9 décembre 2009
Ces lignes directrices sont produites par l'Agence de la santé publique du Canada en collaboration avec le Groupe de travail sur les collectivités éloignées et isolées (voir annexe B) du Comité consultatif spécial sur le virus H1N1 en réaction à la pandémie de grippe (H1N1) de 2009.
Les présentes lignes directrices sont fondées sur les données dont nous disposons actuellement sur cette maladie émergente et elles pourront être modifiées à mesure que nous obtiendrons de nouveaux renseignements.
L'Agence de la santé publique du Canada affiche des mises à jour fréquentes et des documents pertinents sur son site Web, à l'adresse www.phac-aspc.gc.ca.
Les Lignes directrices à l'intention des collectivités éloignées et isolées (ÉI) dans le contexte d'une éclosion de grippe pandémique (H1N1) visent à cerner les enjeux propres aux collectivités éloignées et isolées en ce qui concerne la planification et les mesures liées à la santé publique et la prestation des services de santé pendant une pandémie. En réponse à ces enjeux, on a entrepris d'élaborer des lignes directrices et des stratégies à des fins de planification et d'intervention face à la pandémie de grippe (H1N1) 2009. Ce document peut être utilisé par les planificateurs de la santé communautaire, les services de santé publique, les autorités sanitaires régionales, les provinces et les territoires ainsi que les fournisseurs de soins de santé des collectivités éloignées et isolées.
La grippe pandémique (H1N1) 2009 s'est rapidement propagée à l'échelle mondiale depuis le printemps 2009. Le virus se transmet principalement par contamination interhumaine dans la collectivité, par le biais des gouttelettes provenant de la toux ou des éternuements ou par le contact direct ou indirect des mains avec des surfaces. Les données actuelles portent à croire que la période d'incubation du virus H1N1 est en moyenne de 4 jours. Une personne infectée non traitée peut être contagieuse 1 jour avant l'apparition des symptômes et jusqu'à 7 jours après. L'excrétion du virus peut durer plus longtemps chez les personnes gravement atteintes ou immunodéficientes ainsi que chez les enfants (jusqu'à 10 jours chez les enfants et jusqu'à des semaines à des mois chez les personnes immunodéficientes)i.Cela dit, la plupart des cas de grippe pandémique (H1N1) 2009 ont été relativement légers. Cependant, les membres des collectivités éloignées et isolées au Canada peuvent être confrontés à des enjeux liés à l'accès rapide à des soins médicaux et sont plus gravement atteints que la moyenneii,iii.
L'état de santé global des Canadiens vivant dans des collectivités éloignées et isolées peut être influencé par des facteurs sociaux, environnementaux et économiques, notamment le logement, l'approvisionnement en eau, la sécurité alimentaire, les affections préexistantes, le niveau de scolarité et le revenu. Il est important de tenir compte de ces facteurs, ainsi que de l'accès limité aux soins médicaux en raison des particularités géographiques, dans la planification et la mise en œuvre des mesures déployées pour lutter contre la pandémie de grippe (H1N1) 2009 dans les collectivités éloignées et isolées.
Les collectivités éloignées et isolées sont confrontées à de nombreux enjeux liés à la planification en cas de pandémie. Le présent document traitera des sujets suivants, en soulignant les enjeux propres aux collectivités et en proposant des stratégies pour leur faire face.
Les conséquences du virus de la grippe pandémique (H1N1) 2009 sont plus importantes chez les femmes enceintes ou qui allaitent et les femmes en post‑partum, ainsi que chez les enfants de moins de 5 ans (en particulier ceux de moins de 2 ans) et les personnes atteintes d'affections sous-jacentes, que chez les autres Canadiens. Ces groupes présentent un risque accru de complications et d'hospitalisation liées à la grippe. Par conséquent, il serait utile que les planificateurs et les fournisseurs de soins de santé peuvent prennent en considération les caractéristiques propres à ces populations dans la mise en œuvre de mesures contre la pandémie de grippe (H1N1) 2009 dans les collectivités éloignées et isolées.
Dans ce document, on tient compte du fait que les professionnels des collectivités éloignées et isolées peuvent avoir de la difficulté à obtenir de la formation continue ou spécialisée. Des efforts sont déployés pour renseigner les lecteurs à propos des sources d'information, des ressources et de la formation en ligne, là où il y a un accès internet à distance.
Une intervention coordonnée pour lutter contre la grippe pandémique sera facilitée par la collaboration de tous les paliers de gouvernement et des principaux intervenants. Le Plan canadien de lutte contre la pandémie d'influenza dans le secteur de la santé (PCLPI) décrit les rôles et les responsabilités des intervenants concernés par une urgence de santé publique. Les autorités sanitaires locales doivent également participer à la planification et aux mesures d'intervention en cas de pandémie.
Nous présentons en conclusion, un certain nombre de besoins en matière de recherche, importants pour la planification continue de l'intervention en cas de pandémie de grippe dans les collectivités éloignées et isolées.
Ce document, émis à l'intention des planificateurs de la lutte contre la pandémie de tous les paliers de gouvernement, vise à déterminer les considérations en matière de planification propres aux collectivités éloignées et isolées (ÉI) en réaction à la grippe pandémique (H1N1) 2009 (ci-après « pH1N1 »). Ces collectivités font face à des enjeux particuliers liés à la prestation de soins aux Canadiens pendant une pandémie. Ces lignes directrices traitent des aspects propres aux collectivités ÉI en ce qui concerne la planification et les mesures de santé publique et la prestation des services de santé pendant une pandémie, ainsi que la manière dont elles devront être adaptées en fonction de la progression de la pandémie.
Les termes « éloigné » et/ou « isolé » doivent être définis par les différents paliers de gouvernement en collaboration avec les intervenants et les collectivités. Le mandat du Groupe de travail sur les collectivités éloignées et isolées (GTÉI) comprend la définition utilisée pour la planification, adaptée de l'annexe B (Considérations relatives au plan de lutte contre la pandémie d'influenza pour les collectivités des Premières nations vivant dans les réserves) du Plan canadien de lutte contre la pandémie d'influenza dans le secteur de la santé (PCLPI). Elle ne doit pas avoir préséance sur la définition de « collectivité ÉI » établie à des fins de planification en cas de pandémie par le palier de gouvernement concerné. Prière de consulter le document Considérations relatives aux définitions des termes « éloigné » et « isolé » dans le contexte de la pandémie (H1N1) de 2009ivpour une analyse et des définitions possibles de « ÉI », y compris la comparaison d'un centre de soins actifs et d'un centre de service comme centre d'aiguillage.
Le mandat du Groupe de travail sur les collectivités éloignées et isolées (GTÉI) définit ainsi une collectivité ÉIv :
Éloignée : collectivité située dans une région à plus de 350 km du centre de services le plus accessible à l'année par la route.
Isolée : collectivité située dans une région desservie par des vols réguliers et de bons services téléphoniques; elle n'est toutefois pas accessible par la route à l'année. Il est possible que certains ménages de la collectivité n'aient pas de téléphone et que certains vols soient annulés ou retardés en raison des conditions météorologiques.
Comme la prestation des services de santé dans les collectivités ÉI diffère beaucoup d'une province et d'un territoire à l'autre au Canada, il est recommandé de tenir compte des présentes lignes directrices en parallèle avec les lignes directrices et les documents de planification pertinents fédéraux, provinciaux et territoriaux. Les présentes lignes directrices cadrent avec les lignes directrices présentées à l'annexe B du PCLPI, et aux autres annexes du PCLPI. Les autres références utilisées pour leur élaboration comprennent, notamment, des rapports nationaux sur la santé publique et des lignes directrices, présentés à www.combattezlagrippe.ca, et d'autres documents de consultation internationauxvi et lignes directricesvii.
Les présentes lignes directrices s'adressent aux planificateurs de la santé communautaire, aux services de santé publique, aux autorités sanitaires régionales, aux provinces et aux territoires ainsi qu'aux fournisseurs de soins de santé des collectivités ÉI. Elles visent à énoncer des principes généraux et non à remplacer les lignes directrices fédérales, provinciales, territoriales et locales concernant la planification et l'intervention en cas de pandémie ainsi que la prise en charge clinique des patients. Les stratégies présentées ne sont pas exhaustives et les personnes responsables de la mise en œuvre des stratégies peuvent varier selon le contexte. Les variations régionales en matière d'infrastructure et de ressources humaines ainsi que les principes de planification doivent être pris en compte pendant la lecture de ce document.
Le virus pH1N1 s'est rapidement propagé à l'échelle mondiale. En ce moment, le virus se transmet presque exclusivement par contamination interhumaine dans la collectivité, par le biais de gouttelettes provenant de la toux ou d'éternuements. Comme dans le cas de la grippe saisonnière, une contamination indirecte peut avoir lieu après un contact avec des surfaces ou des objets contaminés et, dans certains cas, pendant des interventions pouvant entraîner l'aréosolisation des gouttelettes (p. ex. l'intubation, la bronchoscopie, l'aspiration endotrachéale en système clos)viii.
La période d'incubation typique (délai entre l'exposition au virus et l'apparition des symptômes) de la grippe saisonnière est de 1 à 4 jours. Actuellement, les données épidémiologiques portent à croire que la période d'incubation de la pH1N1 est en moyenne de 4 jours. La période de transmissibilité (période de contagion) chez les personnes non traitées peut durer jusqu'à 7 jours après l'apparition des symptômes en l'absence de complications; elle peut être plus longue (jusqu'à 10 jours) chez les personnes gravement atteintes et chez les enfants dont les symptômes et l'excrétion du virus persistent. Cette information sera examinée par l'Agence de la santé publique du Canada et elle sera mise à jour si nécessaire.
Au Canada, la plupart des cas de la première vague de la pH1N1 ont été relativement légers. Il s'agissait généralement d'une maladie résolutive et les patients se rétablissaient rapidement. Toutefois, certaines personnes des collectivités ÉI ont souffert d'effets plus importants que le reste de la population canadienneix. Notons également, un grand nombre des membres des Premières nations, des Inuits et des Métis habitent des milieux ÉI. Par exemple, au Manitoba en date de septembre 2009, 38 % des cas confirmés étaient des personnes d'origine autochtonex, alors que la population autochtone totale de cette province correspond à environ 15,5 % de sa population.
À l'échelle mondiale, on a signalé des situations semblables à celle du Canada. En Australie, en date du 24 septembre 2009, les Autochtones représentaient 13,55 % des décès causés par la pH1N1xi, alors qu'ils ne constituent que 2 % de la population totalexii. En outre, 24 % des Australiens vivant dans des régions éloignées ou très éloignées sont des Autochtones tandis que seulement 1 % des habitants des villes importantes appartiennent à ce groupexiii.
Comme dans le cas de la grippe saisonnière, l'infection à la pH1N1 chez l'humain peut être légère ou grave, les cas les plus graves touchant les personnes jugées à risque de complications. Les personnes présentant un risque accru de complicationsxiv sont :
On considère églament que les femmes qui ont accouché récemment (depuis 6 semaines ou moins) sont plus susceptibles de souffrir de complications en cas d'infection à la grippe H1N1xv. Les personnes vivant dans des collectivités éloignées et isolées et les membres des Premières nations, les Inuits ou les Métis peuvent aussi présenter un risque accru de complications.
Au cours de la première vague de grippe pH1N1, les personnes de 55 ans et plus, en particulier celles de plus de 65 ans, étaient moins susceptibles d'être infectées que les adultes de moins de 55 ans. Par contre, lorsqu'elles sont infectées, les personnes plus âgées présentent un risque d'hospitalisation et de décès proportionnellement plus élevé.
Des éclosions de pH1N1 ont eu lieu un peu partout au Canada. En plus des particularités associées à la situation géographique, d'autres facteurs, notamment liés à la santé et à des questions d'ordre social, environnemental et économique, peuvent avoir un effet plus important sur la santé des membres d'une collectivité ÉI que sur la santé de la population en général.
L'accès au système de santé peut poser des difficultés pour les Canadiens des collectivités ÉI. Dans les Territoires du Nord-Ouest, les Autochtones (59 %) aussi bien que les membres des autres populations (76 %) déclarent de plus faibles taux de consultation d'un professionnel de la santé que les Canadiens en général (79 %)xvi.
De plus, la population autochtone du Canada est plus jeune que la population non autochtone. Près de la moitié (48 %) de la population autochtone est formée d'enfants et de jeunes de 24 ans et moins, alors que le taux correspondant dans la population non autochtone est de 31 %xvii. Cette variation démographique doit être prise en compte dans la planification, notamment en ce qui concerne la quantité et le type d'antiviraux formant les réserves des collectivités ÉI.
L'environnement social et les besoins des membres des collectivités ÉI peuvent également différer de ceux des autres Canadiens en ce qui concerne les aspects suivants :
Logement : Généralement, le taux de surpeuplement est plus élevé que dans la population canadienne en général. De plus, il arrive souvent que les logements ne répondent pas aux normes de qualité et de taille des domiciles ailleurs au Canada. Le surpeuplement augmente le risque de propagation des maladies transmissibles (dont la grippe).
Eau : L'approvisionnement en eau (quantité et qualité) est souvent inadéquat comparativement à l'approvisionnement dont jouissent les autres Canadiens. Ce problème est préoccupant, car un lavage adéquat des mains est d'une importance capitale pour la prévention et la lutte contre l'infection. Les conseils à ce propos doivent être adaptés pour ces collectivités.
Sécurité alimentaire : L'accès à des aliments nutritifs à des prix abordables est souvent plus difficile que dans d'autres collectivités canadiennes, surtout en raison des coûts élevés liés au transport des produits frais. L'insécurité alimentaire compromet l'état de santé global et la résilience des personnes touchées.
Affections préexistantes : La proportion de personnes atteintes d'une affection chronique préexistante, par exemple de MPOC ou d'asthme, est significativement plus élevée que chez les autres Canadiens, une situation qui soulève des inquiétudes car l'infection est plus grave chez les personnes atteintes d'affections chroniques.
Niveau de scolarité : La proportion de personnes ayant fait des études secondaires ou postsecondaires tend à être significativement plus faible que chez les autres Canadiens. On doit en tenir compte pendant la conception des communications publiques, des campagnes de sensibilisation, etc. (p. ex. à cause du problème de l'analphabétisme, utiliser plus de pictogrammes et d'images). La planification doit prendre en considération les taux limités d'alphabétisme afin d'assurer une communication adéquate.
Revenu : Le taux de chômage en général est considérablement plus élevé et le revenu annuel, nettement plus faible que chez les autres Canadiensxviii. Cette situation est préoccupante, car la santé (de même que la morbidité et la mortalité) suit un gradient social et économique. De plus, le revenu disponible doit être considéré pour évaluer la capacité des familles à faire des réserves de denrées et de fournitures, à avoir accès à divers modes de transport, etc.
Divers principes éthiques orientent la prise de décisions au cours d'une pandémie. Le présent document est fondé sur les mêmes principes que le PCLPI.
Il est important que les professionnels de la santé, en particulier ceux qui dispensent des soins aux Canadiens des collectivités ÉI, gardent à l'esprit les aspects ci-dessus au moment d'évaluer et de traiter les patients chez qui l'on soupçonne une infection par le virus pH1N1. Il est important que les planificateurs et les décideurs tiennent compte de ces déterminants de la santé des collectivités ÉI pendant la période interpandémique afin de se préparer à la prochaine phase de la pandémie ou aux pandémies futures.
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