Prévention et contrôle de la grippe durant une pandémie pour tous les milieux de soins
[Page précédente]
[Table des matières]
[Page suivante]
V. Fondations d’un plan pour la PCI/ST de grippe pandémique pour tous les milieux de soins
1. Hypothèses en matière de santé publique
Les hypothèses de santé publique suivantes
concernant la grippe pandémique qui sont pertinentes à la planification de la PCI et de la ST proviennent du PCLPI (voir Plan canadien de lutte contre la pandémie d'influenza dans le secteur de la santé - contexte),
publié en décembre 2006(5); elles ont été adaptées pour inclure
l’épidémiologie du virus grippal pH1N1.
Il est à noter que
les hypothèses concernant l’épidémiologie et les répercussions des virus de
la grippe pandémique peuvent évoluer en fonction des nouvelles connaissances
sur le virus particulier de la grippe pandémique. Il faudra sans doute
adapter le niveau de précautions en cas de grippe pandémique (p. ex. au
départ, on pourrait entreprendre des précautions plus rigoureuses, quitte à
les atténuer en fonction des nouvelles informations disponibles).
- On présume que la période d’incubation, la période de
transmissibilité et la méthode de transmission de la nouvelle souche sont
similaires à celles d’autres souches de grippe, soit :
- Période d’incubation : un à trois jours (cela peut varier selon la
souche virale);
- Période de transmissibilité : 24 heures avant(25) et
jusqu’à sept jours après l’apparition des symptômes (habituellement jusqu’à
trois à cinq jours chez les adultes immunocompétents, jusqu’à sept jours chez
les jeunes enfants; les adultes et les enfants immunovulnérables peuvent être
atteints plus rapidement);
- La transmission de l’infection est possible même si la personne est
asymptomatique, mais elle est vraisemblablement plus efficace lorsque les
symptômes comme la toux ou l’éternuement sont présents et que l’excrétion
virale est abondante (c.-à-d. tôt dans la période symptomatique).
- Le nouveau virus grippal peut se transmettre efficacement
de personne à personne.
- Lorsqu’une vague pandémique traversera une
collectivité, il est probable que la plupart des cas de grippe seront causés
par la souche pandémique(5).
- Le profil clinique initial devrait être
similaire au profil clinique des souches de grippe connues.
- Des infections subcliniques pourraient se
produire.
- La souche pandémique pourrait entraîner plus
d’une vague de maladie.
- Il est peu probable qu’un vaccin efficace soit
disponible durant les premières manifestations de la grippe pandémique au
Canada, alors qu’il pourrait l’être lors de la deuxième vague de la pandémie
dans la collectivité.
- Des campagnes d’immunisation massive se dérouleront lorsque des
quantités suffisantes de vaccins contenant la souche de la grippe pandémique
seront disponibles; cela pourrait augmenter la demande en ressources humaines.
- Un vaccin contre la grippe pandémique peut s’avérer un bon moyen de
lutte contre la propagation du virus. Toutefois, une fois disponible, une dose
pourrait ne pas assurer une protection complète(5) et deux doses pourraient être exigées. Voir Annexe D.
- Les individus se rétablissant de l’infection causée
par une souche de pandémie grippale devraient être immuns à d’autres infections causées par cette souche particulière.
- La nouvelle souche de grippe pandémique et les
premiers cas humains de grippe causée par la souche virale pandémique seront
vraisemblablement signalés à l’extérieur du Canada.
- Des mesures de surveillance sont en place pour détecter des SG et des
maladies respiratoires graves à travers le Canada.
2. Hypothèses en matière de prévention et de contrôle des infections utilisées dans la présente annexe
Un programme de PCI efficace, conjugué à
un bon programme de ST, est la fondation d’une riposte de PCI active durant
une pandémie de grippe(26-29). Des programmes de PCI pleinement
efficaces devraient prévenir ou réduire les infections associées aux soins de
santé (IASS) pour tous ceux (c.-à-d. patients, TS, visiteurs, entrepreneurs,
etc.) dans le milieu de soins.
Les recommandations présentées dans la
présente annexe s’appuient sur l’hypothèse qu’un programme de PCI efficace et
entièrement supervisé fonctionne au sein de chaque milieu de soins(2;3;30;31).
Un bon programme de PCI devrait comprendre les éléments suivants :
- Suffisamment de spécialistes du contrôle des
infections formés pour la population à desservir et le groupe client de l’organisation
de soins de santé qui sont en mesure de mener à bien les activités de
planification et de mise en œuvre liées à la grippe pandémique que recommande
ce document(32-36).
- Un programme de surveillance des IASS capable de
suivre les tendances des principales IASS, y compris les infections respiratoires(33).
- Des mesures de prévention et de contrôle des
infections comme les « pratiques de base »(2;3) pour faire en
sorte que tous les patients reçoivent des soins visant à prévenir ou à réduire
la transmission de l’infection d’une personne ou d’un environnement à une autre
personne.
- La décision d’un TS de porter un EPI dans l’exercice des pratiques
de base devrait dépendre de son évaluation des risques d’exposition au sang,
aux liquides corporels, à une peau non intacte et aux excrétions ou sécrétions,
y compris les sécrétions respiratoires.
- Des mesures de prévention et de contrôle des
infections comme les « précautions additionnelles »(2;3) pour fournir
des directives en vue des soins des patients dont les infections ne sont pas
suffisamment prises en compte par les pratiques de base. Ces patients
devraient faire l’objet de mesures supplémentaires pour prévenir la
transmission d’agents ou de syndromes infectieux spécifiques par voie de
contact, de gouttelettes ou aérienne.
- Les précautions contre la transmission par contact (voir la section V.4.4.1.), les précautions contre la
transmission par gouttelettes (voir la section V.4.4.2.)
et les précautions contre la transmission par voie aérienne (voir la section V.4.4.3.) sont fondées sur trois modes
d’exposition à la grippe et de transmission des maladies infectieuses.
- Toute décision d’un TS quant à savoir si le patient nécessite des
précautions additionnelles devrait dépendre d’une évaluation de la présence
d’un agent ou syndrome infectieux spécifique (diagnostiquée ou soupçonnée).
- Les précautions contre la grippe pandémique sont une synthèse des
précautions additionnelles critiques pour la prévention et le contrôle du virus
de la grippe pandémique dans les milieux de soins.
- Les éléments de pratiques de base et de
précautions additionnelles (PBPA) comprennent des politiques et des procédures
pour :
- L’hygiène des mains(10;13) pour les TS.
- L’hygiène respiratoire pour les patients et les TS(3).
- Le contrôle des sources infectées, par exemple :
- Politiques et pratiques sur la séparation spatiale des patients;
- Processus et procédures pour déterminer et limiter/modifier les
procédures cliniques présentant un risque accru d’exposition à l’agent
infectieux;
- Programme de dépistage pour une identification précoce des patients
et des TS atteints d’une infection respiratoire aiguë;
- Moyens d’appliquer des précautions additionnelles(2;3) lorsqu’une
infection particulière a été décelée chez des patients ou des résidants;
- Processus pour assurer une immunisation appropriée des patients
(pour les TS, voir la section V.3.);
- Processus pour déterminer et gérer les éclosions d’agents
infectieux, incluant les éclosions causées par des virus respiratoires.
- L’évaluation, le placement et le déplacement des patients dans l’établissement.
- La technique d’asepsie.
- Le retraitement de l’équipement médical.
- Le nettoyage de l’environnement du patient.
- La manipulation de déchets médicaux.
- La manipulation de la lingerie associée aux soins des patients.
- Politiques et pratiques liées à l’accès des visiteurs.
3. Hypothèses en matière de santé au travail
Un programme de ST efficace, conjugué à
un bon programme de PCI, est la fondation d’une riposte de ST active durant
une pandémie de grippe(26;28;29;37). Des programmes de ST
pleinement efficaces devraient permettre de déceler tous dangers en milieu de
travail et assurer une formation et des processus tels que les employés seront
en mesure d’exercer leurs fonctions dans un environnement qui réduit au
minimum les expositions aux dangers environnementaux (p. ex. protection
respiratoire). Le programme de ST devrait également fournir une immunisation
appropriée aux employés.
Les recommandations en matière de ST que
propose ce document se fondent sur l’hypothèse que le milieu de soins dispose
d’un programme dans ce domaine qui est efficace et qui se conjugue à un
programme de PCI également efficace. Une telle hypothèse sert de base pour une
intervention active afin de prévenir une infection par le virus de la grippe
pandémique chez les TS durant une pandémie de grippe.
Les agences offrant les services de
travailleurs contractuels (p. ex. TS) à une organisation de soins de santé
devraient s’assurer qu’ils sont formés pour répondre aux exigences de l’organisation
d’accueil en matière de santé au travail et de santé et sécurité au travail, y
compris un test d’ajustement pour les APR N95 qui y sont utilisés. Selon l’ordre
de gouvernement, l’agence contractante et/ou l’agence dispensatrice peuvent
avoir la responsabilité de donner la formation.
Un bon programme de ST de lutte contre les
maladies infectieuses devrait se composer des éléments suivants :
- Un processus d’évaluation du danger qui permet d’évaluer le lieu de
travail afin de déterminer, d’évaluer et d’analyser les risques liés aux
activités du travail qui pourraient donner lieu à une exposition aux dangers
biologiques détectés, y compris les agents infectieux.
- L’application de mesures de contrôle systématiques et d’équipement
de protection individuelle (c.-à-d. mesures techniques et administratives, et
usage d’un EPI) pour permettre aux employés d’accomplir leurs tâches dans un
environnement qui réduise leurs risques d’exposition aux dangers, y compris les
agents infectieux.
- L’impact cumulatif d’utiliser les trois niveaux de contrôle assurera
une meilleure protection que l’application d’un seul niveau à la fois. La
protection offerte par des mesures techniques et administratives efficaces est
plus grande et systématique que celle assurée uniquement par un EPI.
- La fourniture de ressources nécessaires (p. ex. quantité suffisante
de gants, blouses) aux TS pour l’exercice de leurs fonctions en toute sécurité.
- Des mesures pour assurer une immunisation appropriée des TS et les
documents afférents.
- Des mesures pour s'assurer que les politiques, procédures et
programmes sont conformes aux recommandations courantes, qu’elles atteignent
les objectifs fixés et qu’elles respectent les lois et règlements en vigueur en
matière de santé et sécurité au travail (p. ex. Santé et sécurité au travail,
Sécurité en milieu de travail, Codes du travail).
- Un programme de protection respiratoire (PPR)
ciblant les besoins de tous les TS en la matière. Un tel programme devrait
assurer un contrôle de la santé par un dépistage, un test d’ajustement, ainsi
qu’une formation sur l’entretien, l’utilisation et les limites des appareils de
protection respiratoire (APR) à tous les TS pouvant porter un APR ou autre dispositif
de protection respiratoire pendant la prestation des soins de santé (voir la section V.6.2.4.).
- La protection respiratoire requiert l’utilisation d’un APR pour
prévenir l’inhalation d’agents chimiques ou biologiques dangereux.
- Le processus des tests d’ajustement respiratoire et leur fréquence devraient
être conformes à la réglementation fédérale, provinciale et territoriale
pertinente. En l’absence d’une réglementation régionale, la fréquence des
tests d’ajustement devrait respecter les normes de l’Association canadienne de
normalisation(7).
- Chaque fois que des TS mettent un APR, ils devraient en vérifier
l’étanchéité (procédé autrefois appelé « vérification d’ajustement »)
pour s’assurer de son bon fonctionnement(7).
- Les poils faciaux risquent de nuire à l’étanchéité du joint facial
de l’APR. Les organisations de soins de santé devraient élaborer des
politiques concernant les poils faciaux et le port des APR. De telles
politiques devraient être conformes aux lois et règlements régissant la santé
et la sécurité au travail.
- Les résultats des tests d’ajustement ne sont PAS transférables d’un
fabricant ou d’un modèle d’APR à l’autre. Note : Les appareils de
protection à épuration d’air motorisé (PAPR) ne sont PAS recommandés pour
soigner la grippe. D’autres options existent pour les TS ayant des poils
faciaux et elles devraient leur être offertes au besoin. (Voir la section V.6.2.4.e.)
- Les organisations de soins de santé exerçant des IMGA (voir la section V.4.4.4.) et/ou soignant des patients infectés
par des agents infectieux aérogènes (p. ex. tuberculose) devraient avoir
un PPR fonctionnel.
- Les organisations de soins de santé dont le personnel doit porter
des APR devraient avoir des politiques et procédures écrites pour leur PPR.
Note : L’efficacité de l’utilisation des APR N95 pour la prévention de
la plupart des infections causées par un virus respiratoire, notamment la
grippe, demeure controversée(38;39).
Note : Au
cours d’une pandémie de grippe, les TS, comme tous autres citoyens, risquent
d’être exposés à la souche virale de la grippe pandémique dans leurs
activités quotidiennes (p. ex. épiceries, réunions scolaires, soins aux
membres de la famille malades, sports de groupe).
[Page précédente]
[Table des matières]
[Page suivante]