Révision : Le 23 mars 2010
Les présentes lignes directrices reposent sur les observations scientifiques actuellement disponibles et sur l’opinion des experts concernant ce nouveau virus; elles sont susceptibles de faire l’objet de révisions et de modifications à mesure que de nouvelles données deviennent disponibles. Les lignes directrices suivantes doivent être utilisées en association avec les lignes directrices pertinentes émises par les provinces et les territoires. L’Agence de la santé publique du Canada affichera régulièrement des mises à jour et des documents sur le sujet sur son site www.phac-aspc.gc.ca.
Les présentes lignes directrices ont été préparées par l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) afin d’aider les cliniciens à prendre en charge les patients présentant des symptômes cliniques de syndrome grippal en service de soins ambulatoires dans le contexte du virus pandémique (H1N1) 2009 (pH1N1). Veuillez noter que le présent document remplace les lignes directrices antérieures à l’intention des cliniciens en services de soins ambulatoires. Les lignes directrices suivantes doivent être utilisées en association avec l’information contenue dans les Recommandations cliniques pour les patients se présentant avec des symptômes respiratoires au cours de la saison grippale 2009-2010[1]), l’Annexe E du Plan canadien de lutte contre la pandémie d’influenza[2] et les lignes directrices de l’ASPC sur le H1N1 à l’intention des professionnels de la santé[3]. Le présent document fournit de l’information liée aux mesures de prévention et de contrôle de l’infection, à l’examen clinique, aux épreuves de laboratoire et à la collaboration continue avec la santé publique et la prise en charge clinique.
Le virus pH1N1 continue de circuler au Canada et dans le monde. Des observations récentes montrent que la période d’incubation du pH1N1 est d’environ quatre jours, avec une variation de un à sept jours. La période de transmissibilité est de sept jours dans les cas ne présentant pas de complications. Elle peut être plus longue chez les enfants (jusqu’à dix jours) et d’autres personnes chez lesquelles les symptômes et l’excrétion virale peuvent persister (par ex., les personnes immunodéficientes ou gravement malades). Tout comme dans le cas de la grippe saisonnière, la transmission est plus probable pendant les premiers jours de l’infection lorsque la personne présente des symptômes et une charge virale élevée. À ce jour, le virus pH1N1 s’est propagé presque exclusivement dans la collectivité. Il provoque généralement des cas bénins. Cependant, des patients qui présentent au départ une grippe sans complication peuvent évoluer rapidement vers une maladie plus grave. Bien que la majorité des patients dont l’état s'aggrave aient déjà des facteurs de risque de complications, des données récentes indiquent qu’environ un tiers des cas traités en unité de soins intensifs au Canada n’avaient pas de problèmes de santé sous-jacents.[4]
Triage initial
Il a été recommandé que tous les patients qui se présentent dans un centre de soins de santé doivent faire l’objet d’un examen initial afin de déceler des symptômes de fièvre et des affections respiratoires. Cet examen devrait inclure une surveillance passive (p. ex., des affiches alertant les patients de signaler toute toux ou fièvre) et une surveillance active (p. ex., questions posées par le personnel d’accueil sur l’existence de symptômes de fièvre et de symptômes respiratoires).
Surveillance et prévention de l’infection à l’intention des patients
Il faut donner les instructions suivantes aux patients qui déclarent des symptômes de fièvre et des affections respiratoires :
Pratiques habituelles et précautions en matière de contact à l’intention des cliniciens
Avant un examen clinique, on recommande aux cliniciens de :
Pendant un examen clinique, on recommande aux cliniciens de :
Après un examen clinique, on recommande aux cliniciens de :
L’examen clinique du syndrome grippal (SG) dans le contexte du virus pH1N1 et d’autres virus préoccupants impose d’être constamment au courant des virus respiratoires qui circulent au sein de la collectivité. Cette information devrait être diffusée par les autorités locales et régionales en matière de santé publique ou en évaluant la carte géographique de l’influenza dans les rapports hebdomadaires de Surveillance de l’influenza.[6] Bien que l’on s’attende à ce que le virus pH1N1 soit prédominant, le H1N1 saisonnier, le H3N2 ainsi que d’autres virus respiratoires pourraient aussi circuler pendant la saison 2009-10 de l’influenza.
Antécédents
On recommande que les patients présentant des symptômes respiratoires soient examinés afin de déceler les caractéristiques cliniques d’un syndrome grippal, qui pourraient inclure les symptômes suivants :
Habituellement :
Apparition soudaine d’une toux et de fièvre
Commun :
Mal de gorge
Rhinite
Fatigue/malaise/prostration
Myalgie/douleurs articulaires
Céphalée
Perte de l’appétit
Troubles gastrointestinaux (vomissements, diarrhée, nausée)
Des symptômes atypiques du virus pH1N1 sont plus communs chez les enfants, les personnes âgées et les personnes immunodéficientes. Les personnes atteintes d’affections respiratoires chroniques pourraient présenter une toux ou leur toux pourrait empirer. Les personnes âgées de plus de 65 ans pourraient ne pas présenter de fièvre et rarement avoir des symptômes gastrointestinaux.
Il faut demander si le patient a été en contact avec des personnes infectées; cette démarche peut mettre en évidence des grappes de cas inhabituels (comme une éclosion dans une école) qui augmenterait le risque d’infection par le virus de l’influenza H1N1. Une recherche des antécédents professionnels est pertinente dans le cas de personnel de laboratoire qui travaille directement avec le virus de l’influenza ou avec d’autres virus touchant les voies respiratoires, et dans celui des travailleurs de la santé en contact avec des patients appartenant à une collectivité ou un établissement de santé où une éclosion du virus a eu lieu.
Si l’on découvre que le patient présente les symptômes cliniques de l’influenza et que l’on sait que le virus pH1N1 circule dans la collectivité, on recommande que le clinicien effectue un examen plus approfondi afin de détecter la présence de facteurs de risque de complications associés à l’influenza et d’indicateurs de sévérité, comme ceux listés ci-dessous. Les facteurs de risque reposent sur les données épidémiologiques internationales et canadiennes liées au virus pH1N1.
Facteurs de risque
Âge :
Âgé de moins de 5 ans (en particulier, de moins de 2 ans)
Âgé de 65 ans ou plus
Grossesse et femmes durant les 6 premières semaines du postpartum :
- le risque augmente dans la deuxième moitié de la grossesse et au troisième trimestre
Affections chroniques :
- Asthme et autres maladies respiratoires
- Diabète et autres troubles métaboliques
- Cardiopathie
- Maladies hépatiques chroniques et maladies du rein
- Personne immunodéficiente, immunosupprimée
- Troubles du sang (y compris l’anémie et la drépanocytose)
- Troubles neurologiques et neurodéveloppementaux (affectant la déglutition et la respiration)
- Obésité morbide (IMC >35)
Autres facteurs à prendre en considération :
Le patient vit-il dans une région éloignée ou isolée?
Est-il (elle) d’origine métis, inuit ou des Premières nations?
Les patients qui présentent au départ une grippe sans complications peuvent évoluer rapidement vers une maladie plus sévère. Une maladie grave ou progressive nécessite une attention médicale et une hospitalisation immédiates. Les indicateurs de sévérité et les signes de progression de la maladie sont listés ci-dessous :
Indicateurs de sévérité :
- Essoufflement, respiration sifflante, rapide ou difficulté à respirer
- Douleur thoracique
- Symptômes de la pneumonie
- Expectoration sanguinolente ou colorée
- Étourdissement soudain
- Confusion/désorientation
- Vomissements sévères ou persistants
- Fièvre élevée persistant plus de trois jours
- Hypotension
- Peau de couleur bleutée ou grisâtre
Symptômes supplémentaires chez les enfants :
- Ne se réveille pas ou ne réagit pas
- Ne mange pas ou ne boit pas suffisamment de liquides
- Est irritable; ne veut pas jouer ni être tenu
Il convient d’effectuer un écouvillonnage du nasopharynx à des fins de diagnostic virologique lorsque l’on décide du traitement d’un patient dans les situations suivantes : chez les patients qui pourraient nécessiter une hospitalisation, ceux qui ont des symptômes grippaux et qui ont fait l’objet d’une prophylaxie; ou dans les cas où le traitement n’agit pas. Certains laboratoires acceptent des écouvillonnages de la gorge et du nez, mais la démarche n’est généralement pas recommandée. Les décisions qui conduisent à effectuer un dépistage des virus peuvent être influencées par des facteurs épidémiologiques (p. ex., un accès soudain de toux et de fièvre au cours de l’été justifie un dépistage mais pas au milieu de la saison grippale). Il faut s’assurer que l’échantillon et la demande d’analyse sont bien étiquetés et que les symptômes cliniques sont notés dans la demande d’analyse de laboratoire. Les écouvillonnages du nasopharynx devraient être envoyés pour détection par analyse de type RT-PCR dans un laboratoire de santé publique ou un établissement hospitalier de soins tertiaires, comme le préconisent les autorités de santé publique locales ou régionales. Pour les patients dans un état critique, les écouvillonnages du nasopharynx pourraient être négatifs et il convient alors d’effectuer une aspiration endotrachéale. Les analyses hors laboratoire ne sont généralement pas recommandées en raison de leur faible sensibilité (c’est-à-dire de leur taux élevé de faux négatifs) mais elles peuvent être utiles pour détecter les épidémies de pH1N1 dans les collectivités éloignées et isolées.
Les cliniciens doivent signaler toute infection respiratoire préoccupante, comme les maladies graves ou les grappes de maladies inhabituelles aux autorités locales en matière de santé publique. La surveillance, du virus de l’influenza H1N1 et d’autres virus préoccupants affectant le système respiratoire, sera effectuée par l’intermédiaire du programme de Surveillance de l’influenza[6] qui présente des essais en laboratoires réalisés par des médecins sentinelles de la collectivité.
Pour les patients autrement sains qui se présentent avec des syndromes grippaux mais aucun facteur de risque, le traitement de base est d’un grand secours. Il est d’ordinaire conseillé de rester chez soi jusqu'à ce qu’on se sente bien et en mesure de participer pleinement à toutes les activités quotidiennes normales. On conseille de rappeler au patient d’adopter les pratiques exemplaires en matière d’hygiène respiratoire et d’hygiène des mains. Il faut informer les patients du risque d’une détérioration rapide et conseiller un nouvel examen si les symptômes s’aggravent. Les antiviraux qui se sont avérés efficaces contre le pH1N1 sont l’oseltamivir (Tamiflu®)[7] pour les adultes et les enfants de tous âges et le zanamivir (Relenza®)[8] pour les adultes et les enfants de plus de 7 ans. Pour les recommandations relatives à la posologie de l’oseltamivir (Tamiflu®) chez les enfants âgés de moins d’un an, veuillez consulter le Document d’orientation sur l’utilisation élargie de l’oseltamivir (Tamiflu®) chez les enfants âgés de moins d’un an.[9]
On recommande un traitement par antiviraux chez les personnes présentant un syndrome grippal dans les circonstances suivantes :
Les antiviraux sont plus efficaces s’ils sont pris dans les 24 à 48 h après l’apparition des symptômes. Une prophylaxie post-exposition n’est généralement pas recommandée au Canada, bien qu’elle le soit dans le contrôle des éclosions dans les établissements fermés.[10]
Le signalement des effets indésirables aux médicaments antiviraux est une source d’information qui contribue à accroître leur innocuité et leur efficacité. Veuillez signaler rapidement tout effet indésirable grave présumé impliquant un médicament antiviral comme le préconisent les autorités territoriales, provinciales ou locales à Santé Canada, à l'adresse : Déclaration des effets indésirables, Direction des produits de santé commercialisés ou en appelant au 1 866 234‑2345.
1 Agence de la santé publique du Canada. (Octobre 2009). Recommandations cliniques pour les patients se présentant avec des symptômes respiratoires au cours de la saison grippale 2009-2010. Disponible sur : http://www.phac-aspc.gc.ca/alert-alerte/h1n1/pdf/H1N1_DecisionTree_oct23_f.pdf
2 Agence de la santé publique du Canada. (Mai 2009). Plan canadien de lutte contre la pandémie d’influenza dans le secteur de la santé. Disponible sur : http://www.phac-aspc.gc.ca/cpip-pclcpi/ann-f-fra.php
3 Agence de la santé publique du Canada. Virus H1N1 – Information pour les professionnels de la santé. Disponible sur : http://www.phac-aspc.gc.ca/alert-alerte/h1n1/guidance_lignesdirectrices-fra.php
4 Campbell, A., R. Rodin et coll. « Risk of severe outcomes among patients admitted to hospital with pandemic (H1N1) influenza ». 2010. Journal de l’Association médicale canadienne.
5 Agence de la santé publique du Canada. (Juillet 2009). Lignes directrices : Mesures de prévention et de contrôle des infections à l’intention des travailleurs de la santé dans les établissements de soins actifs. Disponible sur : http://www.phac-aspc.gc.ca/alert-alerte/h1n1/hp-ps/ig_acf-ld_esa-fra.php
6 Agence de la santé publique du Canada. Surveillance de l’influenza. Disponible sur : http://www.phac-aspc.gc.ca/fluwatch/index-fra.php
7 Hoffmann-La Roche Limitée. Monographie du produit Tamiflu. 9 novembre 2009. Disponible en anglais sur : http://www.rochecanada.com/portal/eipf/ca/portal/roche/consumer_information?
paf_gear_id=17700009&paf_pageId=re7191019&glossary_id=static/glossary/re7300002/re77300002/
re77300003/re753001/Definition_01049.content
8 GlaxoSmith Kline. Monographie du produit Relenza. 15 mai 2008. Disponible en anglais sur : http://www.gsk.ca/english/docs-pdf/Relenza_PM_20080515_EN.pdf
9 Agence de la santé publique du Canada. (Décembre 2009). Document d’orientation sur l’utilisation élargie de l’oseltamivir (TamifluMD) chez les enfants âgés de moins d’un an dans le contexte de la pandémie (H1N1) 2009. Disponible sur : http://www.phac-aspc.gc.ca/alert-alerte/h1n1/guidance_lignesdirectrices/guidance-tamiflu-fra.php
10 Agence de la santé publique du Canada. (Juillet 2009). Lignes directrices intérimaires sur la gestion des éclosions du virus pandémique H1N1 2009 dans les établissements fermés. Disponible sur : http://www.phac-aspc.gc.ca/alert-alerte/h1n1/guidance-orientation-07-16-fra.php
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