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Résumé

Les récents débats publics et politiques sur la santé mentale et la maladie mentale découlent en grande partie des travaux du Comité sénatorial permanent des affaires sociales, de la science et de la technologie, qui a publié au printemps dernier son rapport De l'ombre à la lumière 1.
Les travaux du Comité sénatorial ont permis d'examiner, dans un contexte national, diverses perspectives, interprétations et opinions concernant la santé mentale et la maladie mentale. Le rapport découlant de ces travaux, connu sous le nom de Rapport Kirby, met en lumière la nécessité d'élaborer une approche conséquente et coordonnée pour le système de soins de santé mentale au Canada, ainsi que des mesures pour régler les problèmes sous-jacents de stigmatisation, de manque de cohésion et d'intégralité.

Le Rapport souligne la pertinence de créer un système de soins de santé mentale fondé sur le bien-être et un modèle axé sur la guérison dont les valeurs recommandées sont le choix, la collectivité et l'intégration. La reconnaissance de l'importance majeure des déterminants sociaux de la santé pour la compréhension de la situation de la santé mentale et de la maladie mentale ainsi que pour l'appui aux efforts de guérison sous-tend cette approche.

Dans le cadre de ses travaux permanents dans ce domaine, le Bureau régional de l'Atlantique de l'Agence de la santé publique du Canada a commandé la rédaction du présent rapport, afin de définir une orientation pour assurer une meilleure cohésion des futurs efforts de l'Agence en matière de santé mentale et d'intégration socioéconomique.

Le processus de recherche englobait l'étude de la documentation disponible couvrant les perspectives régionales, provinciales, nationales et internationales, un examen et une analyse épidémiologiques, ainsi que des entrevues avec des informateurs clés et une analyse de la situation.

Principales Constatations de L'étude de la Documentation

Les études menées sur la région de l'Atlantique ont permis de cerner les principaux problèmes touchant la santé mentale et les populations à risque. Parmi ces problèmes, on retrouve le stress en milieu de travail, le stress découlant de l'insécurité alimentaire et de la pauvreté, l'isolement et l'exclusion sociale, la dépression, la violence et les conditions environnementales néfastes, notamment liées au logement et à l'isolement géographique. Les Autochtones, les jeunes, les personnes âgées et les soignants sont les principaux groupes à risque.

Selon les recherches, les obstacles structurels et le manque de services dans la région de l'Atlantique contribuent au déclin des réseaux de soutien social qui favorisent une bonne santé mentale. L'étude de la documentation a révélé que la pauvreté, le chômage, l'exode de la population et l'isolement sont des facteurs dont il faut tenir compte pour comprendre les problèmes de santé mentale et de maladie mentale dans la région. On note en particulier des facteurs de stress, comme les conditions de travail et les pressions exercées au travail, l'insécurité alimentaire, la pauvreté, la violence, l'isolement et l'exclusion sociale, le manque d'attention à la diversité culturelle et le racisme, ainsi que la piètre qualité du logement.

La dépression, l'anxiété et le syndrome de stress post-traumatique constituent des problèmes de santé mentale particuliers pour les Canadiens de la région de l'Atlantique. Les populations qui ont besoin de services ciblés et de mesures d'intervention sont les suivantes : les Autochtones, les enfants, les jeunes, les personnes âgées, les soignants, les immigrants, les femmes, les personnes faiblement scolarisées, les membres des Forces canadiennes (en service et réservistes) et les résidants des régions rurales. Au Nouveau-Brunswick et au Labrador, la prévention du suicide s'avère une priorité.

L'étude de la documentation a également révélé des iniquités persistantes en matière d'accès aux services, de manque de cohésion et de coordination dans la prestation des services et l'insuffisance des réseaux de soutien communautaires.

Enfin, l'étude de la documentation a permis de cerner de nouveaux problèmes :

  1. Pour les personnes qui souffrent de troubles mentaux, il n'y a pas de planification faite pour tenir compte de leurs besoins; cela est notamment le cas pour les personnes âgées ayant reçu un diagnostic de maladie mentale;
  2. En raison du nombre disproportionné de membres des Forces canadiennes provenant de la région de l'Atlantique, le syndrome de stress post-traumatique constitue un risque réel, surtout à la lumière du récent déploiement en Afghanistan;
  3. La hausse du nombre de personnes souffrant de troubles concomitants liés à une maladie mentale et à une dépendance, et la complexité croissante des cas entraînent des problèmes majeurs.

Principales Constatations de L'examen Épidémiologique

Selon une analyse2 des données de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (santé mentale et bien-être), il n'existe pas à l'heure actuelle de différences significatives entre les taux de troubles mentaux enregistrés dans la région de l'Atlantique par rapport à ceux de l'ensemble du Canada. Des chercheurs avaient auparavant constaté que la région de l'Atlantique ne présente pas un profil de santé homogène3. On note cependant dans la région des tendances montrant un lien entre la santé mentale et la santé physique ainsi que l'influence de facteurs comme l'emploi, la scolarité, la culture, le sexe et la géographie.

Constatations Clés des Principaux Informateurs

Les 39 informateurs des quatre provinces de l'Atlantique ont soulevé une foule de sujets, certains concernant leur province et d'autres l'ensemble de la région. Le vieillissement de la population est le problème le plus souvent mentionné. Terre-Neuve-et-Labrador et la Nouvelle-Écosse ont enregistré davantage de décès que de naissances en 2006. D'autres problèmes majeurs notés par les informateurs :

  • Faire face à la stigmatisation;
  • Traiter les personnes souffrant de troubles concomitants;
  • Tenir compte de l'augmentation des cas de stress, d'épuisement professionnel, d'anxiété et de dépression dans la population, problèmes souvent liés à la vie au travail, mais également au stress engendré par une réinstallation;
  • Prévoir les répercussions sur les gens d'un déploiement en Afghanistan et le risque d'augmentation de cas de syndrome de stress post-traumatique, de toxicomanie et de dépression;
  • Traiter un nombre croissant de patients souffrant de plusieurs problèmes et vivant dans une situation plus difficile, notamment en raison de la pauvreté, du manque de logement abordable, de problèmes sociaux et de santé mentale et physique;
  • Travailler avec des ressources limitées et une demande accrue d'autres services, comme le dépistage du cancer du sein et les soins connexes, les temps d'attente pour des traitements et des interventions à l'hôpital, la couverture des médicaments onéreux et les interventions dans les cas d'autisme;
  • Élaborer des méthodes et des approches différentes de la prestation de services, par le biais de la télépsychiatrie, des soins de santé primaires et des services communautaires;
  • Composer avec la médicalisation accrue et la perte des habiletés d'adaptation;
  • S'adapter à l'évolution de l'utilisation des drogues, notamment des drogues illicites (p. ex. passage de la marijuana à la méthamphétamine) ou l'utilisation abusive et l'abus de médicaments sur ordonnance, comme l'OxyContin et le Percocet;
  • Relever le défi du recrutement et du maintien en poste d'une masse critique de personnel compétent en services de santé mentale;
  • Définir les compétences requises et les normes de soins.

Les principaux informateurs ont également décrit les lacunes en matière de financement, d'accès et de connaissances du secteur de la santé mentale. La majorité des informateurs estiment qu'un financement supplémentaire est nécessaire pour assurer la prestation des services communautaires et de soutien à domicile, un soutien du revenu additionnel, en particulier pour les jeunes, une meilleure couverture des médicaments et l'infrastructure (logement, personnel, formation, perfectionnement professionnel et élaboration de politiques).

En ce qui concerne l'accès aux services, il faut répondre aux besoins des régions rurales et éloignées, trouver de nouveaux modes de prestation des services, comme le télécounseling et la télépsychiatrie. Il faut également supprimer les obstacles que posent les services et le matériel qui ne tiennent pas compte de la diversité des collectivités linguistiques, culturelles et immigrantes de la région de l'Atlantique.

Les problèmes de connaissances concernent l'information et la compréhension. Les principaux informateurs constatent qu'il y a un manque de connaissances sur la santé des Afro-Canadiennes, les enjeux liés aux immigrants et à la santé mentale, la prise de décisions fondée sur les faits, la santé mentale des personnes âgées et la maladie mentale dans ce groupe, les méthodes de traitement pour les jeunes, ainsi que le perfectionnement des compétences et l'établissement de normes dans le domaine des services de santé mentale.

Les problèmes liés au manque de compréhension touchent la stigmatisation et les approches fondées sur les droits, l'intégration des approches philosophiques sur les dépendances et la santé mentale, et le recours à l'analyse comparative entre les sexes pour étudier les questions de santé mentale et de maladie mentale.

La collaboration accrue s'avère la principale amélioration suggérée par les informateurs afin de mettre fin au « fonctionnement cloisonné », qui éloigne les services de santé mentale de ceux sur les dépendances. Il faut également favoriser un meilleur échange d'information entre ces services et les autres programmes de santé et de services sociaux.

De nombreux informateurs ont affirmé qu'une meilleure coordination était essentielle, afin de partager l'information et d'assurer une plus grande efficacité de la prestation des services, notamment la réduction des temps d'attente. Fait à noter, les organismes sans but lucratif actifs dans le secteur de la santé mentale œuvrent aussi à la mise sur pied de réseaux de collaboration.

D'autres possibilités d'action ont été suggérées, y compris la reconnaissance du recours à des approches axées sur la santé de la population pour assurer la planification et la prestation des services de santé et l'élaboration de stratégies provinciales sur la santé mentale et les dépendances. Il serait également profitable de faire la promotion des questions de santé mentale et de maladie mentale au Canada dans la foulée de la publication du Rapport Kirby et de leur importance dans le programme d'action national, et de mettre l'accent sur l'immigration dans la région de l'Atlantique.

En termes généraux, les principaux informateurs ont également défini des priorités liées à la prestation des services, à l'accès et aux connaissances.

Les problèmes liés à la prestation concernent l'appui aux fournisseurs de services de santé mentale, l'établissement de normes fondées sur les compétences pour les soins de santé mentale, l'adoption de modes différents de prestation des services en général et de services de psychiatrie légale en particulier, le traitement des troubles concomitants et le renforcement des liens entre la santé mentale et les dépendances.

En matière d'accès, les problèmes portent sur l'amélioration de l'accès aux services de santé mentale par les collectivités, l'atténuation des iniquités en matière d'accès à ces services et l'accroissement de l'attention accordée aux problèmes de santé mentale; la priorité donnée à l'intervention précoce et à la promotion d'une bonne santé mentale; la prestation de services améliorés aux populations rurales actuellement négligées; la création de coalitions locales et provinciales pour sensibiliser le gouvernement; l'établissement de partenariats entre les systèmes; les échanges entre professionnels sur la situation vécue par les patients et l'amélioration de l'accès aux services spécialisés.

Les problèmes de connaissances portent sur le perfectionnement des compétences spécialisées; la description des pratiques exemplaires, le partage des connaissances, des compétences spécialisées et des pratiques exemplaires en santé mentale; la résolution des problèmes en capacités de recherche; la communication efficace de l'information sur la santé mentale et la maladie mentale; et la nécessité de donner la priorité aux jeunes, aux personnes âgées, aux immigrants, aux Afro-Canadiens et aux Autochtones.

Mesures À Prendre

Les problèmes de santé mentale décrits dans la présente analyse de la situation sont variés et traduisent les préoccupations et les perspectives des quatre provinces de l'Atlantique. Certains problèmes, comme le suicide dans les collectivités autochtones et le désengagement et la colère dans les collectivités afro-canadiennes, sont propres à une zone géographique ou à un groupe précis. D'autres problèmes sont de portée plus générale.

Cela fait longtemps que les décideurs se préoccupent de l'exode de la population, de la baisse du taux de natalité et du vieillissement rapide de la population. Il existe cependant trois autres sujets majeurs à examiner prochainement qui touchent la santé mentale et la maladie mentale, c'est-à-dire :

  • les répercussions à long terme du retour dans la région du personnel des Forces canadiennes déployé à l'étranger;
  • la baisse progressive des capacités en ressources humaines parmi les fournisseurs de soins de santé mentale;
  • l'accroissement du nombre d'immigrants, et la diversité des besoins et des problèmes de cette population.

Bien que la prestation des services de santé incombe à chaque province et est assurée par chacune d'entre elles selon ses besoins et ses ressources, les informateurs ont clairement affirmé qu'une plus grande collaboration et aide commune sont nécessaires, voire essentielles, afin de répondre adéquatement aux besoins en santé mentale des Canadiens de la région de l'Atlantique. Bon nombre d'informateurs ont souligné les bienfaits de la collaboration afin de trouver des solutions créatives lorsque les ressources disponibles sont limitées.

L'analyse du contexte donne un aperçu de l'état actuel de la santé mentale au Canada atlantique. Elle soutient et approfondit les connaissances et les analyses découlant des recherches antérieures et désigne certains secteurs où d'autres mesures sont nécessaires. Les éléments probants recueillis dans la documentation consultée confirment les priorités énoncées par les principaux informateurs et l'examen épidémiologique. Les recommandations s'inscrivent dans le mandat de l'Agence de la santé publique du Canada et de son Bureau régional de l'Atlantique, soit renforcer les capacités, approfondir les connaissances et encourager la collaboration. Nous recommandons que le Bureau régional de l'Atlantique procède à la mise en œuvre des mesures suivantes :

  1. Appuyer la recherche ou les projets fondés sur des modèles de prestation de services de santé mentale communautaires qui tiennent compte des principes de la santé de la population, des pratiques exemplaires et de la prise de décisions fondée sur les faits;
  2. Appuyer la création de matériel pertinent pour la promotion de la santé mentale qui tienne compte des besoins particuliers des femmes, des collectivités culturelles et linguistiques. Cela comprend la promotion du français comme langue de travail;
  3. Examiner les programmes actuels ou nouveaux de promotion de la santé mentale, ainsi que de prévention et de guérison afin d'offrir des services adaptables et d'être à l'écoute des problèmes et des points de vue des jeunes, des personnes âgées, des immigrants, des Afro-Canadiens, des Autochtones et des femmes;
  4. Faciliter la création de réseaux d'échanges d'information et de connaissances concernant les pratiques exemplaires actuelles et nouvelles, et les modèles fondés sur des preuves pour la prestation de services de santé mentale dans la région de l'Atlantique.

Dans le cadre de nos recherches, nous avons constaté que les Canadiens de l'Atlantique s'intéressent grandement aux questions de santé mentale et de maladie mentale. Qu'ils soient décideurs, fournisseurs de services, familles ou consommateurs, les résidants de la région croient qu'il faut faire davantage pour aider les personnes souffrant de maladie mentale ou de problèmes de santé mentale, car ces problèmes affectent les particuliers, les familles et les collectivités. Malgré le manque de ressources, le contexte économique difficile et la grande diversité des expériences et des besoins, l'espoir, la créativité et l'engagement sont palpables. Pour la région, les nouveaux défis à relever consisteront à trouver un équilibre entre les priorités, le respect de la différence et la gestion des demandes conflictuelles, afin de faire en sorte que tous les Canadiens de la région de l'Atlantique puissent bénéficier d'une bonne santé mentale.

 

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