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L'Étude sur la jeunesse, la santé sexuelle et le VIH/sida au Canada

Sommaire

Depuis la publication de l'Étude sur les jeunes Canadiens face au sida, en 1989, aucune autre étude n'a porté précisément sur la santé sexuelle des adolescentes et des adolescents. L'Étude sur les jeunes, la santé sexuelle, le VIH et le sida au Canada (EJSSVS), coordonnée par le Conseil des ministres de l'Éducation (Canada) et financée par la Stratégie canadienne sur le VHI/sida de Santé Canada, tente de combler cette lacune en brossant un portrait contemporain du comportement sexuel des adolescents et adolescentes. Plus précisément, elle a pour but d'améliorer notre compréhension des facteurs qui contribuent à la santé sexuelle des jeunes Canadiens et Canadiens, en explorant les déterminants socioculturels, socio-environnementaux et interpersonnels du comportement sexuel des jeunes. L'étude a été conçue et effectuée par des chercheurs et chercheuses de quatre universités canadiennes : Acadia, Alberta, Laval, et Queen's.

Elle repose sur deux concepts relativement nouveaux, mis en avant par l'Organisation mondiale de la santé, soit la notion de santé sexuelle et la notion de sexualité saine, censés modeler une image holistique de l'être sexué, image qui intègre les aspects affectifs, somatiques, cognitifs et sociaux de la sexualité. Pour avoir une bonne santé sexuelle, il ne suffit pas d'éviter la maladie et les grossesses imprévues. La sexualité en soi est un concept large qui englobe les connaissances et les attitudes envers la sexualité et les maladies liées à la sexualité, les relations amoureuses, les expériences sexuelles et les gestes faits pour éviter les grossesses involontaires et les infections transmissibles sexuellement.

Le cadre conceptuel dans lequel s'inscrit l'EJSSVS comporte trois volets  : les déterminants psycho-socio-environnementaux, les variables associées à la sexualité et la santé sexuelle. La notion de déterminant de la santé sexuelle est axée sur des variables sociodémographiques déjà liées au comportement sexuel et à la santé sexuelle des adolescentes et des adolescents, notamment le revenu, l'occupation, l'éducation et la religiosité des parents, le sexe et l'existence d'incapacités. L'école est pour sa part une variable environnementale. Entrent également en jeu des caractéristiques personnelles, telles l'habileté d'adaptation et l'hygiène personnelle, et la dynamique familiale associée aux communications, à l'apprentissage par observation des parents et à la confiance. Les relations avec les camarades, enfin, ont aussi été liées à la santé sexuelle des adolescentes et des adolescents, tout comme la présence et la connaissance des services de santé et des services d'éducation.

Pour mieux comprendre comment ces déterminants influent sur la sexualité et la santé sexuelle des adolescentes et des adolescents à différentes étapes du développement, nous nous sommes adressés à des élèves de 7e, 9e et 11e années ou 1re, 3e et 5e secondaire (donc âgés d'environ 12, 14 et 16 ans) de toutes les provinces et de deux territoires, le Nunavut n'ayant pas participé. La sélection de ces groupes allait permettre de comparer les résultats avec ceux de 1989 sur le chapitre des connaissances sur le VIH et le sida, des attitudes envers la sexualité et du comportement sexuel. Deux questionnaires ont été bâtis à l'aide d'une gamme de questions fermées et fondées sur des échelles existantes ainsi que de nouveaux items pour certains concepts. Ils comptent peu de questions ouvertes; les élèves pouvaient répondre à la majorité des questions en cochant l'une des réponses proposées.

Les questions destinées aux élèves de 7e année ou 1re secondaire étaient limitées sur le plan des expériences sexuelles, à la demande de nombreuses autorités scolaires. Les élèves de 9e et 11e années ou 3e et 5e secondaire ont répondu fondamentalement aux mêmes questions, bien que celles-ci aient sondé plus avant le comportement sexuel et des comportements dangereux comme la consommation de drogues. Les questionnaires ont été traduits en français par des chercheurs francophones, puis retraduits en anglais, le tout pour que le sens des questions soit bien le même dans les deux langues officielles. Le sondage a été mis à l'essai en Ontario, en Nouvelle-Écosse, au Québec et en Alberta. Dans chacune de ces provinces, des coordonnatrices et des coordonnateurs ont choisi deux classes de 7e, 9e et 11e années ou 1re, 3e et 5e secondaire dans un district scolaire, pour un total de vingt-quatre classes.

Dans chaque école participante, les classes ont été choisies au moyen d'une méthode systématique d'échantillonnage stratifié en grappes à un degré. Les variables de stratification sont la désignation comme école publique ou catholique romaine, la langue d'enseignement, la taille de la communauté, l'emplacement géographique et la taille de l'école. Les questionnaires, en version finale, ont été distribués à tous les élèves de chaque classe choisie, par un enseignant ou une enseignante, à l'occasion d'un cours. Dans chaque cas, nous avons demandé le consentement actif des parents ou tuteurs. Le personnel enseignant disposait d'instructions détaillées sur le déroulement du sondage, et les élèves ont eux-mêmes placé leur questionnaire rempli dans une enveloppe qu'ils ont scellée pour assurer l'anonymat du processus.

L'objectif original de l'EJSSVS était d'obtenir des échantillons provinciaux et territoriaux de taille suffisante pour être représentatifs des élèves canadiens. Pour ce faire, il aurait fallu 1150 élèves par classe et par province, ce qui aurait donné au total au moins 33 000 répondants et répondantes. Malheureusement, cet objectif n'a pas été atteint dans toutes les provinces, étant donné la difficulté à obtenir le consentement des districts et des autorités scolaires. L'échantillon final comptait donc 3536 élèves de 7e année ou 1re secondaire, 3841 de 9e année ou 3e secondaire et 3697 de 11e année ou 5e secondaire, pour un total de 11 074. L'échantillon suffit tout de même à étudier les interrelations et à obtenir un intervalle de confiance de plus ou moins 4 p. 100 pour la plupart des questions.

Pour ce qui est de la santé sexuelle des adolescentes et adolescents, les résultats de l'étude sont mitigés. Il ne convient pas de les explorer en détail dans le présent sommaire, mais certains sont reproduits ci-dessous. Les chapitres 3 et 4 du rapport pancanadien fournissent des explications et un exposé détaillés.

Pour ce qui est de la santé sexuelle des adolescentes et adolescents, certains résultats positifs sont dignes de mention. Il semble par exemple que la plupart des élèves consomment rarement des drogues toxicomanogènes, estiment vivre dans une famille heureuse et désignent l'école comme une importante source d'information sur le VIH et le sida (en 9e année ou 3e secondaire surtout). Par ailleurs, les élèves étaient priés de répondre à des énoncés vérifiant leurs connaissances (huit pour les élèves de 7e année ou 1re secondaire et 18 pour les élèves de 9e et 11e années ou 3e et 5e secondaire). En règle générale, les connaissances des élèves en matière de santé sexuelle augmentent en fonction de l'âge, de sorte qu'en 11e année ou 5e secondaire, la grande majorité (87 p. 100) répondent correctement à au moins huit des dix-huit énoncés. Pour ce qui est du comportement sexuel, la proportion des élèves qui ont des activités sexuelles est semblable à celle que donnait l'étude de 1989. Parmi les élèves sondés en 2002, 23 p. 100 des garçons et 19 p. 100 des filles de 9e année ou 3e secondaire disent avoir eu des rapports sexuels au moins une fois, contre 40 p. 100 des garçons et 46 p. 100 des filles de 11e année ou 5e secondaire. Fait à noter, les élèves – et surtout les garçons – interrogés en 2002 sont moins nombreux à dire qu'ils ont déjà eu des rapports sexuels. Les élèves qui n'avaient pas eu de rapports sexuels au moment du sondage attribuent généralement leur abstinence au fait de ne pas être prêts ou de ne pas avoir eu l'occasion. Les élèves sexuellement actifs évoquent la plupart du temps l'amour ou la curiosité et la volonté d'expérimenter comme raison de leur comportement. Il semble par ailleurs que les jeunes connaissent l'usage du condom; plus des trois quarts avaient utilisé à la fois le condom et la pilule anticonceptionnelle au moment des derniers rapports sexuels en date.

Par contre, certains résultats sont préoccupants et méritent qu'on y prête attention. Le degré de confiance lié à l'habileté d'adaptation et à l'estime de soi a chuté depuis l'étude de 1989. Plus de 20 p. 100 des élèves disent avoir été victimes de blagues ou de commentaires à caractère sexuel étant donné leur apparence au moins une fois en deux mois. Mais il y a pire : la prévalence de la consommation d'alcool et de l'enivrement. En outre, un nombre substantiel d'élèves estiment que pour être populaires à l'école, il faut courir les soirées et être rebelle ou désobéir aux règles. Pour ce qui est des connaissances sexuelles, moins de la moitié des élèves de 9e année ou 3e secondaire et un peu moins de la moitié des élèves de 11e année ou 5e secondaire savent que la vaseline ne convient pas comme lubrifiant. Deux tiers des élèves de 7e année ou 1re secondaire et la moitié des élèves de 9e année ou 3e secondaire croient qu'on peut guérir du VIH ou du sida. Les élèves interrogés en 2002 font état de connaissances inférieures à celles des élèves interrogés en 1989 sur le sujet. Sur le plan du comportement sexuel, les filles qui s'estiment peu sont plus nombreuses à adopter des comportements sexuels risqués. À l'aide d'une échelle mesurant le sentiment d'appartenance à l'école, nous avons déterminé que la propension aux activités sexuelles risquées diminue à mesure que diminue l'attachement à l'école. Il est manifeste, également, que la crainte de répercussions négatives n'a que peu d'incidence sur la décision de devenir sexuellement actif. Près de la moitié des filles de 9e et 11e années ou 3e et 5e secondaire qui sont sexuellement actives et ont déjà été enceintes font état de quatre partenaires sexuels ou plus, un fait qui augmente forcément la probabilité de conséquences non désirées et nuisibles pour la santé.

Dans une perspective éducationnelle, disons que les résultats de l'étude confirment la nécessité d'orienter les programmes plus précisément sur la santé sexuelle des élèves. Il ne faut plus se contenter d'étudier le contexte de leurs activités sexuelles et les convictions qui président au choix des gestes positifs ou négatifs. Il faut aussi axer les services de santé sexuelle directement sur les jeunes qui en ont le plus besoin.

La version intégrale du rapport peut être consultée à www.cmec.ca/publications/aids/ Nouvelle fenetre