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Document d'orientation en matière de santé publique relatif à la prévention et à la prise en charge des cas de syndrome grippal, y compris de la grippe pandémique (H1N1) de 2009, dans les milieux de vie en communauté

Affiché: 2009-11-19

Le présent document d'orientation produit par l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC) à l'intention des responsables de la santé publique vise à répondre à l'éclosion de virus de la grippe pandémique (H1N1) de 2009. Il repose sur des données scientifiques courantes disponibles et sur l'opinion de spécialistes de la santé publique dans les domaines de la lutte contre les maladies en milieu communautaire, les maladies infectieuses, l'intervention en cas d'urgence, les communications et l'éthique, et pourra être révisé et modifié à mesure que de nouveaux renseignements deviendront disponibles.

Il faut souligner que le présent document été rédigé en fonction de la situation existant au Canada et peut donc différer quelque peu des documents de même nature publiés par les autorités d'autres pays.

Il faut lire le présent document d'orientation parallèlement aux documents d'orientation pertinents des provinces et des territoires. L'ASPC affichera des mises à jour périodiques et des documents connexes à www.phac-aspc.gc.ca.

Définition

Par milieu de vie en communauté, on entend un milieu où des personnes apparentées entre elles ou non partagent l'ensemble ou une partie des locaux d'habitation. Les milieux de vie en communauté peuvent comprendre les foyers pour sans-abri et autres types de refuges, les campements, les centres d'accueil et les maisons d'hébergement. 

La durée du séjour dans un milieu de vie en communauté peut être brève, comme dans le cas d'une maison d'hébergement ou d'un foyer pour sans-abri où l'hébergement peut être fourni pour une période aussi courte qu'une seule nuit, ou plus longue, comme dans le cas des maisons d'hébergement où l'on peut demeurer pendant plusieurs semaines. Les milieux de vie en communauté impliquent généralement des activités en commun, des repas en commun et des salles de bains communes. Les locaux destinés au sommeil peuvent être communs ou séparés.

En raison des caractéristiques propres aux collectivités éloignées et isolées, le présent document pourrait avoir besoin d'être adapté pour les camps et autres milieux de vie en communauté présents dans ces collectivités.

Contexte

Le virus de la grippe pandémique (H1N1) de 2009 s'est rapidement propagé partout dans le monde. Bien qu'on puisse normalement s'attendre à ce que l'activité grippale diminue au cours des mois d'été jusqu'au point de cesser presque entièrement, le virus de la grippe pandémique a continué à circuler en sourdine au Canada et on a assisté à sa résurgence cet automne.

Jusqu'à maintenant, les cas d'infection par le virus de cette grippe pandémique ont provoqué un syndrome grippal comparable à la grippe saisonnière.

  • La définition du syndrome grippal établie aux fins de la surveillance dans la population en général est la suivante : Apparition soudaine d'une maladie respiratoire avec fièvre et toux accompagnée d'un ou de plusieurs des symptômes suivants – mal de gorge, arthralgie, myalgie ou prostration – qui pourraient être attribuables au virus de l'influenza. Chez les enfants de moins de 5 ans, des symptômes gastro-intestinaux peuvent également se manifester. Chez les patients de moins de 5 ans ou de plus de 65 ans, il est possible que la fièvre ne soit pas très importante.

Dans le cas du virus de la grippe pandémique (H1N1) de 2009, on a observé des symptômes gastro-intestinaux dans au moins un tiers des cas, ainsi qu'une absence de fièvre dans un groupe d'âge plus large.

  • La définition du syndrome grippal à des fins de traitement ou d'isolement dans un milieu donné devrait être adaptée pour qu'elle réponde aux besoins propres à ce milieu.

On croit que le virus de la grippe pandémique (H1N1) de 2009 se propage de personne à personne de la même manière que la grippe saisonnière, soit principalement par les gouttelettes produites lors de la toux ou de l'éternuement. La transmission indirecte se fait probablement par auto-inoculation après un contact avec des surfaces ou des objets contaminés par des personnes atteintes du virus.

La période d'incubation du virus de la grippe pandémique (H1N1) de 2009 est évaluée à environ quatre jours (mais peut se situer entre un et sept jours) et la période de transmissibilité à sept jours dans les cas sans complications. La période peut être plus longue chez les enfants (jusqu'à 10 jours) et les autres personnes chez qui les symptômes et l'élimination du virus peuvent persister (c'est-à-dire les personnes immunodéficientes ou gravement malades). Comme c'est le cas avec la grippe saisonnière, la transmission du virus de la grippe pandémique (H1N1) de 2009 est plus probable au cours des premiers jours de l'infection, lorsque la personne atteinte présente les symptômes et une charge virale élevée.

Comme pour la grippe saisonnière, la gravité de la grippe pandémique (H1N1) de 2009 chez les humains peut varier de légère à aiguë, les deux tiers des patients hospitalisés jusqu'à maintenant étant des personnes qui présentent des facteurs de risque connus pour entraîner des complications en cas de grippe : maladie chronique, immunosuppression ou grossesse. Ce virus semble en outre entraîner une maladie plus grave que la grippe saisonnière chez les patients de 5 à 64 ans; toutefois, la majorité des personnes infectées par le virus de la grippe pandémique (H1N1) de 2009 n'ont pas dû être hospitalisées et se sont rétablies dans la collectivité.

Introduction

Le présent document d'orientation est destiné aux responsables de la santé publique locale, qui peuvent l'utiliser pour conseiller les exploitants d'établissements communautaires, et ainsi les aider à prévenir et à prendre en charge les cas de syndrome grippal. On recommande aux responsables de la santé publique locale de tenir compte de facteurs comme la situation locale du virus de la grippe pandémique (H1N1) de 2009 lorsqu'ils donnent des directives. 

En ce qui concerne les foyers pour sans-abri, on s'attend à ce que le virus de la grippe pandémique (H1N1) de 2009 entraîne une maladie plus grave que dans les autres milieux, puisque les sans-abri peuvent avoir un système immunitaire déficient, en raison de maladies chroniques et aiguës, ne consultent pas toujours le médecin à moins d'être très malades et vivent souvent dans des conditions de promiscuité, ce qui rend difficile l'éloignement social. Dans de tels milieux, le risque de transmission de la grippe est probablement élevé1.

Recommandations

Immunisation

L'immunisation constitue le meilleur moyen de se protéger contre l'influenza. On recommande aux responsables de la santé publique et aux exploitants d'établissements de travailler de concert pour faire en sorte que tous les résidents reçoivent le vaccin dès que possible, dans les limites du raisonnable.

Programmes d'éducation

On recommande aux exploitants d'établissements communautaires de créer des programmes de formation pour le personnel, les bénévoles et les résidents ou usagers à propos des symptômes du syndrome grippal, de la nécessité de se laver fréquemment les mains avec la technique appropriée et des pratiques recommandées pour tousser et éternuer, selon l'étiquette respiratoire. Ces programmes peuvent comprendre des affiches ou d'autres types de signalisation installés dans tout l'établissement pour inciter les gens à respecter l'hygiène des mains et l'étiquette respiratoire et à ne pas partager vaisselle et ustensiles, à moins qu'ils soient lavés entre les utilisations. Les documents de formation devraient être conçus de manière à répondre aux besoins du personnel, des résidents et des usagers et, par conséquent, il faut tenir compte du degré de littéracie des personnes visées et de leur langue.

Vous trouverez de l'information sur les symptômes, l'hygiène des mains et l'étiquette respiratoire sur le site Combattezlagrippe.ca.

Autogestion de la santé

On recommande de conseiller aux membres du personnel et aux bénévoles de rester à la maison s'ils présentent des symptômes de syndrome grippal. Les membres du personnel et les bénévoles qui présentent de tels symptômes doivent s'isoler à la maison et ne pas retourner au travail tant qu'ils ne se sentent pas mieux et ne sont pas en mesure de reprendre leurs activités normales. Si les symptômes font leur apparition au travail, les membres du personnel et les bénévoles doivent s'isoler dans une salle séparée des autres jusqu'à ce qu'ils puissent quitter l'établissement. On leur recommande de ne pas utiliser le transport en commun pour rentrer à la maison, si possible.

Surveillance et soutien des résidents et des utilisateurs des services

On recommande aux exploitants d'établissements communautaires de définir des plans et des procédures relatifs à la surveillance et au soutien des résidents et des usagers afin de dépister les symptômes de syndrome grippal et d'isoler les personnes malades. Il faut conseiller aux exploitants de consulter les responsables de la santé publique locale s'ils observent un nombre plus élevé que prévu de cas de syndrome grippal et si la maladie semble particulièrement grave.

Les résidents et les utilisateurs de services qui présentent des symptômes de syndrome grippal doivent être isolés dans les locaux où ils dorment, et être encouragés à avoir une bonne étiquette respiratoire et une bonne hygiène des mains. S'ils sont incapables de pratiquer ces bonnes habitudes, il faut leur fournir, dans la mesure du possible, un masque chirurgical qui permettra de réduire le risque de propager le virus dans le milieu de vie.

S'il s'agit de dortoirs, on recommande de regrouper, dans la mesure du possible, les résidents et les utilisateurs de service. Si possible, les lits doivent être placés à au moins deux mètres l'un de l'autre2 . On peut placer les lits tête-bêche pour garder une certaine distance entre les personnes atteintes. Si on ne dispose pas de chambres individuelles, on peut étudier la possibilité d'utiliser des barrières temporaires (p. ex. rideaux entre les lits) dans les grands dortoirs pour isoler les personnes malades.

Le nombre de membres du personnel qui prennent soin des résidents ou des usagers devrait être limité si possible. On recommande que les responsables des établissements prennent les mesures nécessaires pour soutenir les résidents ou les usagers malades en leur fournissant des boissons, de la nourriture, des papiers-mouchoirs et des poubelles.

On recommande de faire des réserves de fournitures en vue d'une éclosion de syndrome grippal. Ces réserves devraient comprendre des aliments, des boissons, des papiers-mouchoirs, des produits pour l'hygiène des mains, des linges supplémentaires et des produits de nettoyage.

Vous trouverez de plus amples renseignements sur les soins à donner aux personnes atteintes d'un syndrome grippal sur le site Comment prendre soin d'une personne infectée par le virus de l'influenza H1N1 à la maison, de l'ASPC.

Hygiène des mains et étiquette respiratoire

Se laver les mains et se couvrir le nez et la bouche lorsqu'on tousse et éternue sont des moyens importants de prévenir la transmission du virus de la grippe pandémique (H1N1).

L'étiquette respiratoire exige qu'on tousse et éternue dans son coude ou sur sa manche plutôt que dans ses mains nues si on ne dispose pas de papier-mouchoir, ou encore, de tousser et éternuer dans un mouchoir jetable, de jeter le mouchoir sans tarder et de se laver les mains immédiatement après.

Il faut fournir les moyens nécessaires pour se laver les mains, y compris un approvisionnement permanent en eau propre et en savon, et un moyen à usage unique de s'essuyer les mains (un essuie-tout par exemple). Le tout peut s'accompagner de gel désinfectant pour les mains contenant au moins 60 % d'alcool; toutefois, il faut savoir que ce produit n'est pas un moyen efficace de se laver les mains si les mains sont visiblement sales.

Pour des raisons de sûreté, dans certains établissements de vie en communauté comme les foyers pour sans-abri et les centres d'accueil, on conseille d'offrir les désinfectants pour les mains à base d'alcool par l'entremise des membres du personnel ou au moyen de distributeurs protégés. La fiche technique et l'étiquette de chaque produit fournissent des renseignements additionnels relatifs à l'emplacement et à l'entreposage de ces produits désinfectants, ainsi que des mises en garde s'appliquant à ces produits.

On recommande d'assurer un approvisionnement de papiers-mouchoirs et de poubelles dans tout l'établissement. Il faut vider fréquemment les poubelles dans les conteneurs à déchets réguliers.

Désinfection préventive

On recommande aux exploitants d'établissements de vie en communauté de donner régulièrement une formation aux membres du personnel et aux bénévoles sur les procédures de désinfection à employer, les produits à utiliser et l'hygiène des mains. En plus du nettoyage routinier et des pratiques d'hygiène, on recommande de nettoyer plus fréquemment les aires communes et les surfaces à contact fréquent, comme les poignées de porte, les mains-courantes et les robinets. En général, il n'est pas nécessaire d'employer de produit désinfectant particulier, ni d'appliquer des pratiques particulières pour manipuler les déchets en cas d'influenza. Les déchets doivent être manipulés conformément aux normes habituelles et de nombreux produits désinfectants à usage domestique ou commercial sont efficaces contre le virus de l'influenza. Vous trouverez de plus amples renseignements sur l'étiquette des produits de nettoyage.

Les linges comme les draps et les serviettes doivent être lavés selon la procédure habituelle avec des produits de lessive courants et être séchés par culbutage à haute température. Il faut expliquer au personnel la nécessité de se laver les mains après avoir lavé ou manipulé des linges souillés.

On ne recommande pas de confier aux résidents ou aux usagers la désinfection préventive de l'établissement, à moins qu'ils aient reçu une formation sur l'utilisation des produits et les procédures de nettoyage et qu'ils soient supervisés.

Autres recommandations

Comme les établissements individuels pourraient ne pas être en mesure d'assurer un niveau de service accru si le besoin s'en faisait sentir, on recommande aux fournisseurs de services de collaborer avec d'autres fournisseurs et des organisations communautaires pour assurer la planification communautaire en vue des éclosions de syndrome grippal. Une telle planification pourrait comprendre ce qui suit :

  • dresser des plans d'urgence pour assurer la disponibilité du personnel et la poursuite des activités, par exemple en combinant les ressources avec celles d'autres centres d'accueil;
  • éduquer et former le personnel afin qu'il sache reconnaître les symptômes d'une grave maladie respiratoire;
  • recenser les installations de traitement médical appropriées présentes dans le voisinage;
  • dresser des plans pour assurer le transport en toute sécurité des personnes gravement malades vers un centre de traitement médical.

Les exploitants de foyers pour sans-abri devraient revoir leurs politiques concernant la durée des séjours. Le fait de permettre aux usagers de prolonger leur séjour au lieu d'avoir à passer d'un foyer à l'autre peut contribuer à réduire la transmission du syndrome grippal.

On recommande aux exploitants des établissements qui ferment le jour d'étudier la possibilité de permettre aux usagers qui sont atteints d'un syndrome grippal léger de demeurer sur place durant le jour.

Une bonne ventilation peut contribuer à réduire le risque de transmission de l'influenza. Par conséquent, il faut faire en sorte, dans la mesure du possible, que toutes les pièces d'un établissement communautaire soient bien ventilées ou encore, lorsqu'on utilise un système de ventilation mécanique, veiller à ce que le système fournisse au moins le nombre minimal de renouvellements de l'air par heure prescrit par le code du bâtiment applicable. Cela s'applique à toutes les pièces utilisées par le personnel, les bénévoles et les résidents ou usagers.

Fermeture des abris

L'Agence de la santé publique du Canada ne recommande pas la fermeture générale des établissements comme les foyers pour sans-abri et les centres d'accueil pendant la pandémie de grippe (H1N1) de 2009, puisque cela imposerait un fardeau indu aux populations servies par ces établissements.

La décision de fermer des établissements comme les foyers pour sans-abri incombe aux autorités locales et aux fournisseurs de services, qui doivent tenir compte, avant de prendre une telle décision, de la situation locale et de la capacité des établissements à maintenir les services.

On recommande aux responsables de la santé publique locale de travailler de concert avec les fournisseurs de services pour établir des processus qui contribuent à prévenir la propagation du syndrome grippal dans ces établissements.


1 S. J. Bucher, P. W. Brickner, R. L. Vincent. « Influenza like Illness Among Homeless Persons », Emerging Infectious Diseases, vol. 12, no 7, juillet 2006, 1163. Sur Internet :Le lien suivant vous amène à un autre site web (lien externe) www.cdc.gov/eid

2 Centers for Disease Control and Prevention. Interim Guidance for Homeless and Emergency Shelters on the Novel Influenza A. Sur Internet :Le lien suivant vous amène à un autre site web (lien externe) CDC H1N1 Flu | Interim Guidance for Homeless and Emergency Shelters on the Novel Influenza A (H1N1) Virus