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Bien que la majorité des personnes arthritiques reçoivent des soins en milieux ambulatoires, beaucoup d'entre elles requièrent un diagnostic ou des services thérapeutiques à l'hôpital et subissent des chirurgies d'un jour1 2. Les hospitalisations se produisent pour des raisons soit médicales, soit chirurgicales.
Les hospitalisations à caractère médical peuvent être requises pour des manifestations non articulaires associées à l'arthrite, les douleurs et incapacités causées par l'arthrite ou les effets indésirables du traitement médicamenteux, comme les complications gastro- intestinales.
La chirurgie orthopédique est l'intervention chirurgicale la plus fréquente chez les personnes souffrant de douleurs intenses et de lésions articulaires graves lorsque les traitements non chirurgicaux ont atteint leur efficacité maximale3 4 5 . Ce type d'interventions va de la fusion au remplacement d'articulations. L'arthroplastie est une intervention efficiente pour atténuer la douleur et améliorer la capacité fonctionnelle des sujets atteints d'arthrite avancée3 . La technique s'applique à diverses articulations, la hanche et le genou le plus souvent, suivis de l'épaule.
Le présent chapitre porte sur les soins hospitaliers, c.-à-d. les hospitalisations (médicales et chirurgicales) et les chirurgies d'un jour, prodigués aux résidants canadiens de 15 ans et plus souffrant d'arthrite. Il présente égale- ment des données sur les arthroplasties totales, c.-à-d. les chirurgies de remplacement total des articulations. L'information concernant les temps d'attente, les réadmissions et les complications liés aux arthroplasties totales n'est pas incluse dans ce chapitre, mais elle a été publiée par l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)6 7 . Les données du présent chapitre proviennent de plusieurs bases de données nationales administrées par l'ICIS pour les exercices de 2001-2002 à 2005-2006.
Les hospitalisations auxquelles un code de diagnostic de l'arthrite a été associé sont réparties dans les cinq catégories suivantes :
À des fins de comparaison, des données d'hospitalisations sont également présentées pour des diagnostics autres que l'arthrite.
« Si, à l'âge de 24 ans, je n'avais pas été hospitalisée, j'aurais sûrement fini en fauteuil roulant. Le corps médical a été capable de traiter plusieurs articulations en même temps. Mes épaules, mes mains, mes genoux et mes coudes me faisaient atrocement souffrir. Mais si la situation s'était produite aujourd'hui, on m'aurait demandé de choisir l'articulation à traiter, car les chirurgiens n'ont plus le droit que d'en opérer une à la fois. Quelle articulation choisiriez-vous de sauver ? »
— Personne atteinte de polyarthrite rhumatoïde
En 2005-2006, il y a eu 2,2 millions d'hospitalisations de personnes de 15 ans et plus au Canada, soit 1,5 million pour des soins médicaux et 721 000 pour des chirurgies. L'arthrite était associée à plus de 5,9 % (129 205) des hospitalisations totales, mais davantage encore à celles de nature chirurgicale, soit 12,7 % (91 556). Les hospitalisations médicales incluaient 37 649 (2,6 %) motivées principalement par un diagnostic d'arthrite. Parmi toutes les hospitalisations, les hospitalisations chirurgicales (71 %) étaient plus communes que celles de nature médicale. Le contraire a été observé pour les affections non arthritiques : les hospitalisations chirurgicales étaient moins communes (elles représentent 32 % du total des hospitalisations pour des diagnostics autres que l'arthrite).
Le nombre d'hospitalisations pour des affections arthritiques est demeuré relativement stable entre 2001-2002 et 2004-2005. Il a connu une légère hausse en 2005-2006, alors que le nombre d'hospitalisations pour des motifs autres que l'arthrite est resté relativement stable (figure 9-1). Le taux d'hospitalisations liées à l'arthrite normalisé selon l'âge et le sexe a diminué entre 2001-2002 et 2004- 2005, puis il a augmenté légèrement entre 2004 -2005 et 2005-2006; le taux d'hospitalisations pour des motifs autres que l'arthrite a diminué durant cette période.
Le nombre d'hospitalisations peut demeurer stable alors que les taux baissent, car les populations comparées (personnes arthritiques et non arthritiques) ont des répartitions par âge et par sexe différentes. Les taux calculés ont été normalisés (ajustés) pour déterminer si ces différences subsistaient.
Entre 2001-2002 et 2005-2006, les taux normalisés selon l'âge d'hospitalisations médicales et pour chirurgies d'un jour en raison d'arthrite ont diminué (figure 9-2).
Les taux d'hospitalisations chirurgicales pour cause d'arthrite ont augmenté pendant la même période. Leur croissance, surtout en 2005-2006, pourrait être la conséquence de mesures visant à réduire les temps d'attente pour des interventions prioritaires telles que les arthroplasties de la hanche ou du genou2 3 4 .
Entre 2001-2002 et 2005-2006, le nombre d'hospitalisations chirurgicales pour tous les types d'arthrite est demeuré stable, sauf en ce qui concerne l'arthrose, dont le taux a augmenté, particulièrement entre 2004-2005 et 2005-2006 (figure 9-3). Tel qu'il a été avancé plus haut, la croissance du nombre d'hospitalisations chirurgicales pour cause d'arthrose est probablement attribuable à plusieurs mesures prises à la fin de 2004-2005 afin de réduire les temps d'attente des arthroplasties totales de la hanche et du genou effectuées dans le cadre de traitements de l'arthrose.
Les chirurgies d'un jour, le plus souvent des chirurgies arthroscopiques, étaient plus courantes chez les personnes atteintes d'« autres types d'arthrite » et probablement liées à des traumatismes articulaires (p. ex. des lésions articulaires du genou), des affections des tissus mous et l'arthrose (figure 9-3)8 . Les taux de chirurgies d'un jour ont diminué entre 2001-2002 et 2003-2004 pour la plupart des groupes de diagnostics, puis se sont stabilisés.
Parmi les cinq types d'arthrite, les taux d'hospitalisations médicales étaient plus élevés pour les affections des tissus mous les plus communes (p. ex. la synovite et la bursite), l'arthrite inflammatoire et les « autres types d'arthrite » (p. ex. les lésions intra- articulaires) que pour l'arthrose ou les maladies du tissu conjonctif généralisées (p. ex. le lupus) (figure 9-3). Les taux d'hospitalisations médicales ont baissé après 2001-2002, sauf dans la catégorie des maladies des tissus mous, qui a connu une légère hausse en 2005-2006.
Globalement, l'arthrose était à l'origine de la majorité des hospitalisations liées à l'arthrite, et surtout les hospitalisations chirurgicales. La fréquence de l'arthrose étant élevée, les arthroplasties du genou et de la hanche étaient également fréquentes; elles comptaient pour plus de 60 % des hospitalisations chirurgicales associées à l'arthrite. Des fréquences similaires ont été observées aux États-Unis2 9 . Les types d'arthrite inflammatoires représentaient environ le quart de l'ensemble des hospitalisations médicales liées à l'arthrite, probablement à cause des complications reliées à ces maladies.
Le taux d'hospitalisations médicales a augmenté avec l'âge et était plus du double dans le groupe des 75 ans et plus comparativement à celui des 65 à 74 ans (figure 9-4). Le taux d'hospitalisations chirurgicales a quant à lui augmenté jusqu'à l'âge de 65 à 74 ans, puis il a diminué chez les hommes comme chez les femmes. Le taux de chirurgies d'un jour a atteint un sommet chez les personnes âgées entre 55 et 64 ans des deux sexes, puis il a décliné. Ces observations pourraient s'expliquer par le fait que d'autres méthodes de prise en charge de la maladie sont utilisées dans le groupe d'âge le plus avancé, compte tenu du risque accru de complications opératoires.
Le taux d'hospitalisations chirurgicales était supérieur au taux d'hospitalisations médicales chez les hommes et les femmes de tous les groupes d'âge (figure 9-4). En général, les taux d'hospitalisations étaient légèrement plus élevés chez les femmes que chez les hommes, à l'exception des chirurgies d'un jour. Pour ces dernières, les jeunes hommes (âgés de 15 à 44 ans) ont connu des taux de chirurgies d'un jour plus élevés que les jeunes femmes. Cela pourrait être attribuable à la fréquence supérieure de traumatismes articulaires chez les jeunes hommes.
Parmi toutes les hospitalisations liées à l'arthrite, la plus forte proportion a été attribuée à l'arthrose chez les hommes et les femmes de tous les groupes d'âge, sauf chez les 15 à 44 ans (figure 9-5). Par contre, la proportion attribuée aux affections des tissus mous ou aux « autres types d'arthrite » était supérieure chez les hommes et les femmes de moins de 45 ans.
En 2005-2006, 59 200 arthroplasties ont été effectuées au Canada pour traiter l'arthrite. La presque totalité de ces interventions (57 300) concernait la hanche ou le genou (figure 9-6). Chaque année, entre 2001-2002 et 2005-2006, le nombre d'arthroplasties du genou a dépassé le nombre d'arthroplasties de la hanche, et l'écart s'est creusé avec le temps (figure 9-6). Le nombre d'arthroplasties du genou et de la hanche a crû de 59 % et de 47 %, respectivement. Après ajustement effectué pour le groupe d'âge le plus avancé ayant subi une arthroplastie de la hanche et pour tenir compte du vieillissement de la population pendant la période, la croissance du nombre d'arthroplasties du genou était toujours 1,3 fois plus élevée que celles de la hanche. Les croissances observées pourraient s'expliquer par les investissements dans les « garanties de délai d'attente pour les patients » visant à réduire les temps d'attente pour les arthroplasties de la hanche et du genou combinés à la hausse du nombre de personnes atteintes d'arthrite.
Le nombre d'arthroplasties a augmenté dans tous les groupes d'âge entre 2001-2002 et 2005-2006 (figure 9-7). Cette augmentation souligne le fait que de plus en plus de Canadiens et de Canadiennes subissent de telles interventions, y compris dans les jeunes groupes d'âges. Une augmentation similaire a été récemment signalée aux États-Unis10 . Ces augmentations pourraient ajouter une pression supplémentaire sur le système de santé, car les jeunes personnes subiront probablement une reprise chirurgicale (c.-à-d. une intervention de remplacement d'une composante artificielle vieille ou usée de la hanche ou du genou) ultérieurement.
Le taux d'arthroplastie de la hanche a augmenté avec l'âge au Canada en 2005-2006 et a atteint un sommet entre 65 et 74 ans chez les deux sexes (figure 9-8). Le taux d'arthroplastie du genou a aussi augmenté avec l'âge en 2005-2006; il a atteint un sommet entre 65 et 74 ans chez les femmes et après 75 ans chez les hommes (figure 9-9). La majorité des opérations effectuées l'ont été pour traiter l'arthrose. Selon le Registre canadien des remplacements articulaires (RCRA), l'arthrose est à l'origine de plus de 83 % des arthroplasties de la hanche et de plus de 93 % des arthroplasties du genou au Canada en 2005-20066 . Les adultes de 65 ans et plus ont connu le plus grand nombre d'arthroplasties, ce qui témoigne du vieillissement de la population.
L'obésité est un facteur important dans l'apparition de l'arthrose, particulièrement de l'arthrose du genou et chez les personnes obèses au début de l'âge adulte3 11 12 13 14 . L'obésité est également associée au besoin d'une arthroplastie totale de la hanche et d'une arthroplastie totale du genou14 .
Le RCRA contient des renseignements recueillis par les chirurgiens sur le poids et la taille des personnes subissant une arthroplastie de la hanche ou du genou. Les données utilisées dans ce qui suit proviennent du rapport de 2007 du RCRA6 .
En 2005-2006, 74 % des personnes ayant subi une arthroplastie de la hanche et 87 % des personnes ayant subi une arthroplastie du genou présentaient un excès de poids ou étaient obèses (figure 9-10).
Étant donné la croissance de l'obésité dans la population canadienne au cours des dernières décennies, le nombre de personnes qui présentent un excès de poids ou qui sont obèses et qui ont besoin d'une arthroplastie totale devrait continuer à augmenter15 . Les programmes de promotion de la santé visant à réduire l'excès de poids sont essentiels pour contrer cette tendance.
Figure 9-10 - Équivalent texte
Davantage d'hommes que de femmes ayant subi une arthroplastie de la hanche ou du genou présentaient un excès de poids ou étaient obèses (85 % et 80 %, respectivement). La proportion de personnes obèses chez les opérés du genou était supérieure à celle chez les opérés de la hanche, chez les hommes et les femmes de tous les groupes d'âge (figures 9-11 et 9-12).
Une forte proportion de personnes obèses ayant subi une arthroplastie du genou ou de la hanche étaient en âge de travailler, c.-à-d. qu'ils avaient moins de 65 ans (66 % et 44 %, respectivement). Ces interventions sont survenues plus tôt chez les personnes qui présentaient un excès de poids ou qui étaient obèses que chez les personnes qui avaient un poids normal ou insuffisant. Ces observations indiquent que l'obésité est un facteur qui contribue à accélérer la nécessité d'une arthroplastie.
Figure 9-11 - Équivalent texte
Figure 9-12 - Équivalent texte
Les taux d'arthroplastie de la hanche et d'arthroplastie du genou ont considérablement varié d'une province à l'autre entre 2001-2002 et 2005-2006 (tableau 9-1). Les taux les moins élevés ont été observés au Québec et à Terre-Neuve-et-Labrador. Ces taux ont augmenté dans toutes les provinces, à l'exception des territoires, pendant la période.
| Province | Arthroplastie de la hanche | Arthroplastie du genou | Autres arthroplasties | |||
|---|---|---|---|---|---|---|
| 2001-2002 | 2005-2006 | 2001-2002 | 2005-2006 | 2001-2002 | 2005-2006 | |
| Source : Arthritis Community Research and Evaluation Unit, à partir des données de la Base de données sur la morbidité hospitalière de l'ICIS. - = Données non présentées en raison de nombres trop petits. |
||||||
| Colombie-Britannique | 55,6 | 82,4 | 70,0 | 112,4 | 4,9 | 6,8 |
| Alberta | 74,7 | 94,7 | 107,3 | 146,0 | 8,1 | 10,0 |
| Saskatchewan | 67,0 | 93,2 | 97,0 | 132,0 | 6,5 | 11,3 |
| Manitoba | 61,2 | 88,3 | 108,7 | 143,4 | 7,9 | 5,9 |
| Ontario | 66,4 | 85,9 | 107,4 | 151,2 | 6,8 | 8,6 |
| Québec | 34,8 | 45,7 | 49,3 | 76,8 | 1,7 | 2,3 |
| Nouveau-Brunswick | 54,1 | 66,5 | 91,6 | 119,2 | 8,8 | 6,9 |
| Nouvelle-Écosse | 52,2 | 76,7 | 91,4 | 117,8 | 9,5 | 8,4 |
| Île-du-Prince-Édouard | 68,4 | 85,6 | 84,7 | 148,2 | 4,4 | 4,5 |
| Terre-Neuve-et-Labrador | 34,3 | 55,3 | 53,1 | 96,1 | 5,4 | 3,1 |
| Territoires | 67,1 | 56,7 | 173,3 | 123,1 | - | - |
| Canada | 56,2 | 75,0 | 85,5 | 122,9 | 5,5 | 6,7 |
Tableau 9-1 - Équivalent texte
La durée moyenne de séjour pour les arthroplasties était légèrement plus longue dans le cas de la hanche que dans celui du genou. Dans le cas de la hanche, en 2005-2006, elle était plus longue chez les femmes que chez les hommes; aucune différence entre les sexes n'a été observée dans le cas du genou (figure 9-13). Entre 2000-2001 et 2005-2006, cette durée a diminué, passant de 10 à 8 jours pour les arthroplasties de la hanche et de 8 à 6 jours pour les arthroplasties du genou (figure 9-14). Ces observations pourraient refléter partiellement l'inclusion des chirurgies à la suite d'une fracture de la hanche effectuées d'urgence (environ 5 % de toutes les arthroplasties totales de la hanche) dans l'analyse6 .
Figure 9-13 - Équivalent texte
Figure 9-14 - Équivalent texte
1 Hootman JM, Helmick CG, Schappert SM. Magnitude and characteristics of arthritis and other rheumatic conditions on ambulatory medical care visits, United States, 1997. Arthritis Rheum 2002; 47(6):571–81.
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