Agence de la santé publique du Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Liens de la barre de menu commune

Partagez cette page

Profil de l'hépatite C et de l'utilisation de drogues injectables au Canada

Sommaire

Depuis quelque temps, la propagation et la prévalence du virus de l'hépatite C (VHC) chez les utilisateurs de drogues injectables suscitent des préoccupations croissantes à l'échelle internationale. Selon les estimations mondiales de la prévalence du VHC, les taux d'infection chez les utilisateurs de drogues injectables varient entre 50 % et 100 % (Finch, 1998). Au Canada, l'utilisation de drogues injectables et le partage des seringues sont la principale cause de la transmission du VHC, étant à l'origine d'environ 70 % de toutes les infections actuelles (LLCM, 1999). Pour cette raison, les utilisateurs de drogues injectables sont un groupe clé, et ils sont en grande partie responsables de la persistance du VHC au Canada. Le présent rapport porte sur l'utilisation de drogues injectables au Canada, les caractéristiques des personnes qui s'adonnent à cette pratique et l'identification des comportements à risque élevé. Cette information vise à orienter les futurs programmes et stratégies de réduction de la propagation du VHC au pays.

Au Canada, un grand nombre des programmes liés au VHC se sont greffés à des programmes existants de lutte contre le VIH ou les maladies transmises sexuellement (MTS). En raison des différences majeures dans le mode de transmission, ces efforts n'ont pas porté fruit (Cr ofts et coll. 1997; 1999; Van Beek et coll. 1998). Le VHC se transmet plus facilement par le sang que le VIH, il est plus virulent que le VIH et il s'acquiert plus rapidement après le partage de seringues. Comparativement au VIH, le VHC est 10 à 15 fois plus infectieux s'il est transmis par le sang (Heintges et Wands, 1997). Ce problème est aggravé par les taux de prévalence élevés des infections par le VHC chez les utilisateurs de drogues injectables, à tel point que même le partage occasionnel de seringues et d'autre matériel d'injection comporte un risque d'infection extrêmement élevé. Ainsi, les personnes qui songent à utiliser des drogues injectables ou qui viennent de commencer à le faire sont des populations à cibler prioritairement dans les efforts de prévention de l'infection par le VHC.

Compte tenu de la nature illicite de l'utilisation de drogues injectables et de la réprobation sociale qu'elle suscite, il est difficile d'obtenir des renseignements fiables sur l'ampleur du phénomène au Canada et sur les caractéristiques des personnes qui s'adonnent à cette pratique. La plupart des renseignements disponibles sont basés sur les réponses fournies par des participants aux programmes d'échange de seringues ou des clients des programmes de traitement des toxicomanies. Selon les estimations, le nombre d'utilisateurs de drogues injectables au Canada se situerait entre 75 000 et 125 000 (Single, 2000). Actuellement, les personnes les plus à risque de partager des seringues et d'autre matériel d'injection sont des personnes jeunes, célibataires, et de faible condition socio-économique (Single, 2000). Parmi le grand groupe des utilisateurs de drogues injectables, on a dégagé des sous-populations qui, en raison de caractéristiques particulières, sont considérées plus à risque, notamment les détenus, les jeunes de la rue, les femmes et les Autochtones.

Dans la population carcérale canadienne, on enregistre des taux relativement élevés d'infections à VHC et d'autres infections transmissibles par le sang, et l'utilisation de drogues injectables est le principal facteur de risque en cause (Jürgens, 1996). L'utilisation de drogues injectables et le partage des seringues dans les établissements carcéraux favorisent la propagation du VHC parmi les détenus, de même que dans la population une fois ceux-ci remis en liberté. Il est urgent de se pencher sur les stratégies qui peuvent être mises en oeuvre dans le système carcéral.

L'usage et l'abus des drogues en général, et en particulier des drogues injectables, sont très répandus chez les jeunes de la rue (Anderson, 1993; Roy et coll., 1998). Pour un grand nombre d'entre eux, l'utilisation de drogues est symptomatique d'un dysfonctionnement familial et des dangers de la vie dans la rue (Adlaf, Zdanowicz et Smart, 1996). Le s chances de succès des interventions sont faibles chez les jeunes qui ne se dissocient pas de ce milieu. Ces réalités nécessitent le recours à des stratégies globales de prévention qui tiennent compte de l'environnement dans lequel les comportements à risque se manifestent, de même que la satisfaction des besoins de base. Les femmes qui utilisent des drogues injectables sont de plus en plus visibles. On a des raisons de croire que les femmes commencent à un plus jeune âge que les hommes à utiliser des drogues injectables (Rothon et coll., 1997; Roy et coll., 1998). Pour ces femmes, la violence physique ou sexuelle peut être un important facteur sous -jacent. Des études ont révélé que les femmes ont moins tendance que les hommes à s'injecter des drogues illicites seules et qu'elles se laissent plus facilement influencer par d'autres (Whynot, 1998). Les femmes sont souvent moins capables de résister aux pressions exercées par leurs partenaires pour qu'elles partagent des seringues ou consentent à des pratiques sexuelles à risque.

Les Autochtones du Canada supportent le poids d'un grand nombre de désavantages sociaux souvent liés à l'usage et à l'abus de drogues, notamment la pauvreté, le faible niveau de scolarité, une structure familiale instable, la violenc e physique et des réseaux de soutien social inadéquats (Scott, 1997). Le nombre de ceux qui utilisent des drogues injectables n'est pas connu. Cependant, des données indiquent qu'il serait disproportionnellement élevé. Il est essentiel que les stratégies de prévention tiennent compte des différences ethnoculturelles qui peuvent influer sur les comportements à risque et l'infection par le VHC.

Afin de juguler l'épidémie d'infection à VHC, il faut déployer, en matière de prévention et de réduction du partage de seringues, des efforts encore plus intensifs que ceux qu'il a fallu fournir pour réduire l'incidence du VIH. En l'occurrence, il est capital que les facteurs qui sous-tendent l'utilisation de drogues injectables soient examinés et pris en considération dans l'élaboration de stratégies ciblées.

Précédent