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Profil de l'hépatite C et de l'utilisation de drogues injectables au Canada

Le VHC chez les UDI

Les études portant sur les utilisateurs de drogues injectables font systématiquement état de taux élevés d'infection par le virus de l'hépatite C dans cette population. La présente section décrit certaines des études menées au Canada, de même qu'ailleurs dans le monde, en faisant ressortir que la prévalence de l'infection à VHC semble dépendre des méfaits associés à l'utilisation de drogues injectables et être moins liée que l'infection à VIH aux pratiques sexuelles. Le tableau 2 contient un résumé des études faites dans ce domaine (voir l'annexe).

Au Canada

Strathdee et ses collègues (1997) ont examiné la prévalence du VHC, du VIH et des comportements à risque dans une étude prospective d'utilisateurs de drogues injectables à Vancouver (Colombie-Britannique). Pour cette étude, qui a commencé en mai 1996, on a recruté des personnes qui s'étaient injecté des drogues au moins une fois au cours du mois précédent. Les taux de prévalence du VHC et du VIH étaient de 88 % et de 23 % respectivement. Les résultats ont également révélé que le partage des seringues était monnaie courante, 40 % des participants ayant prêté et 40 % ayant emprunté des seringues ayant déjà servi. Comme les auteurs le soulignent, le fait que le partage des seringues soit “ la norme ” est particulièrement préoccupant, puisque c'est à Vancouver que le nombre de programmes d'échange de seringues est le plus élevé en Amérique du Nord.

En se basant sur l'étude précédente, Patrick et coll. (1998) ont examiné l'incide nce et les prédicteurs indépendants de la séropositivité pour le VHC dans l'échantillon de Vancouver (Colombie-Britannique). Seulement 172 des 1 080 personnes échantillonnées étaient séronégatives pour le VHC au départ. Après une période médiane de suivi de 9,8 mois, 23 étaient devenues séropositives pour le VHC. Parmi les facteurs associés à la séropositivité pour le VHC, mentionnons le nombre d'années d'utilisation des drogues injectables, le fait d'être une femme, les antécédents d'incarcération et la participation à un programme d'échange de seringues. Les auteurs ont souligné la nécessité de mettre en oeuvre des interventions axées sur la prévention primaire de l'utilisation de drogues injectables et sur la réduction des méfaits de cette pratique dans les établissements carcéraux, de même que des programmes à l'intention des femmes.

Romanowski et coll. (1997) ont examiné les facteurs de risque liés à l'infection à VHC chez un échantillon de 6 668 hommes et femmes suivis dans deux cliniques de maladies transmises sexuellement en Alberta. Dans ce groupe, la prévalence du VHC était de 3,4 % et la prévalence de VIH, de 1,5 %. La majorité (75 %) des personnes infectées par le VHC ont mentionné qu'elles utilisaient des drogues injectables. Des analyses ont révélé un lien important entre l'infection par le VHC et l'utilisation de drogues injectables, la prostitution, l'échange de faveurs sexuelles contre de la drogue ou de l'argent, et l'origine autochtone.

Stratton et ses collègues (1997) ont utilisé une approche intéressante dans leur étude du VHC chez les UDI dans une région semi-rurale de la Nouvelle-Écosse. Ils ont examiné la séroprévalence du VHC, du VHB et du VIH chez les utilisateurs de drogues injectables et leurs partenaires sexuels (PSUDI). Les auteurs n'ont pas consigné de données sur l'utilisation de drogues injectables parmi les partenaires sexuels. Un total de 172 adultes (92 UDI, 80 PSUDI) ont été recrutés dans la collectivité et 'établissement carcéral local. Dans le groupe des UDI, les taux de séroprévalence étaient de 47 % pour le VHC, de 23 % pour le VHB et de 5 % pour le VIH. Chez les partenaires sexuels, les taux de séroprévalence étaient de 1 %, de 5 % et de 1 % pour le VHC, le VHB et le VIH, respectivement. Chez les UDI , 71 % des hommes (n=77) et 79 % des femmes (n=15) ont déclaré emprunter des seringues. Ces renseignements ont amené les auteurs à conclure que le problème du partage des seringues et de l'infection à VHC chez les utilisateurs de drogues injectables n'est pas restreint aux grandes agglomérations urbaines.

Ailleurs dans le monde

L'Australie a mené un grand nombre d'études sur la contribution de l'UDI à la propagation du VHC. En 1997, Crofts et ses collègues ont analysé les données épidémiologiques disponibles en Australie. Les résultats ont révélé des taux élevés d'infection à VHC, soit de l'ordre de 60 à 70 %, chez les UDI australiens. Un certain nombre d'études, ayant des populations et des méthodes de recrutement différentes, ont donné des taux systématiquement élevés d'infection à VHC. L'UDI contractait l'infection dès sa première injection et demeurait infecté durant toute la période où il s'adonnait à cette pratique.

La plupart des études qui portent sur la transmission du VHC ont été menées auprès d'utilisateurs de drogues injectables ou de transfusés. Sladden et coll. (1997) ont examiné les modes de transmission du VHC dans le cadre d'une analyse de tous les cas de VHC déclarés aux autorités locales de la santé publique dans une collectivité australienne. Les 467 répondants, sauf un, ont déclaré avoir été exposés par voie sanguine : UDI (85 %), transfusion sanguine antérieure à 1990 (6 %), autres cas d'exposition sanguine (8 %). La grande majorité des répondants utilisaient des drogues injectables.

ALIVE, une étude digne de mention menée aux États-Unis, est une enquête longitudinale sur l'histoire naturelle du VIH dans la région de Baltimore, au Maryland (Garfein et coll., 1996; Thomas et coll., 1995; Villano et coll., 1997). Entre 1988 et 1989, 2 921 utilisateurs de drogues injectables ont participé à l'étude. La durée médiane de l'utilisation de drogues était de12 ans, et 85 % des participants étaient séropositifs pour le VHC au départ. Garfein et coll. (1996) ont examiné les taux de séroprévalence chez les 716 participants qui ont déclaré avoir commencé à utiliser des drogues dans les six années précédant leur participation à l'étude. De ce nombre, 76,9 % étaient séropositifs pour le VHC. Parmi ceux qui s'injectaient depuis au plus un an, 64,7 % étaient séropositifs pour le VHC. Les auteurs ont souligné la nécessité d'intervenir rapidement auprès des nouveaux UDI, compte tenu du taux élevé d'infection à VHC chez ces personnes.

Garfein et coll. (1998) ont examiné la prévalence et les facteurs de risque liés au VHC dans le cadre d'une étude prospective menée auprès de jeunes utilisateurs de drogues injectables à Baltimore. Les personnes ciblées pour l'étude avaient entre 18 et 25 ans. Parmi les 229 participants recrutés, 86 (37,6 %) étaient séropositifs pour le VHC au départ. On dénombrait beaucoup de cas de séropositivité pour le VHC parmi ceux qui s'injectaient depuis moins de deux ans. Le taux élevé de prévalence du VHC et l'association évidente qui existe avec une courte période d'utilisation tend à indiquer que les jeunes adultes courent un risque élevé d'être infectés par le VHC peu après avoir commencé à s'injecter. Il est donc essentiel d'intervenir rapidement auprès des nouveaux utilisateurs de drogues injectables ou auprès des personnes qui risquent de s'initier à cette pratique.

Chang et ses collègues (1999) ont examiné spécifiquement le lien entre la prévalence du VHC et la durée d'utilisation des drogues auprès d'un échantillon de 899 toxicomanes de Taiwan. La prévalence du VHC était de 67,2 % chez ceux qui s'injectaient des drogues et de 14,7 % chez les autres. L'infection à VHC était associée positivement à la durée d'utilisation de drogues injectables dans les sept premières années suivant l'initiation. C'est au cours des quatre premiers mois d'utilisation que les progrès de l'infection à VHC étaient les plus marqués. Comme d'autres études examinées, celle-ci fait ressortir l'importance de mettre en oeuvre des programmes d'intervention précoce axés sur la prévention et la réduction des risque pour réduire les taux d'infection à VHC.

Les résultats des recherches faites au Canada sur la contribution de l'UDI à la propagation du VHC s'apparentent à ceux d'études effectuées dans d'autres pays. Les populations qui enregistrent des taux élevés d'UDI connaissent des taux proportionnellement plus élevés d'infection à VHC; par exemple, 88 % à Vancouver, Canada (Strathdee et coll., 1997), 85 % à Baltimore, États-Unis, 85 % en Australie (Sladden, 1997). Les études dans lesquelles on a examiné l'infection à VHC chez des personnes ayant des problèmes de santé autres que l'UDI révèlent un taux de prévalence du VHC de loin inférieur : 3,4 % dans une clinique de maladies transmises sexuellement en Alberta, Canada (Romanowski et coll., 1997) et 14,7 % dans un échantillon d'utilisateurs de drogues non injectables à Taiwan (Chang et coll., 1999).

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