Laursen, New York, Guilford Press.

  1. 25 % des garçons ayant indiqué qu'il est facile ou très facile pour eux de parler à leur meilleur(e) ami(e) des choses qui les tracassent vraiment déclarent des niveaux relativement élevés de problèmes affectifs, comparativement à 38 % des filles qui indiquent qu'il est facile ou très facile pour elles de parler à leur meilleur(e) ami(e) des choses qui les tracassent vraiment. On trouvera au chapitre 1 une explication complète sur comment il faut interpréter les figures portant sur la santé mentale.