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Environ 56 000 Canadiens vivaient avec le VIH/sida à la fin de 2002. L'épidémie est largement concentrée dans quatre provinces, soit la Colombie-Britannique, l'Alberta, l'Ontario et le Québec, où l'on trouve 95 % des rapports de tests positifs pour le VIH, mais seulement 85 % de la population canadienne. Néanmoins, toutes les provinces et tous les territoires ont signalé quelques cas, et cinq d'entre eux affichent un plus grand nombre de cas en 2003 qu'en 1995.
| Aperçu par province ou territoire** |
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|---|---|---|---|
| Province ou territoire | Nombre de rapports de tests positifs pour le VIH, 1985-2003 | Nombre de rapports de tests positifs pour le VIH, 2003 | Nombre de rapports de tests positifs pour le VIH pour 100 000 habitants, 2003 |
| Canada | 55 180 | 2 482 | 8,27 |
| Colombie-Britannique | 11 552 | 436 | 11,16 |
| Alberta | 3 961 | 145 | 4,87 |
| Saskatchewan | 460 | 36 | 3,68 |
| Manitoba | 1 097 | 111 | 9,91 |
| Ontario | 24 408 | 1 104 | 9,68 |
| Québec | 12 464 | 621 | 8,58 |
| Nouveau-Brunswick | 313 | 9 | 1,23 |
| Nouvelle-Écosse et Î.-P.-É. | 626 | 4 | 0,38 |
| Terre-Neuve-et-Labrador | 221 | 19 | 3,70 |
| Yukon, Nunavut et T.N.-O. | 78 | 6 | 6,47 |
Les gouvernements -- fédéral, provinciaux et territoriaux -- à travers le Canada, réagissent à l'épidémie d'une façon appropriée à leurs situations. En janvier 2004, le Comité consultatif fédéral- provincial-territorial sur le sida (FPT sida) a initié le présent projet afin de résumer la réaction de chaque province ou territoire à l'épidémie;
Dans le cadre des activités de recherche liées au projet, les données relatives à la surveillance et les publications gouvernementales portant sur l'épidémie ont été revues. Aussi, des entrevues auprès de 50 informateurs clés ont été menées. Le groupe d'informateurs incluait les organisations non gouvernementales ainsi que les officiels du gouvernement impliqués dans la réponse au VIH/sida
Même si aujourd'hui l'épidémie de VIH/sida n'est pas nécessairement grave dans toutes les provinces et dans tous les territoires du Canada, on peut affirmer avec certitude qu'elle le sera à l'avenir. Par exemple, dans certaines provinces et certains territoires affichant un faible nombre de nouveaux cas d'infection au VIH, l'incidence des infections transmises sexuellement laisse croire à l'existence de pratiques sexuelles dangereuses qui accroissent le risque d'infection au VIH. On ne peut d'aucune façon affirmer que la tendance à la baisse de la dernière décennie se poursuivra.
Néanmoins, toutes les provinces et tous les territoires se sont dotés de bases solides pour faire face à l'épidémie actuelle. La plupart d'entre eux ont établi des stratégies exhaustives, solides et réfléchies en vue d'orienter les intervenants. Toutefois, certains intervenants du sida non affiliés aux gouvernements sont d'avis que le manque de financement nécessaire et d'objectifs mesurables ou d'exigences de reddition de compte représentent des défis.
Toutes les provinces et tous les territoires assurent régulièrement une surveillance de l'épidémie, et tentent d'améliorer leurs systèmes de surveillance et de reddition de comptes. Les systèmes de santé publique veillent à ce que les partenaires soient notifiés et fassent la promotion des activités de sensibilisation au VIH/sida et à la santé en matière de sexualité dans leurs écoles et auprès de leurs populations à risque. Les provinces et territoires intègrent le dépistage du VIH dans leurs programmes de dépistage prénatal -- au moyen d'un modèle d'adhésion ou de renoncement volontaire -- et peuvent assurer un dépistage nominatif, non nominatif et, parfois, anonyme.
De plus, toutes les provinces et tous les territoires misent sur des projets et des organismes (dont certains, dans quelques provinces, bénéficient d'un financement non pas provincial ou territorial, mais bien fédéral) afin de réduire la vulnérabilité et les préjudices, et de fournir des soins et du soutien. Dans certains endroits, les divers intervenants gouvernementaux et communautaires travaillent ensemble pour définir les priorités et pour affecter les ressources. Il est aussi vrai que dans quelques endroits les intervenants s'efforcent de trouver des moyens pour surmonter les obstacles qui minent actuellement les efforts fournis pour offrir un éventail uniforme de services et de soutien aux Autochtones.
Le traitement est disponible partout au Canada et des mécanismes sont en place pour veiller à ce que les médecins aient accès aux conseils et au soutien dont ils ont besoin pour dispenser des soins de qualité. Le but consiste à veiller à ce que toute personne -- y compris les personnes marginalisées -- bénéficie de bons soins, où qu'elles soient. Les problèmes principaux n'ayant pas été résolus nulle part sont les suivants :
De plus, à la lumière de l'expérience des deux dernières décennies, on s'entend sur les mesures qui s'imposent pour lutter efficacement contre l'épidémie, comme des régimes de traitement particulier, de partenariats communautaires, de services culturellement adaptés, d'efforts de prévention ciblés à long terme, d'une diversité d'initiatives pour réduire les méfaits, d'un accent sur les populations à risque et finalement d'efforts pour lutter contre la stigmatisation des personnes infectées par le VIH.
La plupart des administrations comprennent également l'importance que revêt l'adoption d'un modèle de santé de la population et d'un cadre des droits de la personne pour la prévention efficace et à long terme de l'infection à VIH. On ne pourrait affirmer, toutefois, que ce modèle ou ce cadre de travail est en place partout au Canada, ou que toutes les administrations agissent à la lumière des connaissances dont elles disposent. Les informateurs clés ont indiqué le besoin à la fois de sensibiliser le public, d'augmenter les ressources et de renforcer le leadership pour lutter efficacement contre l'épidémie.
Les portraits provinciaux et territoriaux permettent de dégager un certain nombre de thèmes importants. Ils mettent en relief l'importance d'accorder à chaque administration la souplesse dont elle a besoin pour réagir à l'épidémie d'une façon qui reflète la conjoncture et les tendances locales. Ces portraits révèlent qu'il y a non pas une seule épidémie au Canada, mais bien plusieurs. Premièrement, il y a une épidémie qui frappe les quatre plus grandes provinces, où un grand nombre de personnes vivent avec le VIH/sida. Les gouvernements provinciaux concernés ont affecté des ressources considérables à l'appui d'une gamme étendue de services de prévention, de réduction des méfaits, de soins, de traitement et de soutien, bien que des informateurs clés signalent que les mesures des différentes administrations n'étaient pas toujours adéquates. Dans les autres provinces et territoires, l'engagement de ressources est beaucoup plus modeste, et la gamme de services, plus limitée.
Qui plus est, le portrait national montre comment l'épidémie se manifeste de façon différente d'une province ou d'un territoire à l'autre. La catégorie d'exposition des « hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes » (HRSH) continue d'occuper le premier rang, et celle des « utilisateurs de drogues par injection » (UDI) demeure importante. Les infections chez les personnes provenant de pays où le VIH est endémique sont plus communes dans certaines provinces ou dans certains territoires que dans d'autres. La proportion d'hommes et de femmes ayant été diagnostiqués séropositifs au VIH en 2003, varie d'une province ou d'un territoire à l'autre : l'une des provinces ou l'un des territoires affiche un ratio de deux hommes pour une femme, alors que certains autres affichent un ratio de sept pour un.
Fait à souligner, on constate qu'il y a même des différences de l'épidémie d'une région à une autre dans une province ou dans un territoire donné. Au Québec et au Manitoba, par exemple, l'épidémie est largement concentrée respectivement à Montréal et à Winnipeg. En Alberta, l'épidémie qui sévit à Edmonton touche largement la catégorie d'exposition des UDI et les Autochtones, alors qu'à Calgary, elle touche surtout la catégorie des HRSH et les non-Autochtones.
Les différences régionales de l'épidémie mettent l'accent sur le rôle des autorités de santé locales qui sont responsables de planifier leur réaction a l'épidémie et de fournir les services nécessaires dans presque toutes les administrations. Ces organisations sont bien placées pour identifier et subvenir aux besoins locaux. Pourtant, il y a une perception selon laquelle l'épidémie n'est vraiment pas la priorité des autorités de santé locales et qu'il y a besoin de renforcer la responsabilisation et d'améliorer la coordination et l'intégration au niveau régional.
Les portraits provinciaux et territoriaux illustrent aussi l'importance de travailler en partenariat, c'est-à-dire entre ministères, entre gouvernements et entre secteurs gouvernementaux et communautaires. Dans certaines provinces ou certains territoires, on constate l'existence d'une relation étroite, voire de partenariat, entre le gouvernement provincial ou territorial, les bureaux régionaux de l'Agence de santé publique du Canada, ceux de Santé Canada et leurs partenaires communautaires. Il existe également des liens étroits entre l'Agence de santé publique et les bureaux provinciaux ou territoriaux responsables de la collecte et de l'analyse de données épidémiologiques.
Par contre, les relations semblent moins solides avec les organismes responsables des services correctionnels et celles qui sont plus directement responsables de la santé et du VIH/sida, ou entre les organismes responsables de la santé des Autochtones dans les réserves et hors réserve. Des informateurs clés ont aussi souligné que les partenaires communautaires ayant besoin de ressources nécessaires pour réagir au nombre croissant de personnes vivant avec le VIH/sida et pour assumer leurs responsabilités croissantes.
Un thème qui se répète constamment à travers le Canada est le besoin d'augmenter progressivement l'intérêt du public envers l'engagement politique au VIH/sida et le besoin d'affirmer cet engagement. Essentiellement, le VIH/sida risque de disparaître de la scène politique suite au nombre décroissant des nouvelles infections, au nombre relativement bas des personnes vivant avec le VIH/sida dans certaines administrations, à l'idée erronée selon laquelle que le VIH/sida est maintenant curable et suite à l'apparition de nouvelles priorités. Ces facteurs ont été davantage compliqués par le fait que l'épidémie affecte primordialement les populations marginalisées et les quartiers urbains, qui n'attirent pas beaucoup l'attention du public ni ne le préoccupent beaucoup.
Lorsqu'on envisage les portraits provinciaux et territoriaux ensemble, il est possible de cerner les moyens de miser sur les fondations solides existantes en vue de renforcer les efforts du Canada pour contrer l'épidémie de VIH/sida.
D'abord et avant tout, il faut déployer des efforts pour sensibiliser et attirer l'attention du public sur l'importance de la situation et de « veiller à rendre le problème du VIH/sida plus visible ». On pourrait, par exemple, lancer des campagnes nationales de sensibilisation et d'éducation, et assurer une diffusion plus étendue et plus rapide des données de surveillance et de l'information épidémiologique. On pourrait aussi déployer des efforts en vue d'intégrer le VIH/sida dans les campagnes relatives à d'autres agents pathogènes à diffusion hématogène et à des infections transmissibles sexuellement. Cette intégration permettrait de placer le VIH/sida dans un contexte plus large de la santé publique, voire même de la santé de la population.
Deuxièmement, il est important de continuer aussi bien à accroître l'engagement politique qu'à assurer un leadership qui appuiera les efforts pour lutter de façon vigoureuse et globale contre l'épidémie. L'engagement politique et le leadership sont essentiels pour :
Troisièmement, la sensibilisation du public et les dépenses gouvernementales au Canada doivent passer du traitement des maladies à la santé de la population et des traitements palliatifs à court terme aux solutions à long terme. Les efforts pour promouvoir la santé de la population -- par exemple, en protégeant mieux les enfants contre la violence ou en offrant des logements adéquats -- sont essentiels à la prévention des infections au VIH dans l'avenir. Le contrôle de l'épidémie exige qu'on déploie des efforts pour s'attaquer aux racines même de la vulnérabilité au VIH.
Quatrièmement, la gestion efficace de l'épidémie exigera qu'on déploie des efforts pour accroître la collaboration et établir des partenariats plus efficaces entre les gouvernements et entre les secteurs, et ce aux fins de planification, d'exécution et de financement des programmes. Cela suppose qu'on renforce et stabilise les organismes communautaires, lesquels éprouvent actuellement de la difficulté à faire face à une clientèle et à des besoins toujours croissants et à un éventail de plus en plus large de problèmes et de responsabilités. Cela suppose aussi qu'on déploie des efforts pour lutter contre les préjugés qui persistent dans les petites localités et pour surmonter les attitudes conservatrices à l'égard de l'éducation en matière de santé sexuelle et de la réduction des méfaits.
Le VIH/sida est une maladie complexe et une épidémie qui évolue constamment. Au cours des dernières décennies, quoique les gouvernements au Canada aient établi des bases solides pour lutter contre la maladie et l'épidémie, leur détermination s'est atténuée avec le temps, lorsque de nouvelles priorités sont apparues. Par conséquent, pour que les Canadiens luttent efficacement contre l'épidémie, il faut renouveler l'engagement à l'action au moyen de partenariats partout au Canada.
** Les données relatives au nombre de rapports de tests positifs pour le VIH de 1985 à 2003 ainsi qu'au nombre de rapports de tests positifs pour le VIH pour 2003 sont tirées du Rapport de surveillance en date du 31 décembre 2003, de Santé Canada. En raison de retards de la transmission des données et d'autres facteurs, il est possible que ces données diffèrent de celles fournies par les provinces et territoires dans les sections qui les concernent.