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Document d'orientation relatif à la planification des services de santé dans les collectivités éloignées et isolées dans le contexte de la grippe pandémique (H1N1) de 2009

Mise à jour janvier 2010
Affiché en août 2010

Le présent document d'orientation produit à l'intention des responsables de la santé publique par l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC) vise à répondre à l'éclosion de virus de la grippe pandémique (H1N1) de 2009. Il repose sur les données scientifiques probantes courantes disponibles au sujet de la grippe pandémique (H1N1) et sur l'opinion de spécialistes en santé publique dans les domaines suivants : stratégies communautaires de lutte contre les maladies, maladies infectieuses, gestion des situations d’urgence, communications et éthique. Il peut faire l’objet d’examens et de modifications à mesure que de nouveaux renseignements sont disponibles.

Il faut lire le présent document d'orientation parallèlement aux documents d'orientation pertinents des provinces et des territoires. L'ASPC affichera des mises à jour périodiques et des documents connexes à www.phac-aspc.gc.ca.

Introduction

Le présent document a été élaboré pour donner des directives aux planificateurs des services de santé des collectivités éloignées et isolées.

Dans une collectivité éloignée et isolée, la prestation des soins de santé est habituellement assurée selon un modèle de soins primaire qui comprend les soins de santé primaires (p. ex. par une infirmière praticienne, par un médecin), les soins à domicile et les soins de santé communautaires. Ce modèle comprend également des programmes de santé publique comme la prévention des maladies transmissibles, et des programmes de santé environnementale, comme la surveillance de la salubrité de l'eau potable et de la moisissure intérieure.

Dans nombre de collectivités éloignées et isolées, les services de soins de santé sont fournis dans des postes de soins infirmiers et des centres de santé. Les soins de santé primaires sont souvent fournis par un petit effectif permanent ou par du personnel visiteur. Comme le personnel visiteur n'est pas toujours disponible ou qu'il peut être retardé en raison de facteurs extérieurs comme les conditions météorologiques, le transport ou les locaux, sa présence ne peut être garantie. Les conditions météorologiques peuvent aussi influer sur des points essentiels comme l'évaluation des patients, la livraison d'aliments et de médicaments sur ordonnance dans la collectivité et la disponibilité ou la fiabilité des télécommunications.
Le présent document vise à guider les planificateurs qui doivent organiser la prestation des services de santé dans ces situations.

Objectifs des services de santé qui planifient l’intervention

Les objectifs de la planification des services de santé en cas de pandémie d'urgence sont les suivants :

  1. assurer les principaux services de santé durant une pandémie de grippe (H1N1) 2009;
  2. soutenir les membres de la collectivité qui auraient besoin de soins à domicile pendant la pandémie de grippe (H1N1) 2009.

Coordination de la planification des services de santé

Il est essentiel que la coordination des services de santé se fasse en collaboration avec les autorités locales, régionales, provinciales ou territoriales et fédérales. Les premiers partenaires et les plus importants dans une collectivité sont ses membres. Il faut donc établir ces relations avant l'éclosion d'une pandémie.
Parmi les autres partenaires avec lesquels les planificateurs peuvent assurer une liaison, citons :

  • les services d'urgence des collectivités avoisinantes qui pourraient recevoir les patients gravement malades des collectivités éloignées et isolées;
  • les services et la technologie d’information de la télésanté, la télémédecine et/ou la cybersanté accessibles dans la région;
  • lignes d'information ou technologie de télésanté et télémédecine disponibles dans la région;
  • soins hospitaliers (y compris les soins intensifs);
  • services de soins communautaires, ou agences contractuelles qui assurent les services de soins à domicile et autres services;
  • personnel paramédical;
  • services privés de transport médical;
  • services d'évacuation sanitaires;
  • services de laboratoire, dont laboratoire de santé publique;
  • postes de soins infirmiers et centres de santé;
  • établissement de liens avec les collectivités avoisinantes, pour renforcer la communication et mettre l'information en commun.

Prestation des services de santé

Au cours d’une pandémie, dans la majorité des collectivités, la possibilité de garder les installations de santé ouvertes et fonctionnelles dépendra de la disponibilité du personnel et des fournitures. Dans les collectivités éloignées et isolées, les planificateurs pourraient avoir à envisager d'autres méthodes de prestation des soins de santé, notamment si la demande commence à épuiser les ressources courantes. Pour que les installations de santé demeurent ouvertes, il faut notamment prendre en considération la planification de personnel supplémentaire, des fournitures et d’autres locaux disponibles.

1. Contrainte : disponibilité des travailleurs de la santé

À l'heure actuelle, les ressources humaines dans le secteur de la santé sont limitées dans les collectivités éloignées et isolées. Cette situation peut se révéler complexe pendant une pandémie, lorsque l'augmentation de la demande de services ou des cas de maladie peut avoir des répercussions sur la collectivité. Il peut être difficile, voire impossible, d'affecter du personnel supplémentaire dans la collectivité au moment voulu en raison de la non-disponibilité des ressources humaines, du transport, du manque de locaux et/ou d’autres facteurs environnementaux.Cela peut influer sur la planification de la vaccination de masse, sur la capacité d'intervention en cas d'urgence ou sur le remplacement des travailleurs de la santé malades.

Stratégies à envisager

  • Inciter les collectivités éloignées et isolées à dresser leurs plans d'intervention en cas de pandémie de concert avec d'autres agences et organisations et avec la population afin de bien cerner les ressources potentielles outre les travailleurs de la santé.
  • Penser à des employés de soutien supplémentaires, comme ceux qui ne sont pas des travailleurs de la santé (p. ex. bénévoles, aînés de la communauté).
  • Déterminer dès le début de la planification quels sont les services essentiels, de même que les ensembles de compétences et/ou de connaissances requis pour pouvoir assurer ces services. Déterminer quelles personnes dans la collectivité sont en mesure de remplir ces fonctions, et la formation dont elles ont besoin. Cerner et communiquer clairement les lacunes à l'organisation supérieure en vue de la planification régionale et/ou nationale.
  • Tenir une liste centrale dans chaque collectivité pour que ceux qui planifient les ressources humaines puissent accéder facilement aux personnes-ressources et sachent quelles compétences elles possèdent.
  • Donner une formation au personnel actuel pour qu'il puisse jouer des rôles élargis (p. ex. des représentants en santé communautaire pour procéder aux évaluations de santé relatives à l'influenza – leur donner une formation de base en maintien des fonctions vitales pour pouvoir les utiliser en attendant qu'on dispose des remplaçants nécessaires).

2.  Contrainte : collectivités sans fournisseurs de soins de santé

Il existe des collectivités où l'on ne trouve aucun personnel de soins de santé, ou encore, où ce personnel n'est présent qu'à temps partiel. Il est recommandé que les collectivités éloignées et/ou isolées dressent des plans en prévision de telles situations.

Stratégies à envisager

  • Déterminer certaines tâches requises en cas de pandémie qui pourraient être attribuées à un comité de planification des services de santé, à des aînés de la communauté, à un dirigeant municipal ou autre qui pourraient combler cette lacune apparente dans les services jusqu'à ce qu'un fournisseur de services de santé soit disponible.
  • Se pencher sur la possibilité d'employer divers moyens de communication et technologies pour consulter d'autres professionnels de soins de santé.

3.  Contrainte : pénurie de fournitures

Il est possible que les collectivités éloignées et isolées ne disposent pas de suffisamment de fournitures pour gérer une importante éclosion, si le nombre de patients qui se présentent à la clinique est plus élevé que la normale. De plus, les cliniques peuvent connaître une pénurie de certaines fournitures en raison du transport plus ou moins fiable.
Stratégies à envisager
Il est recommandé que les collectivités disposent d’un plan pour maintenir un stock de fournitures cliniques pouvant durer au moins quatre semaines, y compris de l'équipement de protection personnelle et des désinfectants pour les mains à base d'alcool. Il faut souligner que ce chiffre de quatre semaines se veut une balise et que la quantité de fournitures à conserver en stock doit être évaluée en fonction des besoins de chaque collectivité.

  • Il faut mettre en place des mécanismes pour être informés de la diminution des stocks (on recommande de vérifier fréquemment les stocks). Il faut définir les seuils inférieurs et supérieurs pour savoir quand réapprovisionner, tenant compte des retards.
  • On doit dresser fréquemment l'inventaire et déterminer les quantités à conserver en stock afin de pouvoir procéder au réapprovisionnement longtemps à l'avance, en tenant compte des difficultés de transport et des retards causés par les conditions météorologiques.
  • Les fournisseurs de soins de santé doivent envisager la conclusion d'un accord d'aide mutuelle avec les autorités responsables des soins de santé dans les collectivités avoisinantes afin d'assurer la disponibilité des fournitures.

4. Contrainte : espace d'entreposage protégé insuffisant

L'espace d'entreposage protégé peut être limité dans les collectivités éloignées et isolées.

Stratégies à envisager

  • Étudier la possibilité d'utiliser d'autres installations pour entreposer des fournitures supplémentaires dans la collectivité. Les planificateurs des services de santé devront s'informer pour savoir quelles installations sont disponibles dans la collectivité et si les directeurs de ces installations accepteront de les prêter en cas d'éclosion. Il peut s'agir d'églises, de centres de loisirs et d'écoles.
  • Les aires de stockage doivent être protégées contre les dommages causés par les éléments. Elles doivent être bien rangées, propres et exemptes de risques d'incendie, d'humidité et de rongeurs. Conserver les articles dans des locaux à température contrôlée (entre 15-30 °C) avec une humidité relative de 30-50 % aidera à atteindre cet objectif. De plus, il est recommandé que les articles se trouvent à au moins 15 cm (6 pouces) du sol et à au moins 91 cm (3 pieds) de toute source de chaleur. En ce qui concerne l'entreposage des désinfectants pour les mains, il faut les tenir éloignés des sources d'incendie ou de flamme, y compris les prises de courant.
  • Afin de maintenir des conditions d'entreposage satisfaisantes, il faut inspecter à intervalles réguliers l'aire de stockage afin de détecter toute fuite, infiltration d'eau et infestation d'insectes ou de rongeurs, le chapardage et la détérioration des fournitures.
  • L'aire de stockage doit être fermée à clé. Il faut aussi prendre des mesures de sécurité pour les fenêtres, le cas échéant.

5. Contrainte : manque de sites où administrer les services de santé

En cas de pandémie, on peut avoir besoin de sites supplémentaires où tenir des cliniques de vaccination, installer des centres de traitement de la grippe ou stocker des fournitures. Cela peut se révéler difficile sur le plan opérationnel dans une collectivité éloignée et isolée en raison des locaux et ressources limités.

Stratégies à envisager

  • En planifiant la prestation des services de santé, il faut penser à ajouter des sites où les patients pourront être traités; appelés centres de traitement de la grippe, ces sites peuvent servir aux évaluations primaires, à la vaccination de masse, ou encore, au traitement avec des antiviraux.
  • Il faut évaluer les sites supplémentaires potentiels comme les écoles, les centres de loisirs et les églises pour vérifier s'ils conviennent à l'usage prévu et réfléchir aux arrangements précédents avec les membres de la collectivité qui en sont responsables.
  • Il faudrait envisager la création d'un centre d'appels comme moyen de fournir un soutien médical. Ce centre d'appel n'a pas nécessairement à être doté de fournisseurs de soins de santé. S'il est impossible d'affecter des professionnels de soins de santé à un centre d'appels pendant les heures d'ouverture, il faudrait envisager l'embauche de personnel non professionnel ayant reçu des directives très claires en matière de triage. Il est recommandé d'élaborer des directives en matière de triage s'appliquant à chaque administration ou adaptées à partir de celles d'autres administrations.
  • Dans les collectivités où l'on se prépare à des cliniques de vaccination de masse, les autorités peuvent consulter le document Cliniques de vaccination de masse dans les collectivités éloignées et isolées, disponible sur Internet à l'adresse http://www.phac-aspc.gc.ca/alert-alerte/h1n1/pdf/massvacc09-fra.pdf.1

Autres difficultés

Transport des patients

Les collectivités éloignées et isolées dépendent grandement du transport terrestre et aérien pour transporter les patients vers les hôpitaux urbains.
Stratégies à envisager

  • Il faut mettre en oeuvre des plans selon lesquels les collectivités éloignées et isolées concluent des accords avec des entreprises de transport privées ou d’autres organisations fédérales (comme le ministère de la Défense nationale) pour assurer le transport pendant la pandémie de grippe (H1N1) de 2009.
  • Dans les cas où il n’y a pas de transport, les services de télésanté ou télémédecine constituent une option viable pour assurer le soutien du personnel de soins de santé dans la collectivité et administrer les soins aux clients.

Communications

Dans les collectivités éloignées et isolées, la communication devrait être partie intégrante des services de santé essentiels; toutefois, sans planification, la communication pourrait nuire à une intervention opportune en cas de pandémie.
Stratégies à envisager

  • Il faut inciter à planifier de nouveau pour déterminer les moyens utilisés à l’heure actuelle pour obtenir les renseignements clés les plus récents au sujet de la situation. Il faudra peut-être accorder une attention particulière particulièrement attention aux camps et aux collectivités minières qui ne disposent pas toujours de processus de communication officiel.
  • Il faut utiliser une panoplie de mécanismes pour communiquer avec la population, comme les babillards communautaires, les messages d’intérêt public, la radio communautaire, les dépliants et les médias locaux.
  • Demander aux personnes qui ont besoin d’assistance en cas de pandémie de s’identifier. On peut en conserver la liste dans un endroit central et accessible de la collectivité.
  • Les plans d’intervention en cas de pandémie pourraient comprendre un système de signalisation pour permettre aux membres de la collectivité de s’identifier et de communiquer s’ils ont besoin d’assistance en cas de pandémie.

Technologie

Bien que l’accès à la technologie puisse être limité dans certaines collectivités, les diverses technologies permettent de communiquer l’information partout au Canada de manière plus rapide que les moyens de communication traditionnels, comme le service postal.
Stratégies à envisager

  • Les collectivités et les entreprises pourraient collaborer avec l’autorité provinciale en matière de santé pour créer un mécanisme qui leur permettrait de recevoir et de communiquer l’information pertinente par voie électronique :
  • vidéoconférences;
  • télésanté et télémédecine;
  • connexions Internet;
  • téléphones cellulaires;
  • baladodiffusion;
  • baladovidéo.

Considérations d’ordre éthique

Tel que décrit dans le document Plan canadien de lutte contre la pandémie d’influenza dans le secteur de la santé,2 les planificateurs des soins de santé et les cliniciens devront tenir compte de certains principes d’ordre éthique dans la planification de la lutte contre la pandémie de grippe (H1N1) de 2009.

'Pour avoir des lignes directrices sur les situations où le code d’éthique est en jeu, veuillez consulter le site Web de votre association professionnelle ou de votre Collège.

Références

1 Agence de la santé publique du Canada. Cliniques de vaccination de masse dans les collectivités éloignées et isolées, 22 octobre 2009. Sur Internet :  http://www.phac-aspc.gc.ca/alert-alerte/h1n1/pdf/massvacc09-fra.pdf.

2 Agence de la santé publique du Canada. Plan canadien de lutte contre la pandémie d’influenza dans le secteur de la santé, septembre 2009. Sur Internet :http://www.phac-aspc.gc.ca/cpip-pclcpi/index-fra.php.

Voir aussi :

Agence de la santé publique du Canada. Annexe A : Listes de contrôle aux fins de la planification. Plan canadien de lutte contre la pandémie d’influenza dans le secteur de la santé, mai 2009. Sur Internet : http://www.phac-aspc.gc.ca/cpip-pclcpi/ann-a-fra.php.

Agence de la santé publique du Canada. Annexe B- Considérations relatives au plan de lutte contre la pandémie d’influenza pour les collectivités des Premières nations vivant dans les réserves. Plan canadien de lutte contre la pandémie d’influenza dans le secteur de la santé, mai 2009. Sur Internet : http://www.phac-aspc.gc.ca/cpip-pclcpi/ann-b-fra.php.

Agence de la santé publique du Canada. Guidance for Remote and Isolated Communities in the Context of Pandemic (H1N1) 2009, décembre 2009. Extrait de http://www.phac-aspc.gc.ca/alert-alerte/h1n1/guidance_lignesdirectrices/ric-cei/index-eng.php