Énoncé d’un engagement efficace des Autochtones
Préface
Créé par le Réseau canadien autochtone du sida (RCAS), le document suivant a été examiné et adopté le 16 mai 2006 par le Conseil national des Autochtones sur le VIH/sida (CNAVS). Le CNAVS est un conseil d’intervenants autochtones, qui propose des conseils stratégiques à l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC). En soutenant ce document, le CNAVS et le RCAS offrent des directives concrètes et pratiques susceptibles de faciliter des partenariats plus efficaces pour lutter contre le VIH/sida
Le présent énoncé sert de principe directeur pour savoir de quelle manière les partenariats peuvent être facilités entre les intervenants autochtones et non autochtones. Il fait suite aux demandes des membres du RCAS sur la meilleure manière de formuler les grands enjeux lorsque des ententes de partenariat sont établies. Il souligne qu’il existe différents niveaux de participation et que des problèmes politiques peuvent parfois surgir. Nous connaissons et respectons le choix des personnes autochtones vivant avec le VIH/sida de siéger à divers comités ou conseils, mais ce niveau de représentation ne supprime pas aux autres personnes autochtones vivant avec le VIH/sida les droits d’avoir accès aux programmes et aux services culturellement contrôlés.
Le RCAS a vu le jour en 1992, lorsqu’un groupe d’Autochtones concernés, dont certains vivaient avec le VIH/sida, en ont perçu le besoin. Le groupe s’est constitué en personne morale sous le nom de Réseau national des autochtones vivant avec le VIH/sida, mais le groupe n’a pas réussi à se mobiliser entièrement, en grande partie parce qu’il n’y avait pas d’argent pour la collectivité autochtone pendant les deux premières phases de la Stratégie nationale sur le sida.
À la fin de la Phase II de la Stratégie nationale sur le sida, en 1997, le RCAS a pu se constituer en personne morale lorsqu’il a obtenu de la Direction générale des services médicaux de l’époque (aujourd’hui Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits) de Santé Canada les fonds nécessaires pour son projet et qu’il a établi un bureau à Ottawa. Peu après, de nombreux groupes autochtones vivant avec le VIH/sida qui faisaient partie d’autres organismes nationaux liés au VIH/sida en retirèrent leur adhésion et devinrent membres du RCAS. Le RCAS est le principal porte‑parole, pour les questions relatives au VIH/sida chez les Autochtones, des personnes autochtones vivant avec le VIH/sida et des organismes de services autochtones de lutte contre le VIH/sida, parce qu’il a pour mandat essentiel de lutter contre le VIH/sida.
Le RCAS est l’un des partenaires nationaux qui collabore avec le gouvernement fédéral pour faire en sorte que soit offerte, au Canada, une intervention relative au VIH/sida à l’échelle globale. En plus du RCAS, le CNAVS propose des conseils stratégiques au gouvernement fédéral sur les questions liées au VIH/sida qui touchent les Autochtones. Ces deux organismes travaillent en étroite collaboration et comptent des membres communs qui, pour ces questions, font en sorte de prendre des mesures rationalisées et cohérentes tout en ayant des rôles et des relations claires.
Le présent énoncé vise à clarifier ce qui suit : le RCAS respecte les décisions de ses membres (individuelles et organisationnelles) d’effectuer les harmonisations qu’ils jugent nécessaires, toutefois les groupes autochtones ont encore besoin d’éléments essentiels pour toute négociation partenariale pouvant se faire avec la collectivité non autochtone. Voici ces éléments :
- Reconnaissance et acceptation du fait que les Autochtones possèdent des droits ancestraux et issus de traités, et ne sont pas classés comme une minorité visible. Le droit à l’autodétermination est essentielle pour lutter contre les répercussions négatives des politiques d’assimilation sanctionnées par le gouvernement (pensionnats, etc.). Les Autochtones disposent de systèmes parallèles qui doivent être reconnus.
- Les Autochtones ont besoin de ressources adéquates (non fondées sur une formule par habitant) pour concevoir, exécuter et contrôler des programmes et des services culturellement adaptés. www.caan.ca
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- Les Autochtones ont tous les droits et libertés offerts à chacun de choisir les programmes et les services accessibles. Ce droit de choisir ne réduit pas le droit d’accéder à des programmes et services offerts spécifiquement aux Autochtones. Étant donné que certains Autochtones font partie des dispensateurs de services non autochtones, ils le font à titre individuel et non en tant que représentant officiel de la population autochtone.
- Les Autochtones viennent de divers horizons et ne forment pas un groupe homogène. Cette diversité existe au sein des Premières nations, et entre les Premières nations, les Inuits et les Métis. Certains des facteurs de cette diversité s’établissent en fonction d’un comportement à risque, de déséquilibres entre les deux sexes, de l’orientation sexuelle, du statut social et des questions historiques, et donnent souvent lieu à des minorités au sein d’une minorité, tandis que d’autres sont environnementaux, p. ex. établissements correctionnels.
- Des intérêts concurrentiels peuvent se présenter lorsqu’on examine des partenariats. Parmi eux, il peut y avoir deux perceptions : qu’une grande organisation désire absorber le plus petit groupe, ou que le grand groupe considère les pertes de financement comme une menace. Les deux perceptions sont suffisamment valables pour être ouvertement discutées, afin de mieux comprendre comment travailler ensemble. Il doit être clair que ce qui a contribué à de nombreuses difficultés sociales pour les Autochtones s’appuie sur une société en général non autochtone, soutenue par des politiques gouvernementales, qui cherchent à définir le problème et à trouver la solution pour les Autochtones, non en partenariat avec eux.
- Les Autochtones ont des perspectives du monde distinctes, qui régissent la manière dont nos sociétés sont structurées. Les efforts transculturels ne sont qu’une façon de contribuer à établir une passerelle entre ce qui les sépare.
- Les Autochtones font souvent face à de nombreux défis qui provoquent des inégalités difficilement surmontables. Ces expériences vécues doivent être traitées comme un fondement commun qui relie les peuples autochtones, qui sont les experts de leurs communautés et de leurs affaires. Des solutions véritables et durables ne viendront que de l’intérieur de la population autochtone.
- Les Autochtones doivent être des partenaires à part égale et à part entière dans toute relation et avoir le droit d’insister sur le respect des protocoles et des codes de conduite communautaires et culturels. Le transfert des compétences dans certains cas doit être pris en compte entre les partenariats autochtones et non autochtones, afin que les Autochtones puissent faire progresser eux‑mêmes leur travail.
- Des partenariats sont souvent nécessaires et doivent être négociés avec respect et dans une volonté véritable d’atteindre des objectifs mutuels sans en dicter le processus ou les résultats.
- Les organismes non autochtones fournissent des services aux Autochtones. Ils doivent être évalués équitablement pour déterminer : 1) si ces services sont mieux dispensés par un organisme autochtone et, le cas échéant, dans quelles conditions; 2) en quoi il est préférable de collaborer avec des groupes autochtones, pour les services offerts par les groupes non autochtones, qui ont leurs propres systèmes d’examen, de dotation autochtone, de participation et d’autonomie des Autochtones.
- L’importance de la participation, à tous les niveaux, de la communauté ciblée constitue une des pierres angulaires du développement communautaire.
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